mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100234 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DENIS REBUFAT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 janvier 2021, le 22 juillet 2022 et le 28 novembre 2022, Mme C A et M. B A, représentés par Me Lasbats-Mazille, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Mougins a implicitement rejeté leur demande préalable indemnitaire du 9 septembre 2020 ;
2°) d'annuler les décisions de la commune de Mougins du 2 février 2016 et du 22 décembre 2016 ;
3°) de condamner la commune de Mougins à acquérir la partie de parcelle assiette des travaux publics réalisés par la commune de Mougins sur leur parcelle à l'euro symbolique et de payer les frais liés à ladite cession ;
4°) de condamner la commune de Mougins à réaliser un mur de soutènement en pierre correspondant à celui qui a été démoli par la commune sur leur parcelle ;
5°) à défaut, condamner la commune de Mougins à leur verser la somme totale de 209 002,74 euros au titre de leurs préjudices ;
6°) de mettre à la charge de la commune de Mougins la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de la commune de Mougins est engagée pour s'être abstenue de réaliser les travaux de reconstruction du mur et pour avoir refusé de régulariser la cession gratuite et d'acquérir la partie de parcelle litigieuse ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Mougins est engagée ;
- ils sont fondés à demander l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis et qui se décomposent comme suit :
139 002,74 euros correspondant au coût de réalisation d'un mur en pierre destiné à soutenir leurs terres ;
10 000 euros au titre des frais de justice ;
30 000 euros au titre du préjudice de jouissance ;
30 000 euros au titre du préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mai 2022 et le 12 octobre 2022, la commune de Mougins, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- la prescription quadriennale est acquise ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lasbats-Mazille, représentant les époux A, et de Mme D pour la commune de Mougins.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte de vente du 13 janvier 1986, M. et Mme A ont acquis les parcelles cadastrées C 2068, 2071 et 3060, situées quartier du chemin de la Tire, à l'angle du chemin du Camp Lauvas et du chemin des Colles à Mougins. Cet acte de vente prévoit également que le permis de construire délivré au vendeur, le 18 novembre 1985, pour la construction de deux villas, est cédé aux acheteurs. En application de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme, ce permis de construire prévoyait une cession gratuite d'une partie du terrain nécessaire pour l'élargissement des chemins de la Tire et des Colles bordant la propriété. La réalisation de ces travaux d'élargissement par la commune de Mougins, en 1992, a conduit à la démolition du mur de soutènement qui bordait la parcelle des époux A puis à sa reconstruction à l'endroit correspondant aux nouvelles limites de la propriété. Estimant que le nouveau mur de soutènement n'était pas conforme à l'ancien, les époux A ont demandé à plusieurs reprises à la commune de réaliser un mur de soutènement identique à l'ancien. Par un courrier du 2 février 2016, la commune de Mougins a rejeté cette demande. Puis par un courrier du 9 septembre 2020, les époux A ont présenté une demande préalable indemnitaire au titre des préjudices qu'ils estiment avoir subis résultant du refus de réaliser les travaux du mur de soutènement et du refus d'acquérir la parcelle gratuitement cédée au motif que cette cession gratuite n'aurait jamais été régularisée. Cette demande préalable a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal de condamner la commune de Mougins à acquérir la partie de parcelle assiette des travaux publics réalisés par la commune de Mougins sur leur parcelle à l'euro symbolique et de payer les frais liés à ladite cession, de condamner la commune de Mougins à réaliser un mur de soutènement en pierre correspondant à celui qui a été démoli par la commune sur leur parcelle et, à défaut, de condamner la commune de Mougins à leur verser la somme totale de 209 002,74 euros au titre de leurs préjudices.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En rejetant la demande des époux A tendant à reconstruire le mur de soutènement, les décisions du 2 février 2016 et du 22 décembre 2016 de la commune de Mougins ont pour seul effet de lier le contentieux. Dès lors que les requérants entendent rechercher la responsabilité de la commune, ils doivent être considérés comme ayant donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 2 février 2016 et du 22 décembre 2016 ne peuvent qu'être rejetées. Pour les mêmes motifs, les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle la commune de Mougins a implicitement rejeté leur demande préalable indemnitaire du 9 septembre 2020 doivent être rejetées.
Sur la responsabilité sans faute de la commune de Mougins :
3. Les époux doivent être regardés comme invoquant la responsabilité sans faute de la commune au titre de dommages de travaux publics en leur qualité de tiers.
4. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages, qui doivent revêtir un caractère anormal et spécial pour ouvrir droit à réparation, résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.
5. Par ailleurs, en l'absence de titre en attribuant la propriété aux propriétaires des parcelles en bordure desquelles il est édifié ou à des tiers, un mur situé à l'aplomb d'une voie publique et dont la présence évite la chute de matériaux qui pourraient provenir des fonds qui la surplombent doit être regardé comme un accessoire de la voie publique, même s'il a aussi pour fonction de maintenir les terres des parcelles qui la bordent.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'aucun titre n'attribue la propriété du mur en litige aux requérants ou à un tiers. Par ailleurs, ce mur de soutènement, qui est situé en bordure du chemin de la Tire et du chemin des Colles, lesquels constituent des voies publiques dès lors qu'ils sont ouverts à la circulation publique, permet d'éviter la chute de terre ou de pierre sur la chaussée qui pourrait provenir du terrain des époux A. Dans ces conditions, le mur en litige doit être regardé comme un accessoire indispensable du chemin de la Tire et du chemin des Colles et présente le caractère d'ouvrage public.
7. Toutefois, si les époux A soutiennent qu'il existe un risque d'effondrement des terres au motif que le nouveau mur de soutènement ne mesure que 70 cm contre 1 mètre 70 pour l'ancien mur, ils n'apportent aucun élément permettant d'établir la réalité de ce risque d'effondrement. Si les requérants se prévalent également d'une érosion des terres et de l'apparition de fissures sur les escaliers situés dans leur jardin, ils n'apportent pas davantage d'élément permettant d'établir un lien de causalité entre l'existence du mur de soutènement et les préjudices allégués. Dans ces conditions, les époux A ne sont pas fondés à invoquer la responsabilité sans faute de la commune de Mougins.
Sur la responsabilité pour faute de la commune de Mougins :
En ce qui concerne la faute de la commune résultant de l'absence de réalisation des travaux de reconstruction du mur de soutènement :
8. Les requérants soutiennent que la commune de Mougins a commis une faute en refusant de réaliser le mur de soutènement à l'identique en se fondant sur une circulaire du 4 juillet 1973. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que cette circulaire, qui au demeurant n'est plus en vigueur, prévoyait une telle obligation. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commune a commis une faute en refusant de reconstruire le mur de soutènement à l'identique.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à condamner la commune à réaliser un mur de soutènement en pierre correspondant à celui qui a été démoli par la commune et, à défaut, à condamner la commune de Mougins à leur verser la somme totale de 209 002,74 euros au titre de leurs préjudices, doivent être rejetées.
En ce qui concerne la faute de la commune résultant de l'absence de régularisation de la cession gratuite :
10. Il résulte de l'instruction que le permis de construire délivré le 18 novembre 1985 à l'ancienne propriétaire des parcelles cadastrées C 2068, 2071 et 3060 prévoyait la cession gratuite des terrains nécessaires à l'élargissement des chemins de la Tire et des Colles dans la limite de 10% de la superficie totale de la propriété, en application des dispositions du e du 2° de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme relatif aux cessions gratuites de terrains destinés à être affectés à certains usages publics. Ces dispositions ont été déclarées contraires à la Constitution par une décision du Conseil constitutionnel n° 2010-33 du 22 septembre 2010, entrée en vigueur dans les conditions prévues au considérant 5 de cette décision. Il résulte également de l'instruction que M. et Mme A ont acquis ces parcelles cadastrées C 2068, 2071 et 3060 par un acte de vente du 13 janvier 1986. Par ailleurs, cet acte de vente prévoit, d'une part, que le permis de construire délivré le 18 novembre 1985 et prescrivant la cession gratuite est cédé aux acheteurs, et d'autre part, il retranscrit ce permis de construire. Toutefois, en ne précisant pas la quantité exacte de terrain effectivement cédé gratuitement, l'acte de vente ne peut être regardé comme ayant procédé à la réalisation de la cessation gratuite. En revanche, au regard du caractère inconstitutionnel des dispositions en litige, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre de la commune pour ne pas avoir finalisé la cession gratuite. Par suite, les conclusions tendant à condamner la commune de Mougins à acquérir la partie de parcelle assiette des travaux publics réalisés sur leur parcelle à l'euro symbolique doivent être rejetées.
11. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de Mougins.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A ne peut qu'être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
2. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Mougins, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B A et à la commune de Mougins.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chaumont, conseillère,
assistés de Mme Génovèse, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
S. GENOVESE
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026