mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100715 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête n° 2100175 et des mémoires enregistrés les 8 février 2021, 18 novembre 2022, 8 février 2024, 31 mai 2024 et un mémoire du 2 août 2024, non communiqué, la Société Casinotière du Littoral Cannois (SCLC), représentée par Me Frêche, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 7918 d'un montant de 82 555,20 euros émis à son encontre par le maire de Cannes le 11 décembre 2020 en contrepartie de l'occupation du domaine public du 1er septembre 2019 au 31 août 2020 ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 82 555,20 euros mise à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- le titre de recettes attaqué a été émis par une personne incompétente ;
- il est entaché d'un vice de forme en application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'est pas signé ;
- le bien-fondé du titre de recettes litigieux n'est pas établi ; il met à sa charge une indemnité d'occupation du domaine public alors qu'elle ne tire aucun avantage significatif des parois moulées de l'hôtel Noga Hilton, lesquelles ne sauraient ainsi constituer une occupation du domaine public de la commune ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales dès lors que la convention de délégation de service public conclue avec la commune de Cannes le 4 avril 2003 pour l'aménagement et l'exploitation d'un troisième casino n'a pas prévu le paiement de cette redevance pour occupation du domaine public ;
- il méconnaît le principe de l'équilibre financier, de loyauté et de bonne foi des relations contractuelles ;
- il est illégal en raison de la faute commise par la commune de Cannes en tant que co-contractant de la convention du 4 avril 2003 ; la commune a elle-même consenti à la construction du bâtiment et à son empiètement sur le domaine public ;
- le montant de l'indemnité réclamée est erroné ; il tient compte du seul avantage que tire la société Jesta Fontainebleau ;
- la surface objet de l'application de la redevance en cause pour l'occupation du domaine public ne fait pas partie du domaine public communal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 4 août 2024, non communiqué, la commune de Cannes, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la Société Casinotière du Littoral Cannois une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Cannes fait valoir que :
- le moyen tiré de l'incompétence du signataire du titre de recettes litigieux et celui du vice de forme ne sont pas fondés ;
- la circonstance que la société requérante ne tirerait aucun avantage significatif des parois moulées de l'hôtel Noga Hilton, lesquelles sont indissociables du gros œuvre et ne sauraient ainsi constituer une occupation du domaine public de la commune, est sans incidence, dès lors que cette notion d'avantage significatif procuré par une occupation du domaine public, qui est au demeurant caractérisé en l'espèce, n'a pas d'existence légale ;
- la méconnaissance des dispositions de l'article L 1411-2 du code général des collectivités territoriales est inopérante en l'espèce, dès lors que le titre de recettes litigieux n'est nullement fondé sur l'application de la convention de délégation de service public du 4 avril 2003 conclue par la commune de Cannes avec la société requérante pour l'aménagement et l'exploitation d'un troisième casino dans la ville ;
- elle n'a commis aucune faute contractuelle et, à la supposée avérée, une telle faute ne serait pas de nature à exonérer l'occupant sans titre du domaine public du paiement de la redevance ;
- le moyen tiré du caractère erroné du montant du titre de recettes n'est pas fondé ;
- le moyen tiré de la prétendue appartenance de la parcelle litigieuse au domaine privé communal n'est pas fondé.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 8 février 2024, la société Jesta Fontainebleau, représentée par la SCP Baraduc-Duhamel-Rameix, conclut :
1°) à l'annulation du titre de recettes litigieux ;
2°) à ce que la décharge réclamée par la Société Casinotière du Littoral Cannois soit accordée ;
3°) à ce que le montant des sommes réclamées soit réduit ;
4°) à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Cannes une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Jesta Fontainebleau soutient que :
- la surface concernée par l'occupation du domaine public supposée ne fait pas partie du domaine public ;
- l'empiètement illégal supposé de 168 m² sur le domaine public n'est pas établi ;
- la faute commise par la commune de Cannes, qui a toléré voire provoqué l'occupation sans titre du domaine public, est de nature à exonérer la responsabilité de l'occupant sans titre ;
- le montant du titre de recettes attaqué est erroné.
Par une lettre du 22 juillet 2024, les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire serait inscrite à une audience au cours du second semestre 2024 et que l'instruction est susceptible d'être close à partir du 5 août 2024.
