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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100174

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100174

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100174
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantADDEN MÉDITERRANÉE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 janvier 2021 et le 1er juin 2021, la commune de Nice, représentée par Me Daboussy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner l'expulsion de la société Second Sens des locaux situés au n° 16 avenue Edouard Grinda à Nice qu'elle occupe sans droit ni titre, dans un délai de 8 jours à compter du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de fixer le montant de sa créance sur la société Second Sens à la somme de 22 168,44 euros, à parfaire jusqu'à la date de libération des lieux, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 juillet 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la société Second Sens la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Second Sens occupe sans droit ni titre les locaux de La Victorine à Nice appartenant au domaine public communal ;

- elle est fondée à demander que la créance sur la société Second Sens soit fixée à la somme de 22 168,44 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2021 et le 19 juin 2021, la société Second Sens, représentée par Me Gasnier, agissant en qualité de liquidateur judiciaire, conclut au non-lieu.

Il fait valoir que la commune de Nice a la possibilité de changer les serrures pour récupérer les locaux.

Par ordonnance du 26 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Conte, représentant la commune de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu d'une convention signée avec la commune de Nice, la société Second Sens était autorisée à occuper des bureaux au sein des studios de La Victorine situés au n° 16 avenue Edouard Grinda à Nice, à compter du 1er février 2018, afin d'y exercer une activité de régie publicitaire, marketing, négoce en produits publicitaires et communication. Cette convention a été renouvelée en dernier lieu jusqu'au 31 octobre 2019. Depuis cette date, la commune de Nice soutient que la société Second Sens se maintient dans les locaux sans droit ni titre. Par la présente requête, la commune de Nice demande au tribunal d'ordonner l'expulsion de la société Second Sens de ces locaux, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de fixer la créance sur la société Second Sens à la somme de 22 168,44 euros.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le représentant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Second Sens fait valoir que la requête ne présente plus d'objet au motif que la ville de Nice a la possibilité de changer les serrures pour récupérer les locaux. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la requête qui n'a pas perdu son objet.

Sur les conclusions tendant à l'expulsion du domaine public :

3. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ". Aux termes de l'article L. 2122-1 du même code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". L'autorité propriétaire ou gestionnaire du domaine public peut demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier du domaine public.

3. Il résulte de l'instruction que par une délibération du 27 janvier 1995, le conseil municipal de la ville de Nice a classé dans le domaine public communal l'ensemble immobilier de La Victorine situé au n° 16 avenue Edouard Grinda à Nice.

4. Il résulte également de l'instruction que la société Second Sens était autorisée, depuis le 1er février 2018, à occuper, sur le site de la Victorine, le bâtiment 11 local n° 3 sur deux niveaux d'une surface de 100 m², en vertu d'une convention qui a été renouvelée jusqu'au 31 octobre 2019. Or, il est constant que depuis cette date, la restitution des locaux par la société Second Sens n'a pas été effectuée et que son dirigeant refuse de restituer les clés. Dès lors, la société Second Sens doit être regardée comme étant occupante sans droit ni titre du domaine public communal à compter du 1er novembre 2019. Par suite, il y a lieu d'ordonner à la société Second Sens de libérer le local indûment occupé dans un délai de huit jours. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Aux termes de l'article 18 de la convention de location du 1er novembre 2018 : " La présente convention de location est consentie moyennant une redevance mensuelle de 1 266,36 euros HT (). / La redevance englobe, outre la mise à disposition de l'espace visé l'article 2, les prestations suivantes : / - l'entretien des parties communes du site, / - le gardiennage du site (), / - l'éclairage des parties communes du site, / - la dépose du courrier à l'accueil () ". Aux termes de l'article 19 de cette même convention : " Les charges variables sont constituées de : / - les prestations téléphoniques / - Les prestations de ménage / - Les prestations électriques / - Les prestations de gardiennage / accueil complémentaire / - Les frais d'aménagements, d'installations spéciales / - Les consommations d'eau / - Les clés et cartes magnétiques d'accès au site. / L'ensemble des charges variables est tarifé sur la base du recueil des tarifs des services publics de la Ville de Nice en vigueur. Un relevé sera établi à la fin du trimestre et payable à réception. ".

6. D'une part, il résulte de l'instruction que la société Second Sens, représentée par Me Gasnier en qualité de liquidateur judiciaire, ne conteste pas ne plus s'être acquittée du paiement de redevances pour occupation des locaux de la Victorine depuis le 1er novembre 2019, date du terme de la convention de location. En l'absence de contestation sérieuse, tant sur le principe que sur le montant des redevances dues, il y a lieu de fixer la créance que détient la commune de Nice sur la société Second Sens, jusqu'à la date réclamée de mai 2021, à la somme totale de 21 691,52 euros.

7. D'autre part, en se bornant à demander d'inclure dans la créance totale le montant des charges locatives, la commune de Nice n'établit pas la réalité de ce préjudice. Au demeurant, à supposer que la commune de Nice demande de fixer le montant des charges dues visées à l'article 18 de la convention, celles-ci sont incluses dans le montant de la redevance mensuelle.

Sur les intérêts :

8. Aux termes de l'article 20 de la convention de location : " Le non-paiement à l'échéance de toute somme due par l'occupant en application des présentes, produira de plein droit, intérêt à compter de cette échéance, sans qu'une mise en demeure ne soit nécessaire. L'application de la présente clause ne préjudiciera pas de l'application de la clause résolutoire stipulée ci-après. Tous paiements postérieurs à l'échéance seront majoré d'intérêts qui seront calculés au taux légal en vigueur à la date de l'échéance, majoré de 5 points, TVA en vigueur en sus. ".

9. La créance fixée sur la société Second Sens est assortie des intérêts au taux légal sur la somme de 6 478,42 euros à compter du 29 juillet 2020, date de la demande de la commune de Nice, sur la somme de 10 147, 64 euros à compter du 11 janvier 2021, date de la requête et sur la somme de 5 065,46 euros à compter du 1er juin 2021, date du dernier mémoire de la commune.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Second Sens la somme demandée par la commune de Nice au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La créance que détient la commune de Nice sur la société Second Sens est fixée à la somme de 21 691,52 euros.

Article 2 : Il est ordonné à la société Second Sens de libérer le bâtiment 11 local n° 3 du site de la Victorine, situé au n° 16 avenue Edouard Grinda à Nice, dans un délai de huit jours.

Article 3 : La créance fixée à l'article 2 est assortie des intérêts au taux légal sur la somme de

6 478,42 euros à compter du 29 juillet 2020, sur la somme de 10 147, 64 euros à compter du 11 janvier 2021, et sur la somme de 5 065,46 euros à compter du 1er juin 2021.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Nice et à Me Gasnier, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Second Sens.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chaumont, conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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