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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101093

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101093

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101093
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2021, Mme D B, épouse A, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a confirmé l'indu de revenu de solidarité active " socle " d'un montant de 2 547,29 euros mis à sa charge au titre de la période comprise entre les mois de mai et d'août 2019 ;

2°) d'annuler la retenue intervenue avant la décision du 7 juillet 2020 portant notification de sa dette ;

3°) de la décharger des sommes dues au titre de l'indu en cause ;

4°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de procéder au remboursement de l'intégralité des sommes retenues au titre de l'indu en cause ;

5°) de mettre à la charge du département une somme de 1 000 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

- elle a été privée d'un recours effectif devant la commission de recours amiable ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine pour avis de la commission de recours amiable ; par conséquent, elle a été privée d'une garantie ;

- elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus par l'administration en vertu de son droit de communication ;

- la matérialité de l'indu en cause n'est pas établie par le département des Alpes-Maritimes, faute pour lui de produire les états comptables retraçant les versements de l'allocation en litige et les modalités selon lesquels l'indu en cause a été calculé ;

- la qualification de fraude est injustifiée dans la mesure où elle revendique de bonne foi être résidente fiscale française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme B, épouse A.

Il soutient que les moyens de la requête de Mme B, épouse A, ne sont pas fondés.

Mme B, épouse A, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de M. C, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, épouse A, a bénéficié de l'allocation de revenu de solidarité active à compter du 27 mai 2019. Suite à un contrôle de la situation de l'allocataire, diligenté le 4 mars 2020 par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, Mme B, épouse A, s'est vu notifier, le 7 juillet 2020, un indu de prestations sociales d'un montant total de 36 221,05 euros et, notamment, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 547,29 euros au titre de la période comprise entre les mois de mai et d'août 2019. Par un courrier du 10 août 2020, l'intéressée a sollicité auprès de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes la remise totale de sa dette. Par une décision du 18 novembre 2020, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande, confirmant ainsi l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Par la présente requête, Mme B, épouse A, demande au tribunal d'annuler la décision du 18 novembre 2020 et la retenue intervenue avant la date de la décision du 7 juillet 2020 portant notification de sa dette, de la décharger des sommes dues au titre de l'indu en cause et d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de procéder au remboursement de l'intégralité des sommes retenues au titre de l'indu en cause.

2. En premier lieu, Mme B, épouse A, soutient qu'elle a été privée d'un recours effectif devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes dès lors que la copie du rapport d'enquête la concernant ne lui a été communiquée qu'ultérieurement à la décision de ladite commission. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B, épouse A, a nécessairement eu connaissance des faits qui lui étaient reprochés au moment du contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes et, en tout état de cause, lorsqu'elle a complété et signé le document du 5 février 2020, dont l'objet est intitulé " procédure contradictoire " par lequel la caisse l'a informée de la teneur des constats réalisés par le contrôleur assermenté. Par courrier du 7 juillet 2020 faisant référence au rapport de contrôle effectué en mars 2020, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes l'a avisée du montant de l'indu et de la période de référence. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme B, épouse A, a effectué un recours à l'encontre de cette décision. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la procédure contradictoire n'a pas été respectée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. " Et aux termes de l'article R.262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L.262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R.142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévues dans la convention mentionnée à l'article L.262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".

4. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestation relative au revenu de solidarité active formée auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L.262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R.262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 30 juin 2017 entre le département des Alpes-Maritimes et la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, les recours administratifs en matière de contestation relative au bien-fondé de l'indu ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

6. Ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui en ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de revenu de solidarité active, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation.

7. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

8. Mme B, épouse A, soutient qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues par l'administration auprès des tiers. Toutefois, il résulte du rapport de contrôle, établi le 4 mars 2020 et signé par l'intéressée qui a notamment indiqué ne pas avoir de désaccord avec le contrôleur, que Mme B, épouse A, a été informée que ses relevés bancaires ont été recueillis dans le cadre d'un droit de communication et que leur examen ont permis au contrôleur de constater la présence de dépenses effectuées depuis l'étranger. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme ayant eu connaissance de l'exercice du droit de communication par le contrôleur auprès de son établissement bancaire. Par ailleurs et s'agissant des relevés bancaires, ceux-ci étaient nécessairement connus de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au point 6 doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1302 du code civil : " Tout paiement suppose une dette ; ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution () ".

10. Il résulte de l'instruction que l'indu en cause a pour origine l'absence de déclaration par Mme B, épouse A, de ses voyages à l'étranger de plus de quatre-vingt-dix jours. En se bornant à soutenir qu'il appartient à l'administration d'apporter la preuve du versement effectif de l'indu dont elle se prétend créancière ou encore que celle-ci n'établit aucunement les modalités de calcul de cet indu, la requérante, qui ne conteste pas avoir été perçu l'allocation de revenu de solidarité active durant la période en cause, n'apporte aucun commencement de justification au soutien du moyen qu'elle invoque tiré de la méconnaissance de l'article 1302 du code civil.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Et aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

12. Mme B, épouse A, soutient que l'indu qui lui est réclamé et la qualification de fraude retenue contre elle sont injustifiés dans la mesure où elle réside en France au sens des dispositions de l'article L. 262-5 du code de l'action sociale et des familles. Toutefois, il résulte de l'instruction que le passeport de la requérante, lequel a fait l'objet d'un contrôle par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, fait état de plusieurs absences du territoire français, à savoir entre le 1er janvier au 3 juillet 2017, du 27 juillet au 29 octobre 2017, du 3 novembre 2017 au 30 juin 2018, du 4 septembre 2018 au 29 juin 2019 et du 30 août 2019 au 25 janvier 2020. Par ailleurs, Mme B, épouse A, a indiqué, dans le cadre de la procédure contradictoire du 5 février 2020, ne pas savoir " qu'il fallait déclarer les séjours à l'étranger " et que " les séjours sont dus à une instabilité maritale et familiale ". Dès lors, il est constant que Mme B, épouse A, en multipliant les voyages de plus de trois mois entre les années 2017 et 2020 sans les déclarer aux services de l'administration dans les conditions prévues au point 11, a manqué aux obligations auxquelles elle était tenue en tant qu'allocataire du revenu de solidarité active. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a, le 18 novembre 2020, confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme B, épouse A.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B, épouse A, n'est pas fondée à contester la régularité et le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu en litige. La requête doit dès lors être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B, épouse A, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, épouse A, et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à dispositions au greffe le 9 mai 2023.

La présidente,La greffière,

signé signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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