II- Par une requête n° 2200088 et des mémoires, enregistrés les 10 janvier 2022, 18 novembre 2022, 8 février 2024, 31 mai 2024 et un mémoire, du 2 août 2024, non communiqué, la Société Casinotière du Littoral Cannois, représentée par Me Frêche, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 8190 d'un montant de 82 555,20 euros émis à son encontre par le maire de Cannes le 26 novembre 2021 en contrepartie de l'occupation du domaine public du 1er septembre 2020 au 31 août 2021 ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 82 555,20 euros mise à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- le titre de recettes attaqué a été émis par une personne incompétente ;
- il est entaché d'un vice de forme en application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'est pas signé ;
- le bien-fondé du titre de recettes litigieux n'est pas établi ; il met à sa charge une indemnité d'occupation du domaine public alors qu'elle ne tire aucun avantage significatif des parois moulées de l'hôtel Noga Hilton, lesquelles ne sauraient ainsi constituer une occupation du domaine public de la commune ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales dès lors que la convention de délégation de service public conclue avec la commune de Cannes le 4 avril 2003 pour l'aménagement et l'exploitation d'un troisième casino n'a pas prévu le paiement de cette redevance pour occupation du domaine public ;
- il méconnaît le principe de l'équilibre financier, de loyauté et de bonne foi des relations contractuelles ;
- il est illégal en raison de la faute commise par la commune de Cannes en tant que co-contractant de la convention du 4 avril 2003 ; la commune a elle-même consenti à la construction du bâtiment et à son empiètement sur le domaine public ;
- le montant de l'indemnité réclamée est erroné ; il tient compte du seul avantage que tire la société Jesta Fontainebleau ;
- la surface objet de l'application de la redevance en cause pour l'occupation du domaine public ne fait pas partie du domaine public communal.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2024, et un mémoire complémentaire du 4 août 2024 non communiqué, la commune de Cannes, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la Société Casinotière du Littoral Cannois une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Cannes fait valoir que :
- le moyen tiré de l'incompétence du signataire du titre de recettes litigieux et celui du vice de forme ne sont pas fondés ;
- la circonstance que la société requérante ne tirerait aucun avantage significatif des parois moulées de l'hôtel Noga Hilton, lesquelles sont indissociables du gros œuvre et ne sauraient ainsi constituer une occupation du domaine public de la commune, est sans incidence, dès lors que cette notion d'avantage significatif procuré par une occupation du domaine public, qui est au demeurant caractérisé en l'espèce, n'a pas d'existence légale ;
- la méconnaissance des dispositions de l'article L 1411-2 du code général des collectivités territoriales est inopérante en l'espèce, dès lors que le titre de recettes litigieux n'est nullement fondé sur l'application de la convention de délégation de service public du 4 avril 2003 conclue par la commune de Cannes avec la société requérante pour l'aménagement et l'exploitation d'un troisième casino dans la ville ;
- elle n'a commis aucune faute contractuelle et, à la supposée avérée, une telle faute ne serait pas de nature à exonérer l'occupant sans titre du domaine public du paiement de la redevance ;
- le moyen tiré du caractère erroné du montant du titre de recettes n'est pas fondé ;
- le moyen tiré de la prétendue appartenance de la parcelle litigieuse au domaine privé communal n'est pas fondé.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 8 février 2024, la société Jesta Fontainebleau, représentée par la SCP Baraduc Duhamel Rameix, conclut :
1°) à l'annulation du titre de recettes litigieux ;
2°) à ce que la décharge réclamée par la Société Casinotière du Littoral Cannois soit accordée ;
3°) à ce que le montant des sommes réclamées soit réduit ;
4°) à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Cannes une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Jesta Fontainebleau soutient que :
- la surface concernée par l'occupation du domaine public supposée ne fait pas partie du domaine public ;
- l'empiètement illégal supposé de 168 m² sur le domaine public n'est pas établi ;
- la faute commise par la commune de Cannes, qui a toléré voire provoqué l'occupation sans titre du domaine public, est de nature à exonérer la responsabilité de l'occupant sans titre ;
- le montant du titre de recettes attaqué est erroné.
Par une lettre du 22 juillet 2024, les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire serait inscrite à une audience au cours du second semestre 2024 et que l'instruction est susceptible d'être close à partir du 5 août 2024.
