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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101120

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101120

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101120
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMSELLATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er mars 2021 et le 23 mai 2023, la SCI ESA, représentée par Me Msellati, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n° 200 BJ 36 émis le 17 février 2021 par la commune de Vallauris d'une somme de 29 832 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vallauris la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire attaqué porte atteinte à l'autorité de la chose jugée ;

- il porte atteinte au principe de non bis in idem garanti par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il ne mentionne pas les bases de la liquidation ;

- le calcul de la créance est erroné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, la commune de Vallauris conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SCI ESA la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dolciani, représentant la SCI ESA.

Considérant ce qui suit :

1. Par un titre exécutoire n° 1524 émis le 5 juillet 2017, la commune de Vallauris a réclamé à la SCI ESA le paiement de la somme de 59 953,40 euros concernant l'occupation du domaine public, rues Hoche et Traverse des Champs, au titre de la période du 1er avril 2015 au 30 avril 2017. Un second titre de recettes n° 3146 a été émis le 17 novembre 2017 pour un montant de 18 928 euros au titre de la période du 1er mai au 31 décembre 2017. Par un jugement du 31 décembre 2017, le tribunal administratif de Nice a annulé ces deux titres exécutoires au motif qu'ils n'indiquaient pas suffisamment les bases de la liquidation. Par un nouveau titre exécutoire n° 200 BJ 36 émis le 17 février 2021, la commune de Vallauris a mis à la charge de la SCI ESA la somme de 29 832 euros correspondant à l'occupation du domaine public pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017. Par la présente requête, la SCI ESA demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire du 17 février 2021.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Si la commune de Vallauris fait valoir que la requête est irrecevable, ces conclusions ne sont toutefois assorties d'aucun moyen. En conséquence, elles ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 1355 du code civil : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même, que la demande soit fondée sur la même cause, que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité. ".

4. La SCI ESA soutient que le titre exécutoire du 17 février 2021 attaqué méconnaît l'autorité de chose jugée dont est revêtu le jugement du tribunal administratif de Nice du 31 décembre 2017 devenu définitif qui l'a déchargée de l'obligation de payer la redevance résultant de deux titres exécutoires émis le 5 juillet 2017 et le 17 novembre 2017. Toutefois, il ressort de ce jugement du 31 décembre 2017 que l'annulation de ces deux titres exécutoires était motivée par une irrégularité formelle tirée de ce que les bases de la liquidation étaient insuffisamment indiquées. Ainsi, cette annulation, motivée par une irrégularité formelle, ne faisait pas obstacle à ce que la commune de Vallauris prenne un nouveau titre exécutoire. Par suite, la SCI ESA n'est pas fondée à soutenir que l'autorité de la chose jugée a été méconnue. Le moyen sera donc écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du protocole additionnel n° 7 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement par les juridictions du même Etat en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la procédure pénale de cet Etat. / () ".

6. Si la requérante soutient que le titre exécutoire attaqué méconnait le principe " non bis in idem ", il résulte de l'instruction que ce principe n'est pas applicable en l'espèce, dès lors que le titre exécutoire attaqué n'est pas constitutif d'une sanction. Par suite, le moyen sera écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. Pour les créances faisant l'objet d'une déclaration, une déclaration rectificative, indiquant les bases de la nouvelle liquidation, est souscrite. / L'ordre de recouvrer peut être établi périodiquement pour régulariser les recettes encaissées sur versement spontané des redevables. ".

8. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire litigieux indique la nature de la créance, à savoir l'occupation du domaine public pour l'année 2017 pour deux places de stationnement et vise les arrêtés n° 17/22 et n° 17/33 joints au courrier du 13 janvier 2021 auquel le titre exécutoire renvoie. Il résulte également de l'instruction ce courrier du 13 janvier 2021 est accompagné des arrêtés municipaux n° 17/22 du 12 mai 2017 et n° 17/33 du 29 septembre 2017 d'occupation du domaine public palissade et stationnement, sur la base desquels a été calculée la somme réclamée et dont les modalités de calculs sont détaillées dans le courrier du 13 janvier 2021. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'indication des bases de la liquidation doit être écarté comme manquant en fait.

9. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que le total des sommes au titre de l'occupation de voirie du 1er janvier au 30 avril 2017 d'un montant de 10 200 euros, puis du 1er mai au 31 décembre 2017 d'un montant de 16 000 euros, ainsi que des droits fixes à hauteur de 20 euros et enfin de l'occupation d'emplacements de stationnement du 1er janvier au 31 décembre 2017 d'un montant de 3 612 euros, correspondent bien, contrairement à ce que soutient la SCI ESA, à un montant total de 29 832 euros. Dès lors, le moyen tiré de l'existence d'une erreur dans le calcul de la créance sera écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Vallauris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce la somme demandée par la commune de Vallauris soit mise à la charge de la SCI ESA dès lors qu'elle ne justifie pas avoir exposés des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI ESA est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vallauris formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI ESA et à la commune de Vallauris.

Copie en sera adressée à la trésorerie municipale d'Antibes.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chaumont, conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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