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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101037

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101037

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101037
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2101037 les 23 février 2021 et 14 mai 2024, la commune de Roquefort-les-Pins, représentée par Me Suares, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral n° 2020-939 du 22 décembre 2020 constatant sa carence pour le respect de son objectif de réalisation de logements sociaux sur la période triennale 2017-2019 et fixant un taux de majoration de 64,89 % ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 22 décembre 2020 est entaché d'un défaut de motivation ;

- le constat de carence a été prononcé à tort ;

- l'arrêté du 22 décembre 2020 méconnaît les dispositions du III de l'article L. 302-5 et du IV de l'article R. 302-14 du code de la construction et de l'habitation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la commune de Roquefort-les-Pins ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2024.

II) Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2102264 les 23 avril 2021 et 14 mai 2024, la commune de Roquefort-les-Pins, représentée par Me Suares, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral n° 2021-265 du 24 février 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a fixé à 149 133,45 euros le montant du prélèvement visé à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation au titre de l'année 2020 et a fixé le montant de la majoration prévue à l'article L. 302-9-1 du même code à la somme de 96 772,70 euros ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- l'arrêté du 24 février 2021 doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2020 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté du 22 décembre 2020 méconnaît les dispositions du III de l'article L. 302-5 et du IV de l'article R. 302-14 du code de la construction et de l'habitation ;

- le prélèvement et les sommes mises à sa charge ne sont pas justifiées dans leur fondement ;

- l'arrêté procède d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la commune de Roquefort-les-Pins ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sorin,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de Me Suares, représentant la commune de Roquefort-les-Pins et de Mme A, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°s 2101037 et 2102264, présentées par la commune de Roquefort-les-Pins, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par un arrêté n° 2020-939 du 22 décembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a constaté la carence de la commune de Roquefort-les-Pins dans le respect de son objectif de réalisation de logements sociaux sur la période triennale 2017-2019 et a fixé le taux de majoration à 64,89 %. Par un arrêté préfectoral n° 2021-265 du 24 février 2021, le préfet des Alpes-Maritimes a fixé à 149 133,45 euros le montant du prélèvement visé à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation au titre de l'année 2020 et a fixé le montant de la majoration prévue à l'article L. 302-9-1 du même code à la somme de 96 772,70 euros. La commune de Roquefort-les-Pins demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés des 22 décembre 2020 et 24 février 2021.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté n° 2020-939 du 22 décembre 2020 :

3. En premier lieu, l'arrêté de carence, qui vise les dispositions législatives et règlementaires sur lesquelles il est fondé et mentionne également les données chiffrées pour la période considérée en faisant état de ce que le bilan triennal assigné à la commune de Roquefort-les-Pins, pour la période 2017-2019, était de cent quatre-vingt-huit logements et fait apparaître la réalisation de soixante-six logements, ce qui porte le taux de réalisation de l'objectif triennal à 35,11 %, et précise que les éléments avancés par la commune ne sont pas de nature à justifier l'absence d'atteinte de son objectif pour la période 2017-2019, est suffisamment motivé. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation sera donc écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 302-5 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " () III un décret fixe, au moins au début de chacune des périodes triennales mentionnées au I de l'article L. 302-8, la liste des communes appartenant aux agglomérations ou aux établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre mentionnés au I du présent article, pour lesquelles la présente section n'est pas applicable. / La liste de ces communes est arrêtée sur proposition des établissements publics de coopération intercommunale auxquels elles appartiennent, après avis du représentant de l'Etat dans la région et de la commission nationale mentionnée aux II et III de l'article L. 302-9-1-1. Cette liste ne peut porter que sur des communes situées hors d'une agglomération de plus de 30 000 habitants et insuffisamment reliées aux bassins d'activités et d'emplois par le réseau de transports en commun, dans des conditions définies par le décret mentionné au premier alinéa du II du présent article, ou situées dans une agglomération de plus de 30 000 habitants dans laquelle le nombre de demandes de logements sociaux par rapport au nombre d'emménagements annuels, hors mutations internes dans le parc locatif social, se situe en-deçà d'un seuil fixé par ce même décret, ou sur des communes dont plus de la moitié du territoire urbanisé est soumis à une inconstructibilité résultant d'une zone A, B ou C d'un plan d'exposition au bruit approuvé en application de l'article L. 112-6 du code de l'urbanisme ou d'une servitude de protection instituée en application des articles L. 515-8 à L. 515-11 du code de l'environnement, ou à une inconstructibilité de bâtiment à usage d'habitation résultant de l'application du règlement d'un plan de prévention des risques technologiques ou d'un plan de prévention des risques naturels définis, respectivement, aux articles L. 515-15 et L. 562-1 du même code, ou d'un plan de prévention des risques miniers défini à l'article L. 174-5 du code minier.() ". Aux termes de l'article R. 302-14 du même code : " () Pour l'application du III de l'article L. 302-5, la liste des communes exemptées de l'application de la section II du chapitre II du titre préliminaire du livre III de la partie législative ne peut porter que sur : / 1° Les communes situées hors d'une agglomération de plus de 30 000 habitants qui ne sont pas suffisamment reliées aux bassins d'activité et d'emploi par les services de transport public urbain, au sens du II de l'article L. 1231-2 du code des transports, et par les services de transport public non urbain routier ou ferroviaire ; / 2° Les communes situées dans une agglomération de plus de 30 000 habitants dans laquelle le ratio correspondant à la moyenne arithmétique des trois rapports, respectivement établis au 1er janvier de chacune des trois années précédant l'année de publication du décret mentionné au deuxième alinéa du III de l'article L. 302-5, entre le nombre de demandes de logements locatifs sociaux et le nombre d'emménagements annuels, hors mutations internes dans le parc locatif social, établi par extraction des données provenant du système national d'enregistrement prévu par l'article L. 441-2-1, est inférieur à un seuil précisé par ce même décret ; / 3° Les communes dont plus de la moitié du territoire urbanisé est soumis à une inconstructibilité dans les conditions prévues par le deuxième alinéa du III de l'article L. 302-5. () ".

