jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101350 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS PELLOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 mars et 29 avril 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Floralex, représentée par Me Pelloux, demande au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal, la décharge totale, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que des amendes pour distributions occultes auxquels elle a été assujettie au titre des années 2011 et 2012 ;
2°) de prononcer, à titre subsidiaire, la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2011 et 2012 et la décharge totale des pénalités ainsi que des amendes pour distributions occultes mises à sa charge au titre de ces mêmes années ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 22 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la méthodologie retenue par l'administration fiscale de reconstitution des recettes est excessivement sommaire et radicalement viciée dans son principe dès lors qu'elle ne tient pas compte de ses conditions réelles d'exploitation ;
- à titre subsidiaire, la reconstitution de recettes proposées par l'administration fiscale aboutit à une exagération des bases d'imposition et doit être remplacée par sa méthode d'évaluation qui conduit à un redressement en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée assorti d'intérêts de retard d'un montant total de 7 652 euros ;
- la majoration pour manquement délibéré au titre des années 2011 et 2012 n'est pas fondée ;
- l'application de l'amende prévue par les dispositions combinées des articles 117 et 1759 du code général des impôts au titre des années 2011 et 2012 n'est pas fondée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril 2021 et 9 février 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chevalier, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pelloux, représentant l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Floralex.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité (EURL) Floralex, exerçant une activité de restauration, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012. A l'issue de ce contrôle, elle a été assujettie, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2011 et 2012, assortis de pénalités ainsi qu'à des amendes pour distributions occultes au titre de ces années, d'un montant total de 184 996 euros. La société demande la décharge de ces impositions.
Sur le bien-fondé des impositions supplémentaires :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".
3. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a été saisie du désaccord entre l'administration et la société. Les bases d'imposition retenues étant conformes à l'avis qu'elle a émis, il appartient à la société requérante d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'impositions retenues par l'administration.
En ce qui concerne la reconstitution de recettes de la société Floralex :
4. Pour reconstituer les recettes de la société requérante, le service vérificateur a utilisé la méthode des achats revendus fondée, d'une part, sur les recettes quotidiennes enregistrées par le gérant sur la période allant du 27 janvier au 26 février 2014 à défaut de tout justificatif de recettes présenté et en l'absence d'informations suffisantes communiquées par la société au titre de la période vérifiée et, d'autre part, les factures d'achats fournisseurs des années 2011 et 2012. Se fondant sur la ventilation des recettes constatées ressortant de l'échantillon de la période du 27 janvier au 26 février 2014, à savoir la vente de crêpes et de boissons, le service vérificateur a ensuite appliqué, pour déterminer les recettes de la société au titre de ces années, les prix de vente pratiqués par la société aux marchandises achetées. Il a tenu notamment tenu compte dans le cadre de cette reconstitution des offerts et de la consommation du personnel.
5. En premier lieu, si la société soutient que l'échantillon des ventes de la période du 27 janvier au 26 février 2014 n'est pas représentatif de l'activité de la société dès lors que cette période est marquée par une grande consommation de crêpes et qu'au cours de la période estivale, la vente de glaces et de sorbets est plus importante, elle ne produit aucun élément justifiant ses allégations.
6. En deuxième lieu, la société n'est pas plus fondée à soutenir, que la reconstitution de son chiffre d'affaires global serait faussée par l'exclusion de l'alimentation hors crêperie, dès lors que la reconstitution de ses recettes repose sur l'extrapolation à l'ensemble des produits vendus du chiffre d'affaires reconstitué par les ventes de crêpes et de boissons lesquelles représentent 70,22% de son chiffre global.
7. En troisième lieu, si la société soutient que le service aurait dû procéder à une reconstitution distincte des chiffres d'affaires " solides " et " liquides " afin de refléter plus précisément les conditions d'exploitation de l'établissement, elle ne justifie pas ni même ne précise en quoi cette reconstitution distincte aurait été plus fiable que la méthode retenue.
8. En quatrième lieu, la société requérante soutient que la vente de crêpes a diminué en 2012 et que cette absence de prise en considération de ce fait par le service conduit à fausser la reconstitution des recettes au titre de cette année. Toutefois, la circonstance que les achats de farine étaient moins importants au cours de cette année n'est pas de nature, à elle seule, à établir la réalité de cette diminution.