Par ordonnance du 18 septembre 2024, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision du Conseil d'État du 16 juillet 2024, n° 474901 ;
- l'arrêt n°21MA00509 de la cour administrative d'appel de Marseille du 7 avril 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Sandjo, conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cavaillon, représentant la SA Société Casinotière du Littoral Cannois, de Me Gadd, substituant Me Orlandini, représentant la commune de Cannes et de Me Duhamel, représentant la société Jesta Fontainebleau.
Considérant ce qui suit :
1. Par une convention de délégation de service public en date du 4 avril 2003, la commune de Cannes a concédé à la société fermière du Casino Municipal de Cannes, aux droits de laquelle vient la SA Société Casinotière du Littoral Cannois, l'exploitation, pour une durée de 18 ans, d'un casino situé dans l'ensemble immobilier alors dénommé complexe Noga Hotels Cannes, sis 50 boulevard de la Croisette à Cannes, dont la société Noga Hotels Cannes, devenue société Jesta Fontainebleau, est le preneur, depuis le 7 octobre 1988, d'un bail à construction conclu avec la commune pour une durée de 75 ans, en vue de la construction d'un ensemble immobilier comprenant un hôtel, un casino et une salle de spectacle. La société Noga Hotels Cannes a également conclu avec la commune de Cannes, le 13 septembre 1990, une convention d'occupation du domaine public pour la réalisation d'un passage souterrain, sous le boulevard de la Croisette, permettant de relier l'immeuble à la plage. Une nouvelle convention d'occupation du domaine public a été conclue le 30 mars 1994, pour la période du 1er septembre 1993 au 31 août 2005, afin de régulariser des empiètements sur le sous-sol de la voie publique résultant, d'une part, des travaux de construction de l'hôtel lui-même et, d'autre part, de la construction du passage souterrain. Par une convention en date du 24 septembre 2003, la société Noga Hotels Cannesa donné à bail à la Société Casinotière du Littoral Cannois les locaux du casino en cause, d'une surface totale de 2 797,22 m², situés au rez-de-chaussée inférieur, au rez-de-chaussée, et au cinquième sous-sol de l'immeuble. Le 11 décembre 2020, la commune de Cannes a émis un titre de recettes n° 7918 d'un montant de 82 555,20 euros afin de recouvrer la redevance due au titre de l'occupation sans titre du domaine public par la société Noga Hotels Cannes pour la période courant du 1er septembre 2019 au 31 août 2020. Par la requête n° 2100715, la Société Casinotière du Littoral Cannois demande au tribunal d'annuler le titre de recette susmentionné et de la décharger de l'obligation de payer la somme en cause. La commune de Cannes a par ailleurs émis, le 26 novembre 2021, à l'encontre de cette même société, un titre de recette n° 8190 d'un montant de 82 550,20 euros, afin de recouvrer la redevance due au titre de l'occupation sans titre du domaine public par ladite société pour la période du 1er septembre 2020 au 31 août 2021. Par la requête n° 2200088, la Société Casinotière du Littoral Cannois demande au tribunal d'annuler le titre de recette susmentionné et de la décharger de l'obligation de payer la somme en cause.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2100715 et n° 2200088 présentées par la Société Casinotière du Littoral Cannois présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur l'intervention de la société Jesta Fontainebleau dans les instances n°s 2100175 et 2200088 :
3. Il y a lieu d'admettre l'intervention de la société Jesta Fontainebleau dans les instances n°s 2100175 et 2200088 dès lors qu'elle a intérêt à l'annulation des actes attaqués.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
En ce qui concerne la régularité des avis des sommes à payer n° 7918 et n° 8190 :
4. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". L'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction en vigueur à la date des titres contestés dispose que : " () / 4° () /En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.
5. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que les titres exécutoires contestés portent la mention " Pour le maire, le premier adjoint B A " lequel a reçu délégation de signature du maire de Cannes, par arrêté n° 20/2762 du 23 mai 2020 transmis en sous-préfecture le 25 mai 2020 et régulièrement affiché en mairie, pour les affaires relevant de la performance municipale, de l'optimisation et de la performance budgétaires, du patrimoine communal et du protocole. L'arrêté précise que la délégation relative au patrimoine communal comprend notamment le volet financier. Ainsi, les titres litigieux n'ont pas été pris par une autorité incompétente.
6. D'autre part, si les volets des titres exécutoires destinés au débiteur formant avis des sommes à payer ne comportent pas la signature de leur auteur alors que son nom et sa qualité y étaient indiqués, ils ont toutefois été notifiés avec deux bordereaux n°s 7918 et 8190 comportant la signature électronique de M. B A, pour le maire. Dans ces conditions, l'absence de la signature sur les titres exécutoires en litige n'était pas de nature à en affecter la régularité.
