jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100730 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP KRAUS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 27 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Montreuil a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administratif, renvoyé au tribunal administratif de Nice la requête de la société Pebbles rentals Ltd.
Par cette requête, enregistrée le 6 octobre 2020, la société de droit britannique Pebbles Rentals Ltd, représentée par Me Kraus, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des périodes allant du 1er décembre 2008 au 31 décembre 2010 et du 1er janvier 2012 au 31 janvier 2012, d'un montant total de 180 279 euros, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2008, 2009, 2010 et 2012, d'un montant total de 264 167 euros ;
2°) de mettre une somme de 2 500 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration a méconnu son devoir de communication en application des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- la procédure de taxation d'office a été irrégulièrement mise en œuvre ;
- le droit de reprise allongé prévu aux articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales n'est pas applicable, faute pour l'administration fiscale d'établir l'exercice d'une activité occulte ;
- elle ne dispose pas d'un établissement stable en France ;
- la méthode employée par le service vérificateur pour reconstituer son chiffre d'affaires est manifestement inexacte et a abouti à des résultats disproportionnés, dès lors que le service a à tort pris en compte les sommes qu'elle a perçues pour le compte de clients au Royaume-Uni, et notamment les dépôts et les cautions ;
- l'application de la majoration pour activité occulte est injustifiée, dès lors qu'elle n'exerce pas d'activité occulte en France et qu'elle a souscrit à l'ensemble de ses obligations fiscales au Royaume-Uni.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- il a prononcé le 7 juin 2021, un dégrèvement partiel d'un montant de 18 959 euros, correspondant à une partie du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société requérante au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2012 ;
- aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 22 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juin 2023.
Un mémoire a été produit par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes le 26 juin 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Kraus, représentant la société Pebbles Rentals Ltd.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'une vérification de comptabilité et de la mise en œuvre de la procédure de visite et de saisie prévue à l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, le service vérificateur a estimé que la société de droit britannique Pebbles Rentals Ltd disposait d'un établissement stable en France et y exerçait une activité occulte. Il a par conséquent mis à sa charge, dans le cadre de la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2008, 2009, 2010 et 2012 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée réclamés au titre des périodes allant du 1er octobre 2008 au 31 décembre 2010 et du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2012, assortis d'intérêts de retard et de majorations pour exercice d'une activité occulte. La société demande la décharge de ces impositions, en droits et pénalités.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 7 juin 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a prononcé un dégrèvement partiel du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la requérante au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2012 et des pénalités correspondantes, à concurrence de 18 959 euros. Les conclusions de la requête sont donc devenues, dans cette mesure, sans objet.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le lieu d'imposition de la société Pebbles Rentals ltd :
S'agissant de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés :
3. D'une part, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés () en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 6 de la convention franco-britannique du 22 mai 1968, applicable aux exercices clos les 31 décembre 2008 et 2009 : " Les bénéfices industriels et commerciaux d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices industriels et commerciaux de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat, mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables audit établissement stable ". Le paragraphe 1 de l'article 4 de la même convention stipule que : " Au sens de la présente convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires où l'entreprise exerce tout ou partie de son activité ". Aux termes de l'article 7 de la convention franco-britannique du 19 juin 2008 applicable à compter de l'exercice ouvert au 1er janvier 2010 : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable ". Aux termes de l'article 5 de la même convention : " l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires par l'intermédiaire de laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité. / 2. L'expression " établissement stable " comprend notamment : / a) un siège de direction ; / b) une succursale ; / c) un bureau () ".