9. En cinquième lieu, la seule production, d'une part, de recettes de crêpes et, d'autre part, d'un constat d'huissier portant uniquement sur le nombre de crêpes fabriqué par une seule pâte à crêpes, ne saurait remettre en cause la quantité unitaire de farine retenue par le service alors qu'il est en outre constant que la société n'a produit aucun document au stade des opérations de vérifications et devant la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires pour permettre au service d'affiner son analyse.
10. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que les prix retenus par le service correspondent, au prix moyen de chaque catégorie de produits proposés à la vente par la société requérante (crêpes sucrées, crêpes salés, cidre). La société n'établissant pas que la vente des produits à un prix inférieur serait plus importante ne démontre pas que les prix retenus seraient excessifs.
11. Il résulte de ce qui précède, que le service vérificateur, même s'il n'a pas retenu de taux de perte, a utilisé une méthode de reconstitution de recettes, basée sur les conditions réelles d'exploitation de la société Floralex, qui n'est ni radicalement viciée ni excessivement sommaire. Dans ces conditions, et alors qu'elle ne justifie pas, par ailleurs, de la plus grande pertinence de la méthode de reconstitution de recettes qu'elle propose, la société n'apporte pas la preuve de l'exagération des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui en résultent.
Sur les pénalités :
En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :
12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
13. Le service fait valoir que la société Floralex a omis de déclarer des recettes d'un montant important correspondant à un pourcentage de 77% du chiffre d'affaires en 2011 et 17% en 2012. Eu égard à l'importance de ces sommes, aux irrégularités entachant la comptabilité de la société qui ne conteste pas son rejet par le service ainsi qu'au caractère répété des manquements en cause au cours de la période vérifiée, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du bien-fondé de la pénalité de 40 % prévue par les dispositions précitées.
En ce qui concerne l'amende de l'article 1759 du code général des impôts :
14. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ". Il résulte de ces dispositions qu'une société qui, bien que dûment informée de la sanction encourue, oppose un refus à la demande de l'administration tendant à ce que lui soit révélée l'identité des personnes bénéficiaires de sommes versées ou distribuées, est redevable d'une amende égale au montant de ces mêmes sommes. Le montant de cette amende est ramené aux trois quarts de ces sommes lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat leur montant.
15. Il résulte de l'instruction et en particulier de la proposition de rectification en date du 18 avril 2014 que l'administration a demandé à la société qu'elle désigne les bénéficiaires des revenus distribués correspondant aux rectifications proposées au titre des exercices clos en 2011 et 2012. La société requérante, dans les observations qu'elle a formulées le 29 juin 2014 a désigné son gérant, M. A, comme " pouvant être le seul bénéficiaire des rehaussements de bénéfices donnant lieu à un rappel d'impôt sur les sociétés, tels que calculés par nos soins "
16. Pour considérer une telle réponse comme étant imprécise et dépourvue de toute valeur et l'assimiler à un refus de réponse entrainant l'application de la pénalité prévue par les dispositions précitées, le service s'est fondé sur la circonstance que la société a limité la désignation du bénéficiaire au montant qu'elle a reconstitué et rejeté la méthode de reconstitution qu'il a proposé. Toutefois, et alors que sa réponse comportait l'identité du bénéficiaire ainsi que le quantum des revenus reconnu par la société comme ayant été distribué, la société doit être regardée comme ayant ainsi apporté, dans cette proportion, une réponse présentant un degré suffisant de précision et de vraisemblance, répondant ainsi aux exigences fixées par les dispositions précitées. Par suite, la société Floralex est fondée à demander la décharge de l'amende égale à 100% infligée par l'administration fiscale qu'elle a reconnu comme ayant été distribués à son gérant.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante au principal dans la présente instance, la somme que la société Floralex demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Floralex est déchargée de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts mise à sa charge au titre des années 2011 et 2012 à hauteur des sommes qu'elle a reconnu avoir distribuées à son gérant.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Floralex et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Chevalier, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. Chevalier
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026