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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100800

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100800

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100800
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA
Avocat requérantGEMSA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 12 février et 3 août 2021,

M. B A, représenté par Me Gemsa, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Cannes et le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint-Raphaël à lui payer, sans faire application du taux de perte de chance de 20%, 1 200, 00 euros en remboursement des honoraires d'assistance à l'expertise judiciaire ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Cannes et le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint-Raphaël à lui payer, après application du taux de perte de chance de 20% :

- 67, 20 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

- 400, 00 euros au titre des souffrances endurées ;

- 400, 00 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

3°) répartir le quantum de l'indemnisation en fonction de la responsabilité de chaque établissement à raison de 75% pour le centre hospitalier de Cannes et de 25% pour le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint-Raphaël ;

4°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Cannes et le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint-Raphaël à lui rembourser les frais et honoraires des opérations d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 105, 00 euros ;

5°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Cannes et le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint-Raphaël à lui payer la somme de 3 000, 00 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que, postérieurement à la saisine du tribunal, il a régularisé une demande indemnitaire auprès de l'administration selon courriers en date du 18 février 2021, reçus par les Centres hospitaliers le 22 février 2021 ;

- l'absence de diagnostic de sa fracture du péroné par les deux hôpitaux constitue une faute qui a engagé leur responsabilité, en application des dispositions de l'article L.1142-1 du code de la santé publique ;

- ce manquement dans la prise en charge du patient a entrainé une prolongation d'hospitalisation puisqu'une rechute s'est produite dans la nuit du 23 au 24 juin 2015. Ceci a généré un préjudice extrapatrimonial lié à la douleur avec un pretium doloris évaluable à 1/7 et un prolongement de l'hospitalisation de 5 jours supplémentaires à la clinique Saint-Georges de Nice ; l'expert a reconnu une " faute imputable aux deux hôpitaux et a favorisé la survenue de cette complication thromboembolique avec une perte de chance de 20% pour Monsieur A ".

Par mémoire enregistré le 26 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Var, intervenant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, a informé le tribunal que M. A avait été pris en charge au titre du risque maladie et qu'elle n'entendait pas intervenir dans le cadre de l'instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, le centre hospitalier de Cannes, représenté par Me Calvini, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire, pour le cas où sa responsabilité serait retenue, qu'il ne soit fait droit aux prétentions du requérant que dans de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, faute de demande préalable ;

- l'expert a tout de même conclu qu'il n'existait pas de lien de causalité direct et certain entre le retard de diagnostic et le préjudice invoqué ; rien ne permet sur le plan médical, tel que l'admet lui-même l'expert, d'affirmer que c'est la méconnaissance du diagnostic de fracture du péroné qui est à l'origine de l'embolie pulmonaire, aucune perte de chance ne doit et ne peut être retenue ; il ressort des éléments versés aux débats, qu'un diagnostic plus précoce n'aurait pas modifié la prise en charge et en toutes hypothèses, la prescription d'HBPM ne s'imposait pas.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint Raphaël, représenté par Me Chas, s'en remet à la sagesse du tribunal sur l'existence de sa responsabilité et à titre subsidiaire, pour le cas où sa responsabilité serait retenue, conclut qu'il ne soit fait droit aux prétentions du requérant que dans de plus justes proportions.

Vu :

- le rapport d'expertise du 21 septembre 2018 ;

- l'ordonnance de taxe du 22 novembre 2018 rendu par le président du tribunal administratif de Nice ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilles Taormina, magistrat désigné,

- les conclusions de M. Patrick Soli, rapporteur public,

- et les observations de Me Poncer, représentant le centre hospitalier intercommunal de Fréjus Saint-Raphaël.

Considérant ce qui suit ;

1. Le 16 juin 2015, alors qu'il circulait à motocyclette entre Fayence et Cannes,

M. B A a été victime d'un accident de la circulation automobile. Pris en charge par les pompiers, il a été admis à l'hôpital de Cannes où il a été opéré d'une fracture du poignet droit le 17 juin pour regagner son domicile le 19 juin suivant. Bien que se plaignant de douleurs à la jambe droite, aucun examen de ce membre n'était effectué. Victime d'un malaise dans la nuit du 23 au 24 juin, il était admis à l'hôpital de Fréjus-Saint-Raphaël qui ne réalisait pas non plus ces examens, le laissant regagner son domicile repartir avec une simple prescription médicamenteuse. Le 15 juillet, son médecin traitant prescrivait une radiographie qui permettait de poser le diagnostic d'une fracture du péroné et une phlébite. Admis immédiatement aux urgence de la clinique Saint-Georges de Nice, le diagnostic était confirmé, ensemble celui d'une embolie pulmonaire et d'une fracture de la rate. Par ordonnance n°1703011 du 8 février 2018, le juge des référés du tribunal de céans a ordonné une expertise médical et commis pour y procéder le Dr C qui a déposé son rapport le 21 septembre 2018. M. B A demande au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier de Cannes et le centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint-Raphaël à réparer son préjudice et de mettre à leur charge définitive les frais d'expertise judiciaire.

Sur la responsabilité des centres hospitaliers de Cannes et Fréjus-Saint-Raphaël :

2. Aux termes de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. Le retard de diagnostic, qui constitue une faute médicale uniquement lorsque, dans les circonstances de l'espèce, il pouvait avoir été fait plus tôt et qu'il n'existe aucune raison légitime qu'il n'en fût pas ainsi, ne peut être considéré comme ayant causé un préjudice que lorsqu'il a privé l'intéressé de chances sérieuses de rétablissement ou de récupération même partielle ou de survie. Le préjudice qui résulte directement de la faute commise par l'établissement et doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte d'une chance de l'éviter. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

4. Il résulte du rapport d'expertise judiciaire, qu'il n'existe pas de lien de causalité direct et certain entre le préjudice allégué par M. A et le retard de diagnostic de la fracture du péroné dont il était atteint et que si ce diagnostic avait été effectué plus tôt, dès son hospitalisation à Cannes ou Saint-Raphaël, rien ne permet d'affirmer qu'il aurait évité la phlébite du mollet droit et l'embolie pulmonaire diagnostiquées ensuite à la clinique Saint-Georges de Nice. Si l'expert judiciaire conclut à l'existence d'un déficit fonctionnel permanent de 1%, il précise qu'il n'y a aucune séquelle physique mais un simple retentissement psychologique. Dès lors, le retard de diagnostic de la fracture du péroné dont était atteint

M. A ne lui ayant fait perdre aucune chance de rétablissement, de récupération même partielle ou de survie, il n'est fondé à demander réparation aux centres hospitaliers de Cannes et de Fréjus-Saint-Raphaël d'aucun préjudice et par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête.

Sur la charge des frais d'expertise :

5. Aux termes de l'article R.761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée en référé, liquidés et taxés à la somme totale de 1 105, 00 euros par l'ordonnance du 22 novembre 2018 du président du tribunal administratif de Nice, à la charge des centres hospitaliers de Cannes et de Fréjus-Saint-Raphaël, chacun pour moitié.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".

8. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge des centres hospitaliers de Cannes et de Fréjus-Saint-Raphaël une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise judiciaire liquidés et taxés à la somme de 1 105, 00 euros par ordonnance du président du tribunal administratif de Nice du 22 novembre 2018, sont mis à la charge définitive des centres hospitaliers de Cannes et de Fréjus-Saint-Raphaël.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier de Cannes, au centre hospitalier intercommunal de Fréjus-Saint-Raphaël, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. Taormina

Le greffier,

signé

L. Bianchi

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

N°2100800

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