En ce qui concerne le bien-fondé des titres exécutoires n° 7918 et n° 8190 :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique () est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 2111-2 du code précité : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ".
8. Il résulte de l'instruction, que les niveaux inférieurs du bâtiment appartenant à la société Jesta Fontainebleau ont été implantés au-delà de la limite de propriété privée, en débordement sous la Croisette, et qu'ils empiètent ainsi sur le tréfonds du domaine public routier communal sur une bande d'une largeur comprise entre 2 et 3 mètres et ce pour une superficie totale de 168 m² incluant l'emprise de la paroi moulée du bâtiment de 50 m². Ces empiètements contribuent à soutenir la voie qui se situe à leur aplomb et présentent donc une utilité directe pour cet ouvrage, notamment pour sa solidité, et elle en constitue par suite l'accessoire. Dès lors, la société Casinotière du Littoral Cannois et la société Jesta Fontainebleau ne sont pas fondées à soutenir que le tréfonds en cause appartiendrait au domaine privé de la commune de Cannes, qu'il n'empièterait pas sur le domaine public pour une surface de 168 m², , que l'empiètement des parois moulées réalisées en sous-sol de l'immeuble au-delà de la limite séparative ne résulterait d'aucune pièce ayant valeur probante, que la limite du domaine public n'a pas été valablement établie ni que la commune de Cannes ne pouvait exiger une indemnité calculée à partir de cette surface de 168 m².
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L1 donne lieu au paiement d'une redevance sauf lorsque l'occupation ou l'utilisation concerne l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière ou nécessaires à la liquidation et au constat des irrégularités de paiement de toute taxe perçue au titre de l'usage du domaine public routier. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être délivrée gratuitement : / 1° Soit lorsque l'occupation ou l'utilisation est la condition naturelle et forcée de l'exécution de travaux ou de la présence d'un ouvrage, intéressant un service public qui bénéficie gratuitement à tous ; / 2° Soit lorsque l'occupation ou l'utilisation contribue directement à assurer la conservation du domaine public lui-même. / En outre, l'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être délivrée gratuitement aux associations à but non lucratif qui concourent à la satisfaction d'un intérêt général () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation. ".
10. Sans préjudice de la répression éventuelle des contraventions de grande voirie, le gestionnaire d'une dépendance du domaine public est fondé à réclamer à un occupant sans titre, à raison de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. Lorsque l'occupation du domaine public procède de la construction sans autorisation d'un bâtiment sur le domaine public et que ce bâtiment est lui-même occupé par une personne autre que celle qui l'a édifié ou qui a acquis les droits du constructeur, le gestionnaire du domaine public est fondé à poursuivre l'indemnisation du préjudice résultant de l'occupation irrégulière auprès des occupants sans titre, mettant ainsi l'indemnisation soit à la charge exclusive de la personne ayant construit le bâtiment ou ayant acquis les droits du constructeur, soit à la charge exclusive de la personne qui l'occupe, soit à la charge de l'une et de l'autre en fonction des avantages respectifs qu'elles en ont retiré.
11. A cette fin, le gestionnaire du domaine public doit rechercher le montant de redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public communal.
12. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 et 11 du présent jugement, et contrairement à ce que soutient la société requérante, la commune de Cannes a pu légalement mettre à sa charge les titres en litige, dès lors quela société Casinotière du Littoral est le locataire des locaux, occupant sans titre et que la commune avait le choix de poursuivre l'un ou l'autre des occupants ou les deux successivement, sans qu'elle se trouve en situation de compétence liée.
13. Il résulte de l'instruction que la société Casinotière du Littoral Cannois tirait un avantage au moins indirect, de l'occupation du domaine public, laquelle lui a permis d'accroître sa superficie d'exploitation. Par suite, la Société Casinotière du Littoral Cannois et la société Jesta Fontainebleau ne sont pas fondées à soutenir, d'une part, que la société requérante ne tire aucun avantage de cette occupation de sorte qu'elle ne devrait pas être tenue au paiement de l'indemnité recherchée par la commune et, d'autre part, que le débord des parois moulées ne présente aucun intérêt commercial.
