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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005407

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005407

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005407
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFIORENTINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 décembre 2020 et 9 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Fiorentino, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les titres de perception émis pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge par la décision du 26 juin 2019 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour un montant de 37 806 euros en ce qui concerne la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et pour un montant de 7 194 euros en ce qui concerne la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa réclamation préalable ;

3°) de prononcer la décharge de la somme de 37 806 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur ainsi que la somme de 7 194 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement mises à sa charge par la décision du 26 juin 2019 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ni la décision du 26 juin 2019 ni les motifs de cette décision ne lui ont initialement été communiqués ; cette décision ne lui a été communiquée que le 19 mai 2020 ;

- seul un procès-verbal a été communiqué le 19 mai 2020 ; cependant tous les procès-verbaux qui ont servi de fondement à la décision du 26 juin 2019 ne lui ont pas été communiqués et notamment pas les procès-verbaux d'interrogation de établis les 4 juin 2018 et 16 juillet 2018, malgré plusieurs demandes en ce sens et en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- les titres de perception sont entachés d'incompétence dès lors que la convention de délégation de gestion de l'ordonnancement des contributions spéciale et forfaitaire qui lui sont dues, conclues le 11 février 2013, est fondée sur les dispositions du décret du 14 octobre 2004 relatif à la délégation de gestion dans les services de l'Etat qui n'est pas applicable aux établissements publics tel que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ; la participation de M. à la réfection de la coque du bateau n'est pas établie de même que l'existence d'un lien de subordination entre M. et lui-même ou encore une rémunération ; M. , tout comme M. et M. sont des amis avec lesquels ils devaient partir à la mer ; leur présence sur un chantier naval n'est pas anormale ; M. a, en revanche, bien été chargé de la réfection de la coque de son bateau en réalisant des travaux de nettoyage et de peinture, dans le cadre d'une prestation de service facturée ; M. faisait partie de l'équipage du bateau et aidait M. à faire ces travaux ; M. est salarié de l'ami de M. B qui l'a mis, avec l'accord du salarié, à sa disposition afin d'aider M. ; M. , M. et M. n'ont effectué aucun travail en échange d'une rémunération pour M. B et n'ont jamais été placés dans un lien de subordination hiérarchique à son égard ; l'administration reconnaît que M. B n'était pas en France et que c'est son ami qui a tout organisé ; l'existence d'une activité " organisée " ne peut suffire à fonder le caractère salarial des relations entre MM. , et et lui-même dès lors, notamment, qu'il était absent lors de l'exécution des travaux litigieux et qu'il ne pouvait en aucun cas déterminer unilatéralement les conditions d'exécution de la prestation ; l'existence d'un but lucratif ne suffit pas à établir l'existence d'un lien de subordination ou d'une relation de travail, pas plus que le caractère professionnel des activités mises en œuvre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne conclut à ce que le comptable public de l'Essonne soit mis hors de cause.

Elle soutient que le litige oppose M. B au ministère de l'intérieur et des outre-mer.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, conseiller ;

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique ;

- les observations de Me Fiorentino, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un procès-verbal établi le 12 novembre 2018 par l'inspection du travail des gens de mer de l'unité départementale des Alpes-Maritimes, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a adressé le 1er février 2019 à M. B un courrier l'invitant à présenter ses observations éventuelles avant que lui soit notifiée une décision mettant en œuvre les dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail, du fait de l'emploi de trois travailleurs étrangers, démunis d'un titre les autorisant à exercer une activité salariée et les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait de l'emploi de salariés démunis de titre les autorisant à séjourner sur le territoire national. Par une décision du 26 juin 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a appliqué au requérant la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi que la contribution forfaitaire prévue par les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant total de 45 000 euros. Un titre de perception a été émis le 19 décembre 2019 afin d'assurer le recouvrement de la contribution spéciale mise à la charge de M. B. Ce dernier a alors formé une réclamation préalable, en date du 27 mars 2020, que l'administration fiscale a regardée, dans un courrier du 4 mai 2020, comme étant dirigée contre le titre de perception n° 1926000972 émis pour le recouvrement de la contribution spéciale et contre le titre de perception n° 1926000973 émis pour le recouvrement de la contribution forfaitaire mises à la charge du requérant. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision implicite, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler les titres de perception émis à son encontre le 19 décembre 2019 pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge par la décision du 26 juin 2019 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa réclamation préalable et, enfin, de prononcer la décharge des sommes ainsi mises à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat et est au moins égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 et, en cas de réitération, à 25 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les inspecteurs et contrôleurs du travail, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger sans titre de travail et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger sans titre. " Aux termes de l'article R. 8253-6 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide de l'application de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 et notifie sa décision à l'employeur ainsi que le titre de recouvrement ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige et dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 822-2 : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution () ".

4. Enfin, aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance ".

5. Si les dispositions législatives et réglementaires relatives à la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail et à la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient pas expressément que le procès-verbal transmis au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 8271-17 du code du travail, constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à exercer une activité salariée en France, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur le 1er janvier 2016, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il est constant que, tant le courrier du 1er février 2019 par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a avisé M. B de son intention de mettre à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire que celui du 26 juin 2019 mettant effectivement à la charge du requérant la contribution spéciale et la contribution forfaitaire en litige, ne précisaient pas que M. B avait la possibilité de solliciter la communication du procès-verbal. Si un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de celle-ci ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie, le vice de procédure tiré de l'absence d'information préalable de M. B est bien de nature à l'avoir privée d'une garantie et ne pouvait être régularisé par la communication du procès-verbal, demandée par le requérant à l'occasion de son recours gracieux, dès lors que cette communication est intervenue postérieurement à l'intervention de la décision mettant à la charge du requérant les contributions en litige. Une telle absence d'information sur la possibilité de solliciter la communication, avant l'intervention de la sanction, du procès-verbal constitue, dès lors, une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision du 26 juin 2019.

8. Par ailleurs, le requérant fait valoir n'avoir eu connaissance de la décision du 26 juin 2019, pour la première fois, que le 25 février 2020 à l'occasion de la notification du titre de perception émis pour le recouvrement de la contribution spéciale mise à sa charge. Il est, en outre, constant que M. B a formé à l'encontre de cette décision, qui lui a été communiquée le 19 mai 2020, un recours gracieux le 27 mars 2020, notifié le 8 avril 2020 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, sans que l'administration ait notifié à M. B un accusé de réception l'informant de la date à laquelle une décision implicite de rejet était susceptible d'intervenir ainsi que des voies et délais de recours. Dès lors, à la date de l'enregistrement de la présente requête, intervenue le 29 décembre 2020, la décision du 26 juin 2019 ne pouvait être regardée comme étant devenue définitive.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des titres de perception pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge ainsi que la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa réclamation préalable. Le requérant doit également être déchargé des contributions litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres de perception émis à l'encontre de M. B pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire mises à sa charge par la décision du 26 juin 2019 sont annulés.

Article 2 : La décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rejetant la réclamation préalable de M. B est annulée.

Article 3 : M. B est déchargé de la somme de 37 806 (trente-sept-mille-huit-cent-six) euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur ainsi que de la somme de 7 194 (sept-mille-cent-quatre-vingt-quatorze) euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement mises à sa charge par la décision du 26 juin 2019.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à M. B une somme de 1 200 (mille-deux-cent) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

- Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur

signé

H. CHERIEFLa présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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