mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2100955 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP KRUST-PENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nice, le 19 février 2021, sur ordonnance de renvoi du tribunal administratif de Paris en date du 17 février 2021, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Victor Nicolaï, représenté par Me Penaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'action et des comptes publics a rejeté sa demande tendant au versement d'une indemnité de 516 127,41 euros en réparation des préjudices résultant du détournement de fonds commis par une agente de la trésorerie qui assurait la gestion des fonds entre 1992 et 2011, ensemble la décision expresse de rejet du 15 juillet 2020 ;
2°) de condamner le ministre de l'action et des comptes publics à lui verser ladite somme, assortie des intérêts de retard à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 15 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son préjudice est réel, sérieux et direct ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée dans la réalisation de son préjudice, dès lors que l'agente publique auteure des détournements était un agent du trésor public.
Une mise en demeure a été adressée le 21 décembre 2023 au ministre de l'action et des comptes publics, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 15 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Sandjo, conseillère
- les conclusions de Mme Mourty, rapporteure publique,
- et les observations de Me Penaud, représentant l'Ehpad Victor Nicolaï.
Considérant ce qui suit :
1. L'EHPAD Victor Nicolaï est un établissement public accueillant des personnes âgées dépendantes. Jusqu'en 2011, son financement était assuré, dans le cadre d'un système dit de " désintéressement total ", par les prix de séjour versés par les contributions des résidents, que l'Ehpad avait la charge de collecter pour le compte du département. Entre 1992 et 2011, l'établissement a été victime de détournements de fonds, d'un montant estimé, selon l'Ehpad Victor Nicolaï, à la somme de 605 891 euros, commis par une agente des services du trésor mise à disposition de l'établissement. Les 29 juin 2018 et 19 juin 2019, le département des Alpes-Maritimes a émis à l'encontre de l'établissement plusieurs titres de créances, pour un montant total de 605 891 euros, au titre des sommes qu'il aurait dû percevoir au titre des frais de séjour des patients. A la suite de la condamnation de l'agente fautive par un arrêt de la Cour de cassation devenu définitif du 14 juin 2017, l'Etat a compensé le préjudice de l'Ehpad Victor Nicolaï à hauteur de 18 346,50 euros. Par lettre du 16 novembre 2019, réceptionnée le 21 novembre 2019, l'Ehpad Victor Nicolaï a saisi le ministre de l'action et des comptes publics d'un recours indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait des fautes commises par les services de l'Etat, et a demandé le versement par ce dernier, à titre d'indemnité, d'une somme totale, à parfaire, de 516 127,41 euros portant intérêts de retard à compter de la réception de la demande. Par lettre du 15 juillet 2020, le ministre de l'action et des comptes publics a rejeté la réclamation préalable dont il avait été saisi. Par sa requête, l'Ehpad Victor Nicolaï demande au tribunal de condamner le ministre de l'action et des comptes publics à lui verser la somme de 516 127,41 euros, assortie des intérêts de retard à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
3. A l'appui de sa requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nice, 19 février 2021, sur ordonnance de renvoi du tribunal administratif de Paris du 17 février 2021, l'Ehpad Victor Nicolaï soutient qu'il a été victime des détournements de fonds perpétués par un agent des services de l'Etat, pour un montant total de 605 891 euros, réduits des 18 346,05 euros versés par l'Etat au titre d'une indemnisation compensatrice, la responsabilité de l'Etat ayant été engagée notamment par les juridictions judiciaires ayant statué sur la responsabilité civile et pénale de l'agente auteure des détournement. Par lettre du 16 novembre 2019, réceptionnée le 21 novembre 2019, l'Ehpad Victor Nicolaï a saisi le ministre de l'action et des comptes publics d'une indemnisation de son préjudice, à hauteur de 516 127,41 euros, à parfaire. Sa demande ayant été rejetée par le ministre de l'action et des compte publics, pris en la personne du directeur général adjoint des finances publiques, par une lettre du 15 juillet 2021, l'Ehpad Victor Nicolaï a saisi le tribunal administratif d'une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nice le 19 février 2021, et tendant, d'une part, à annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'action et des comptes publics a rejeté sa demande tendant au versement d'une indemnité de 516 127,41 euros en réparation des préjudices résultant du détournement de fonds dont il a été victime, ensemble la décision expresse de rejet du 15 juillet 2020, et d'autre part, à condamner le ministre de l'action et des comptes publics à lui verser ladite somme, assortie des intérêts de retard à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable. Une copie de cette requête a été communiquée le 3 mars 2021 au ministre de l'Economie, des finances et de la relance, qui a été mis en demeure le 21 décembre 2023 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est demeurée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par l'Ehpad Victor Nicolaï ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, le ministre de doit être réputé avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'Ehpad Victor Nicolaï a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein-contentieux. La décision de rejet opposée le 15 juillet 2020 par le ministre de l'action et des comptes publics sur la demande indemnitaire préalable présentée par l'établissement le 16 novembre 2019, réceptionnée le 21 novembre suivant, a pour seul effet de lier le contentieux, sans que son annulation puisse être utilement demandée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de l'État du fait des agissements fautifs de l'agente placée auprès des services de l'Ehpad Victor Nicolaï et chargée de la collecte des fonds :
5. En l'espèce, l'Ehpad Victor Nicolaï soutient, que l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité au motif que l'agente reconnue coupable des détournements de fonds par les juridictions civiles et pénales était un agent du trésor.
