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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005415

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005415

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005415
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVIDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 décembre 2020 et le 29 novembre 2023, M. A C et la SCI Le Loyat représentée par ce dernier en sa qualité de gérant, représentés par Me B, désormais avocat honoraire dûment mandaté en qualité de représentant fiscal, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à la charge de M. C au titre des années 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les frais de maintenance du tènement immobilier doivent être admis en déduction ;

- l'administration fiscale a ajouté à la loi des conditions qu'elle ne contient pas ; elle aurait dû retenir, pour déterminer le revenu foncier brut imposable, non pas la valeur des constructions calculée d'après le prix de revient mais leur valeur vénale telle qu'elle a été déterminée lors de la cession des constructions en 2015 ;

- les impositions litigieuses portent atteinte aux principes constitutionnels de légalité et de proportionnalité de l'impôt ;

- le montant des impositions litigieuses est disproportionné et confiscatoire.

Par un mémoire et des observations, enregistrés le 30 décembre 2020 et le 4 février 2021, M. C et la SCI Le Loyat ont demandé au tribunal administratif, en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 et à l'appui de leur requête, de transmettre au Conseil d'Etat une question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des dispositions des articles 33 bis et 33 ter du code général des impôts.

Par un mémoire, enregistré le 20 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a conclu à ce que la question prioritaire de constitutionnalité ne soit pas transmise au Conseil d'Etat.

Par une ordonnance avant-dire-droit du 23 février 2021, la présidente de la 4ème chambre du tribunal a rejeté la demande de transmission d'une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- s'agissant du rejet des frais de maintenance de l'ensemble immobilier, il y a lieu de substituer au motif initialement retenu, tiré de l'absence de justificatifs des dépenses alléguées, le motif tiré de ce que les dépenses engagées au titre des années 2013, 2014 et 2015 ne peuvent en aucune manière être déduites du revenu foncier déterminé en 2008 et dont l'imposition a été étalée dans le temps par le contribuable ;

- aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Un mémoire a été produit par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes le 19 décembre 2023 et n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance avant-dire-droit n° 2005415 du 23 février 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations de M. B, représentant M. C et la SCI Le Loyat.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Le Loyat, dont M. C est associé et gérant, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel l'administration fiscale a réhaussé ses revenus fonciers au titre des années 2013, 2014 et 2015. Elle a tiré les conséquences de ces rehaussements et notifié aux associés de la société civile immobilière, s'agissant d'une société relevant de l'article 8 du code général des impôts, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013, 2014 et 2015. Par la présente requête, la SCI Le Loyat et M. C demandent au tribunal la décharge des impositions ainsi mises à la charge de ce dernier, en droits et pénalités.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 33 bis du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 151 quater, les loyers et prestations de toute nature qui constituent le prix d'un bail à construction passé dans les conditions prévues par les articles L. 251-1 à L. 251 -8 du code de la construction et de l'habitation, ont le caractère de revenus fonciers au sens de l'article 14 ". Aux termes de l'article 33 ter du même code : " I. - Lorsque le prix du bail consiste, en tout ou partie, dans la remise d'immeubles ou de titres dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article L 251-5 du code de la construction et de l'habitation, le bailleur peut demander que le revenu représenté par la valeur de ces biens calculée d'après le prix de revient soit réparti sur l'année ou l'exercice au cours duquel lesdits biens lui ont été attribués et les quatorze années ou exercices suivants. / En cas de cession des biens, la partie du revenu visé au premier alinéa qui n'aurait pas encore été taxée est rattachée aux revenus de l'année ou de l'exercice de la cession. Le cédant peut, toutefois, demander le bénéfice des dispositions du I de l'article 163-0 A. / () / II. - Les dispositions du I s'appliquent également aux constructions revenant sans indemnité au bailleur à l'expiration du bail. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le prix de revient des immeubles remis sans indemnité au bailleur, par le preneur, à l'issue d'un contrat de bail à construction, s'analyse comme un revenu foncier susceptible, à la demande du bailleur, d'être réparti sur l'année ou l'exercice au cours duquel les immeubles ont été remis et sur les quatorze années ou exercices suivants, ou jusqu'à l'année ou l'exercice de cession de ces biens, lorsque celle-ci intervient avant la quatorzième année ou le quatorzième exercice.

4. Il résulte de l'instruction que la SCI Le Loyat a consenti, le 16 juillet 1987, un bail à construction pour une durée de 21 ans. A l'issue de la prorogation du bail, au 31 août 2008, et conformément à ses stipulations, les constructions édifiées par le preneur sont revenues à la SCI Le Loyat sans indemnités. Conformément aux dispositions précitées de l'article 33 ter du code général des impôts applicables en l'espèce, le revenu foncier ainsi perçu par la SCI Le Loyat devait être calculé par référence au prix de revient des constructions qui lui ont été remises, déterminé par le preneur à une somme non-contestée de 1 386 961 euros, nonobstant la circonstance que la SCI Le Loyat ait opté pour l'étalement de ce revenu sur l'année 2008 au cours de laquelle les biens lui ont été remis et jusqu'à l'année 2015 au cours de laquelle elle les a cédés. A cet égard, la circonstance que la valeur vénale à laquelle les constructions ont, postérieurement, été cédées par la SCI Le Loyat s'est avérée nettement inférieure au prix de revient est sans incidence sur la détermination du revenu foncier perçu lors de la remise des constructions en 2008. Par suite, c'est à bon droit et sans ajouter de condition à la loi que l'administration fiscale a réhaussé les revenus fonciers de la SCI Le Loyat en les calculant sur la base du prix de revient des constructions lors de leur remise à cette dernière.

5. En deuxième lieu, il n'appartient pas au juge administratif, en dehors des cas et conditions prévus par le chapitre II bis du titre II de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, relatif à la question prioritaire de constitutionnalité, d'apprécier la constitutionnalité de dispositions législatives.

6. D'une part, le moyen tiré de l'inconstitutionnalité des dispositions applicables du code général des impôts a été regardé comme dépourvu de caractère sérieux par l'ordonnance avant-dire-droit n° 2005415 du 23 février 2021 et doit donc être écarté. D'autre part, les moyens tirés de ce que l'application par le service vérificateur de ces dispositions législatives à la SCI Le Loyat porterait atteinte aux principes constitutionnels de légalité et de proportionnalité de l'impôt et de ce que le montant des impositions présenterait un caractère disproportionné et confiscatoire tendent en réalité également à mettre en cause la constitutionnalité de la loi appliquée par l'administration fiscale et doivent être écartés.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le revenu brut et le total des charges de la propriété ".

8. Les charges engagées par la société requérante au titre des années 2013, 2014 et 2015 ne sauraient être prises en compte pour déterminer le revenu foncier perçu par la société au titre de l'année 2008, calculé, ainsi qu'il a été dit au point 4 de la présente décision, sur la base du prix de revient des constructions lors de leur remise à la requérante cette année-là et réparti sur les années suivantes en application des dispositions de l'article 33 ter du code général des impôts. Il s'ensuit que le moyen relatif aux charges déductibles doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité en tant qu'elles ont été présentées par la SCI Le Loyat, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et de la SCI Le Loyat est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C, à la société civile immobilière Le Loyat et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

signé

S. Kolf

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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