5. Si la commune se prévaut de la méconnaissance de ces articles, les dispositions précitées régissent l'établissement de la liste des communes exemptées de l'obligation de réalisation de logement sociaux prévus aux articles L. 302-5 et suivants du code de la construction et de l'habitation mais n'ont pas pour effet de justifier de la non-réalisation des objectifs par la commune. Par suite, ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque, dans les communes soumises aux obligations définies aux I et II de l'article L. 302-5, au terme de la période triennale échue, le nombre de logements locatifs sociaux à réaliser en application du I de l'article L. 302-8 n'a pas été atteint ou lorsque la typologie de financement définie au III du même article L. 302-8 n'a pas été respectée, le représentant de l'Etat dans le département informe le maire de la commune de son intention d'engager la procédure de constat de carence. Il lui précise les faits qui motivent l'engagement de la procédure et l'invite à présenter ses observations dans un délai au plus de deux mois. / En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé pris après avis du comité régional de l'habitat et de l'hébergement et, le cas échéant, après avis de la commission mentionnée aux II et III de l'article L. 302-9-1-1, prononcer la carence de la commune. [] Par le même arrêté et en fonction des mêmes critères, il fixe, pour une durée maximale de trois ans à compter du 1er janvier de l'année suivant sa signature, la majoration du prélèvement défini à l'article L. 302-7 () ".

7. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'une commune n'a pas respecté son objectif triennal de réalisation de logements sociaux, il appartient au préfet, après avoir recueilli ses observations et les avis prévus au I de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier si, compte tenu de l'écart existant entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, il y a lieu de prononcer la carence de la commune, et, dans l'affirmative, s'il y a lieu de lui infliger une majoration du prélèvement annuel prévu à l'article L. 302-7 du même code, en en fixant alors le montant dans la limite des plafonds fixés par l'article L. 302-9-1.

8. En outre, lorsqu'une commune demande l'annulation d'un arrêté préfectoral prononçant sa carence et lui infligeant un prélèvement majoré en application de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer si le prononcé de la carence procède d'une erreur d'appréciation des circonstances de l'espèce et, dans la négative, d'apprécier si, compte tenu des circonstances de l'espèce, la sanction retenue est proportionnée à la gravité de la carence et d'en réformer, le cas échéant, le montant.

9. En l'espèce, il n'est pas contesté que la commune de Roquefort-les-Pins n'a réalisé que soixante-six des cent quatre-vingt-huit logements sociaux qu'elle devait construire au titre de l'objectif fixé pour la période triennale 2017-2019, soit un taux de 35,11 %. La commune de Roquefort-les-Pins soutient que cet objectif est impossible à atteindre en raison des contraintes existantes et que le programme local de l'habitat (PLH) a fixé un objectif plus réaliste de soixante-six logements qu'elle respecte. Il résulte de l'instruction que toutes les communes du département des Alpes-Maritimes rencontrent des difficultés sur le plan du foncier dans la mesure où elles sont concernées par des contraintes fortes en matière de topographie, par des risques naturels prégnants (inondations, incendies, mouvements de terrains), et une forte densité du bâti. La commune de Roquefort-les-Pins ne démontre toutefois pas précisément l'impossibilité de construire des logements sociaux aux regard des contraintes particulières et spécifiques à la commune, notamment celles évoquées en matière d'urbanisme ou de qualité de vie. En outre, si la commune se prévaut de la légalité de son plan local d'urbanisme, elle n'explique pas en quoi les dispositions de ce plan constituent un moyen permettant de réaliser les objectifs fixés. Par suite, la commune de Roquefort-les-Pins qui n'apporte aucune explication de nature à justifier le non-respect des objectifs qui lui ont fixés, n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant sa carence, le préfet a commis une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 22 décembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté n° 2021-265 du 24 février 2021 :

11. En premier lieu, les conclusions dirigées contre l'arrêté n° 2020-939 du 22 décembre 2020 ayant été rejetées, la commune de Roquefort-les-Pins n'est pas fondée à demander l'annulation, par voie de conséquence, de l'arrêté n° 2021-265 du 24 février 2021.

12. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué qui vise, notamment, les textes applicables et l'arrêté du 22 décembre 2020 dont il est fait application comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant à la commune d'en contester utilement le bien-fondé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du III de l'article L. 302-5 et du IV de l'article R. 302-14 du code de la construction et de l'habitation doit être écarté.

14. En quatrième lieu, la commune de Roquefort-les-Pins soutient que les sommes mises à sa charge ne sont pas justifiées. A supposer que la commune ait entendu à ce titre contester le constat de carence réalisé par le préfet et le taux de majoration du prélèvement retenu par l'arrêté du 22 décembre 2020, ainsi qu'il a été indiqué aux points précédents, la commune n'est pas fondée à remettre en cause la légalité de cet arrêté. Dans ces conditions, la commune de Roquefort-les-Pins n'est pas fondée à soutenir que les sommes ne sont pas justifiées.

15. Si la commune requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait en ce que la réalité des faits n'est pas suffisamment établie, ce moyen tel que présenté n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 24 février 2021 doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Roquefort-les-Pins la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par la commune de Roquefort-les-Pins sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Roquefort-les-Pins et au ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Sorin, première conseillère,

M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

G. SORIN

Le président,

O. EMMANUELLILa greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

2101037, 2102264

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