6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, l'Ehpad avait la charge de collecter pour le compte du département les prix de séjour versés par les contributions des résidents. Si les sommes étaient recouvrées par la comptable de l'Ehpad, laquelle était une fonctionnaire de l'État, cette dernière a agi, dans l'exercice de cette mission de recouvrement de créances non fiscales, au nom et pour le compte de cet établissement public. En conséquence, les fautes commises par ce comptable à l'occasion du recouvrement de cette participation ne sauraient engager la responsabilité de l'Etat. En effet, en application du principe selon lequel une personne publique ne peut être condamnée à une somme qu'elle ne doit pas, l'Etat ne peut être condamné à verser une indemnité de réparation résultant des fautes commises par le comptable de l'Ehpad dans le recouvrement des frais de séjour versés par les contributions des résidents, que l'Ehpad avait la charge de collecter pour le compte du département. En tout état de cause, si l'établissement fait valoir qu'il a bénéficié du versement d'une indemnité par l'Etat d'un montant de 18 346,50 euros, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser une reconnaissance de responsabilité de l'État.
En ce qui concerne le moyen tiré de la faute dans l'organisation et le fonctionnement du service de collecte des ressources financières :
7. L'Ehpad Victor Nicolaï fait valoir des fautes dans l'organisation et le fonctionnement du service public de collecte des ressources financières sont à l'origine de ses préjudices.
8. Il résulte de l'instruction, que l'Ehpad Victor Nicolaï a été alerté, dès 2013, sur des discordances de certaines opérations de gestion de la trésorerie de l'établissement, lesquelles ont conduit à la mise en cause pénale de l'agente du trésor affectée à cette mission, puis à des condamnations pénales de l'intéressée, par un jugement du tribunal correctionnel de Nice en date du 18 septembre 2015, confirmé par la Cour d'appel d'Aix le 16 février 2016 et par la chambre criminelle de la cour de cassation du 14 juin 2017. Les différentes décisions pénales intervenues ont clairement mis en évidence la complexité des opérations frauduleuses commises par l'agente auteure des détournements. En particulier, l'arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 2017, mentionne la mise en place d'une " multitudes de comptes et d'opérations fictives " destinées à masquer les agissements de l'agente incriminée, cette dernière ayant au demeurant reconnu avoir utilisé des imprimés de paiement qui n'étaient pas soumis au contrôle du comptable de la trésorerie, en s'appuyant sur le système informatique qui permettait d'écraser chaque année des opérations sans conserver de traces. Dans ces conditions, et dès lors notamment qu'il ressort des pièces du dossier que les actes délictuels ont été révélés à la suite d'un audit, aucune faute dans l'organisation du service ne peut être relevée à l'encontre de l'Etat alors.
9. Par ailleurs, au vu de la complexité des opérations et de la dissimulation des détournements, les préjudices subis par l'Ehpad ne présentent pas de lien de causalité avec la faute éventuelle alléguée dans l'organisation et le fonctionnement du service. Ces préjudices découlent des agissements de la comptable incriminée qui n'ont pu être mis en évidence que par la réalisation d'un audit. Par suite, l'Ehpad Victor Nicolaï n'est pas fondé à soutenir que le préjudice qui est résulté pour lui des détournements de fonds serait imputable à une faute dans l'organisation du service public de collecte des ressources, de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son encontre.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'Ehpad Victor Nicolaï n'est pas fondé à demander la condamnation de l'État à lui verser une indemnité de 516 127,41 euros en réparation des préjudices résultant pour lui du détournement de fonds commis par une agente du trésor mise à sa disposition entre 1992 et 2011.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Ehpad Victor Nicolaï est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Victor Nicolaï et au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
G. SANDJO
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026