5. La société requérante soutient que son activité, exercée exclusivement au Royaume-Uni, consiste à rechercher via son site internet des propriétaires de biens immobiliers situés à Nice et dans sa région en vue de leur location en France par la SARL Nice Pebbles. Il ressort des constatations opérées par le service vérificateur, lors, notamment, des saisies effectuées en application de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, et dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société à responsabilité limitée (SARL) de droit français Nice Pebbles, que de nombreux documents, relevés bancaires de la société requérante, factures et devis établis à son nom et mentionnant deux adresses situées à Nice correspondant aux locaux détenus par la SARL Nice Pebbles, ont été retrouvés dans lesdits locaux, situés aux 20, rue de l'Hotel des Postes et au 23, rue Gioffredo, à Nice. En outre, il a été constaté par le service que la gestion quotidienne du site internet " Nicepebbles.com ", objet de la société requérante, était effectuée depuis la France, où sont établis ses dirigeants, également dirigeants de la SARL Nice Pebbles, que le nom du site internet est mentionné sur la devanture de l'agence de la SARL Nice Pebbles et que le numéro de téléphone mentionné sur ce site correspond à la ligne téléphonique française de cette dernière. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la société française met son équipe de salariés à la disposition de la société requérante, et que sa seule rémunération provient des recettes commerciales occasionnées par les mises en location des biens immobiliers situés en France, cette dernière reversant à la société française Nice Pebbles des commissions pour services rendus.
6. La société Pebbles Rentals ltd fait néanmoins valoir qu'elle ne peut être regardée comme exploitant une activité habituelle en France, dès lors qu'elle se borne à entretenir des relations commerciales avec la société française Nice Pebbles, essentiellement régies par un " contrat d'agence concernant des services de gestion ". Toutefois, outre que ce contrat n'est, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, ni daté ni signé, il ne présente pas, en l'absence de tout autre document de nature à authentifier l'existence d'un tel contrat, de valeur probante dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucun enregistrement, et sa seule production ne permet pas, en tout état de cause, d'établir la réalité de l'activité que la société exercerait au Royaume-Uni. Par ailleurs, si la société requérante fait valoir que le site internet " Nicepebbles.com " a été créé en 2006 au Royaume-Uni et que les moyens mis en œuvre dans cet Etat pour la gestion de son activité ont évolué tout au long de la période vérifiée, elle ne produit aucun élément de nature à justifier que des prestations de service auraient été réalisées depuis le Royaume-Uni au cours de la période litigieuse, alors que, comme cela a été dit au point précédent, il a été constaté par le service vérificateur que les dirigeants de la société, dont sa gérante, résidaient en France. Enfin, si la société conteste l'affirmation selon laquelle le siège social qu'elle a déclaré au cours de la période litigieuse correspondrait en réalité au domicile personnel de la mère de la gérante de la société, elle ne conteste pas qu'il s'agit d'une maison d'habitation, propriété de sa gérante, et ne justifie pas que des prestations y seraient réalisées ni qu'elle y disposerait de salariés. Dès lors, les justificatifs qu'elle produit ne permettent pas d'établir l'existence de moyens matériels et humains au Royaume-Uni.
7. Il résulte de ce qui précède que l'administration fiscale doit être regardée comme démontrant que la société Pebbles Rentals ltd exerce en France une activité par l'intermédiaire d'un établissement stable, au sens du I de l'article 209 du code général des impôts. Elle établit également, par ces mêmes éléments, qu'elle dispose d'une installation fixe d'affaires caractérisant un établissement stable au sens de la convention franco-britannique, dont les bénéfices sont imposables en France.
S'agissant de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée :
8. Il résulte des dispositions de l'article 259 du code général des impôts, dans sa version antérieure à la loi n° 2009-1673 du 30 décembre 2009 comme dans sa version issue de celle-ci, qu'en matière de taxe sur la valeur ajoutée, le lieu des prestations de services est situé en France lorsque le prestataire dispose en France d'un établissement stable à partir duquel le service est rendu.
9. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 6, au cours de la période vérifiée, la société Pebbles Rentals Ltd a bien disposé, en France, d'un établissement stable à partir duquel ses services ont été réalisés. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a estimé qu'elle était redevable en France de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.
En ce qui concerne la mise en œuvre des délais de reprise prévus aux articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales en cas d'exercice d'une activité occulte :
10. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour () l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la sixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce () ". Aux termes de l'article L. 176 du même livre : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts (). / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle la taxe est devenue exigible conformément au 2 de l'article 269 du code général des impôts () lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ".