14. Aux termes de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales : " Les conventions de délégation de service public ne peuvent contenir de clauses par lesquelles le délégataire prend à sa charge l'exécution de services ou de paiements étrangers à l'objet de la délégation. / Les montants et les modes de calcul des droits d'entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. ".
15. Tout d'abord, si la société requérante soutient que les actes attaqués méconnaissent les dispositions précitées de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales, aux termes desquelles les montants et les modes de calcul des redevances versées par un délégataire de service public doivent être justifiés dans la convention de délégation, ces dispositions ne privent pas la commune, en sa qualité de propriétaire du domaine, du pouvoir de définir et de modifier les montants de redevance dus en application des dispositions précitées de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques.
16. Ensuite, si la société requérante soutient que l'émission des titres exécutoires viole l'équilibre financier de la délégation de service public dont la société requérante est titulaire, cette circonstance, à la supposée établie, n'est de nature qu'à permettre à cette société de saisir le juge du contrat et est sans influence sur la légalité des titres contestés, qui, en tout état de cause, mettent à la charge de la société des indemnités pour occupation irrégulière, et non des redevances et ne sont pas fondées sur cette délégation de service public.
17. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le contrat de concession pour l'exploitation du casino à Cannes, signé le 4 avril 2003 dont elle est titulaire ne saurait constituer, dans le silence de ses clauses, un titre l'autorisant à occuper régulièrement le domaine public communal dès lors qu'une telle autorisation ne peut être tacite et doit nécessairement être écrite.
18. Enfin, il résulte de l'instruction que les fautes supposément commises par la commune de Cannes, dont se prévalent les sociétés requérante et intervenante, si elles pouvaient être, le cas échéant, de nature à engager la responsabilité de la commune, demeurent sans influence sur la légalité des titres exécutoires contestés dont le fondement est l'avantage résultant pour le locataire de l'occupation sans titre des locaux.
19. En outre, il résulte également de l'instruction que la commune de Cannes a proposé de conclure une convention de régularisation en la matière qui permettait à la société une complète information relativement à ses obligations, antérieurement à l'émission des titres en cause, et n'a donc pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
20. En troisième et dernier lieu, en ce qui concerne le montant des redevances d'occupation du domaine public mises à la charge de la société requérante par les titres de recettes attaqués, il résulte de l'instruction que l'indemnité réclamée à la société requérante pouvait légalement être calculée par référence au loyer commercial versé par la Société Casinotière du Littoral Cannois au propriétaire de l'hôtel Noga Hilton devenue la société Jesta Fontainebleau, au prorata de la surface occupée sans droit ni titre en tréfonds du domaine public communal. En application de ce principe, la cour a estimé, dans son arrêt du 7 avril 2023 susvisé, que le tarif au mètre carré à retenir était de 491,4 euros. Ainsi, en appliquant ce tarif à la surface litigieuse de 168 m² réalisant une occupation sans titre du domaine public communal, le montant annuel de redevance s'élève à la somme de 82 555,20 euros, montant correspondant à celui mis à la charge de la société requérante par chacun des titres de recettes attaqués et qui n'apparait, dès lors, nullement erroné. En outre, les circonstances, notamment alléguées par la société Jesta Fontainebleau, qu'une convention d'occupation du domaine public pour la période courant entre 1994 et 2005 avait fixé une redevance d'un montant bien inférieur pour la même surface et que le débord des parois moulées sur le domaine public ne présenterait aucun intérêt commercial sont sans incidence sur la légalité des titres de recettes attaqués.
21. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des titres de recettes attaqués et la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par lesdits titres.
Sur les frais liés au litige :
22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
23. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Cannes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante et la société Jesta Fontainebleau demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Cannes et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par la société Jesta Fontainebleau, intervenante à l'instance, qui n'a pas la qualité de partie au litige.
D É C I D E :
Article 1er : L'intervention de la société Jesta Fontainebleau dans les instances n°s 2100715 et n° 2200088 est admise.
Article 2 : Les requêtes n°s 2100715 et 2200088 présentées par la Société Casinotière du Littoral Cannois sont rejetées.
Article 3 : La Société Casinotière du Littoral Cannois versera à la commune de Cannes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la société Jesta Fontainebleau au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la Société Casinotière du Littoral Cannois, à la commune de Cannes et à la société Jesta Fontainebleau.
Copie en sera adressée au receveur percepteur municipal de la commune de Cannes.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
G. SANDJO
Le président,
signé
F. PASCAL La greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
2 - 2200088
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026