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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100622

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100622

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100622
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCUNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 février et 18 juin 2021, la société à responsabilité limité (SARL) Ciska, représentée par Me Funel en qualité de liquidateur, ayant pour avocat Me Cuny, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes de la réclamation préalable du 30 mai 2016 ;

2°) de prononcer la décharge des impositions mises à sa charge au titre de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée des exercices 2011 et 2012 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la méthode retenue par l'administration fiscale pour la reconstitution de recettes est erronée car elle ne tient pas compte de la réalité du stock de l'année 2011 ;

- elle est erronée car elle ne tient pas compte des remises consenties en 2011 et non comptabilisées en l'absence de caisse durant les deux premiers mois d'ouverture ;

- elle est erronée car elle ne tient pas compte des remises consenties en 2012 et non comptabilisées du fait de la vente de plusieurs articles sous le terme générique de " vêtements " ;

- elle est erronée en ce que les coefficients de marge retenus ne correspondent pas à la réalité commerciale ;

- elle est erronée car elle prend en compte un pourcentage de recettes encaissées en espèces incohérent au regard de la pratique de la profession ;

- elle est contraire à la doctrine administrative référencée BOI-CF-IOR-10-20-20120912.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Raison ;

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cuny, avocat de la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Ciska, exerçant une activité de vente de vêtements haut de gamme, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012. Après avoir rejeté sa comptabilité, le service a procédé à une reconstitution de son chiffre d'affaires. Par une proposition de rectification du 5 novembre 2014, le service lui a notifié, en conséquence, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période vérifiée qui ont été assorties d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré. Sa réclamation contentieuse ayant été rejetée, la société, représentée par son liquidateur, sollicite la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires mises à sa charge.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ".

3. Les impositions en litige ont été établies conformément à l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires du 7 octobre 2015. Par suite, la société requérante supporte la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition en application des dispositions précitées de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires retenue par l'administration fiscale :

4. Pour reconstituer les recettes de la SARL Ciska, l'administration a opéré à partir des données propres de la société, dont il n'est pas contesté le caractère incomplet lié notamment à l'absence de données élémentaires, d'affichage des prix, d'individualisation des articles et de comptabilisation des remises. Le service a, tout d'abord, déterminé le montant des achats revendus théoriques calculé à partir du stock initial, auquel a été ajouté le montant des achats de marchandises de l'année et dont a été déduit le stock final. Il a, par la suite, affecté à cette valeur un coefficient de marge commerciale, année par année, calculé à partir de la moyenne des prix d'achat hors taxes des articles référencés par rapport à leur prix de vente hors taxe après remise commerciale.

5. Pour contester la méthode utilisée par l'administration, la SARL Ciska soutient, en premier lieu, que le stock final retenu au titre de l'exercice 2011 est inférieur à la réalité, au motif que l'inventaire a été établi non pas le 31 décembre 2011 mais le 29 janvier 2012, omettant de prendre en compte les ventes de marchandises intervenues entre le 1er janvier et le 29 janvier 2012 pour un montant de 16 729 euros. Il résulte cependant de l'instruction que le service vérificateur a retenu, au titre du stock en litige, la valeur du stock résultant de l'inventaire au 31 décembre 2011 tel que communiqué directement par la société lors des opérations de contrôle, avec le concours de l'expert-comptable de la société, sans qu'il ne soit établi que ce dernier ait mentionné utilement une erreur dans la comptabilisation du stock. En outre, en excipant de ventes en janvier 2012 pour un montant de 16 729 euros qui proviendraient du stock 2011, la société requérante procède par voie d'affirmation, sans présenter d'éléments probants, notamment des factures d'achat permettant d'établir que lesdites transactions proviennent effectivement d'achats effectués en 2011. A cet égard, le fichier intitulé " ventes postérieures au 31 décembre 2011 " communiqué par la société dans ses dernières écritures, extrait des grands livres des comptes généraux du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2012, ne permet pas d'établir l'origine précise des ventes intervenues et par là-même l'existence, dans son principe et dans son montant, d'un écart de stock dont l'administration aurait dû tenir compte au titre de la reconstitution des recettes. Par suite, le moyen tiré de ce que la comptabilisation du stock serait erronée doit être écarté.