11. Il résulte des dispositions précitées que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. S'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un Etat autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment du niveau d'imposition dans cet autre Etat et des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux Etats.
12. En l'espèce, la société Pebbles Rentals ltd n'ayant pas déposé ses déclarations dans les délais légaux ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce au titre de la période litigieuse, il lui appartient de démontrer qu'elle a commis une erreur justifiant qu'elle ne se soit acquittée d'aucune de ces obligations déclaratives. Si elle fait valoir qu'elle a rempli, pour la période en litige, ses obligations déclaratives au Royaume-Uni, elle n'apporte aucun élément de nature à tenir cette circonstance pour établie, ni à justifier qu'elle aurait déclaré, dans cet Etat, les résultats de son établissement en France. Enfin, la société requérante, qui ne pouvait ignorer que son activité était exercée depuis une installation fixe en France, d'où était géré son site internet et où résidaient ses dirigeants, ne peut soutenir qu'elle a commis une simple erreur en n'y déclarant pas cette activité. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a mis en œuvre le délai de reprise spécial prévu par les dispositions des articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ".
14. Il résulte de ce qui précède que la société requérante, qui exerçait une activité en France, n'a pas souscrit les déclarations auxquelles elle était tenue. Elle n'établit pas, ni même n'allègue, que l'absence de respect de cette obligation résulterait d'une erreur de sa part. Par conséquent, l'administration était en droit de mettre en œuvre à son endroit la procédure de taxation d'office sur le fondement du 2° de l'article L. 66 s'agissant de l'impôt sur les sociétés, sans avoir à procéder à une mise en demeure en application de l'article L. 68 du même livre, en raison du caractère occulte de cette activité, et du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée, sans que la société Pebbles Rentals Ltd puisse utilement se prévaloir de la circonstance qu'elle aurait volontairement communiqué, au cours de la procédure de contrôle, ses relevés bancaires et résultats annuels au service vérificateur.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé de demander que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Cette obligation ne s'impose à l'administration que pour les renseignements effectivement utilisés pour fonder les rectifications.
16. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration, qui s'est notamment fondée sur les éléments obtenus dans le cadre des saisies effectuées en application de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, de la vérification de comptabilité de la SARL de droit français Nice Pebbles ainsi que sur les éléments bancaires produits par la société requérante, aurait fondé les rectifications en litige sur les éléments obtenus par l'exercice de l'assistance administrative auprès de l'administration fiscale du Royaume-Uni. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
17. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
18. La procédure de taxation d'office ayant été, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, régulièrement appliquée à l'encontre de la société Pebbles Rentals Ltd, il incombe à cette dernière, en application des dispositions précitées de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve de l'exagération des impositions en litige.
19. En se bornant à faire valoir que le chiffre d'affaires reconstitué par l'administration fiscale est disproportionné et a été déterminé à partir d'une méthode erronée faute d'avoir distingué son chiffre d'affaires et celui réalisé par la SARL française Nice Pebbles, et à viser les montants des déclarations, au demeurant non produites, qu'elle aurait effectuées au Royaume-Uni afin de les comparer avec le chiffre d'affaires déclaré par la société française, la société requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère exagéré des impositions mises à sa charge.
En ce qui concerne la majoration de 80 % :
20. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".
21. Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ces obligations déclaratives. Toutefois, s'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un État autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte tant du niveau d'imposition dans cet autre État que des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux États.
22. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12 du présent jugement, l'existence d'une activité occulte en France de la société Pebbles Rentals ltd et l'absence de justifications d'une erreur dans la portée de ses obligations déclaratives sont établies. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne pouvait appliquer la majoration prévue au c) du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence du dégrèvement d'un montant de 18 959 (dix-huit-mille neuf-cent-cinquante-neuf) euros prononcé en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Pebbles Rentals Ltd est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société Pebbles Rentals Ltd et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Pouget, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
Assistés de Mme Martin, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
S. KOLF
La présidente,
signé
M. POUGET
La greffière,
signé
C. MARTIN
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026