6. En second lieu, la requérante conteste les coefficients de marge retenus par le service au motif qu'ils seraient irréalistes par rapport aux pratiques commerciales de la société, lesquelles comportent de nombreuses remises accordées en périodes d'ouverture et soldes, non retranscrites dans le logiciel de caisse. Toutefois, il résulte de l'instruction que le service vérificateur, se heurtant à l'absence d'affichage des prix de vente, de retranscription des remises dans le logiciel de caisse et à la globalisation, sous l'appellation " vêtements " de plusieurs articles sur le même ticket, a déterminé le coefficient de marge commerciale article par article à partir des seules marchandises dont le prix d'achat, l'identification précise du produit, le prix de vente et l'éventuelle remise étaient correctement renseignés dans le système informatique de la société. Il a pu ainsi retenir un coefficient de marge de 2,30 en 2011 et 2,40 en 2012, étant relevé, par ailleurs, que l'application de la même méthode à partir d'informations précises portant sur les transactions effectuées en 2014, opérée à titre informatif, a abouti à l'identification d'un coefficient de marge de 2,73, soit bien supérieur à ceux retenus pour les années en litige, et que le coefficient de marge communiqué par le fournisseur principal de la société, soit Hugo Boss, s'élève à 2,45, soit une valeur proche de celles retenues. Par suite, la requérante, qui n'apporte aucun élément probant susceptible de remettre en cause ce calcul, n'est pas fondée à soutenir que les coefficients de marge retenus sont irréalistes.

7. En troisième lieu, la société requérante soutient que la méthode de reconstitution retenue par l'administration aboutit à un taux de règlement en espèces irréaliste par rapport aux pratiques de la profession, sans pour autant produire d'éléments permettant de contrer l'évaluation des recettes en espèces retenue par l'administration. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

8. En quatrième lieu, la requérante conteste la reconstitution de recettes pour l'année 2011, au motif que lors de l'ouverture du magasin Manhattan le 22 juin 2011, la caisse enregistreuse n'était pas encore opérationnelle, celle-ci n'ayant été mise en service que le 15 août 2011. Elle soutient que l'absence de tickets de caisse à une période nécessairement propice à remises du fait de l'ouverture a faussé les données prises en compte pour établir le coefficient de marge commerciale. Il résulte cependant de l'instruction que le calcul du prix de vente par article a été établi sur une période de plus de quatre mois d'activité sur les six mois d'exercice de l'année 2011, soit une période proportionnellement significative, à partir d'un chiffre d'affaires inscrit en comptabilité après remises, sans que la requérante n'apporte d'éléments susceptibles d'établir que des remises plus importantes auraient été accordées durant les deux mois litigieux. En conséquence, la société requérante ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, que la détermination des recettes réalisée par le service au titre de l'année 2011 serait erronée, de telle sorte que le moyen sera écarté.

9. En cinquième lieu, la requérante conteste la reconstitution de recettes pour l'année 2012 aux motifs que les tickets de caisse comportant la mention générique " vêtement " peut correspondre à la vente de plusieurs articles différents, de prix différents, et que certaines remises, non mentionnées sur les tickets de caisse, n'ont pas été comptabilisées. A cet égard, faute pour la société de justifier de la réalité de ces allégations, le service vérificateur a légitimement calculé le prix de vente moyen par article à partir du chiffre d'affaires hors taxes après remise inscrit en comptabilité. En conséquence, la société requérante ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, que la détermination des recettes réalisée par le service au titre de l'année 2011 serait erronée, de telle sorte que le moyen doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, la SARL Ciska n'est pas fondée à se prévaloir des termes de la doctrine administrative référencée BOI-CF-IOR-10-20-20120912, n° 200, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dès lors que cette dernière ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont le présent jugement fait application.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la méthode de reconstitution employée par le service ne saurait être considérée comme excessivement sommaire, ou radicalement viciée, de telle sorte que les conclusions à fin de décharge des impositions doivent être rejetées.

En ce qui concerne les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

13. Le service fait valoir que la SARL Ciska a omis de déclarer des recettes d'un montant important correspondant à un pourcentage de 66 % du chiffre d'affaires en 2011 et 61 % en 2012. Eu égard à l'importance de ces sommes, aux irrégularités entachant la comptabilité de ladite société, ainsi qu'au caractère répété des manquements en cause au cours de la période vérifiée, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du bien-fondé de la pénalité 40 % prévue par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'absence de preuve de l'intention délibérée de la société requérante d'éluder l'impôt doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Ciska demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SARL Ciska est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Ciska et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président,

- Mme Raison, première conseillère,

- M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

L. RAISONLe président,

O. EMMANUELLILa greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

210062

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