mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101447 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Magistrat M. BONHOMME |
| Avocat requérant | JOGUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, Mme A B forme opposition à la contrainte émise le 23 février 2021 par Pôle emploi pour le recouvrement d'une somme totale de 10 282,71 euros au titre d'un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er avril 2018 au 29 février 2020, doit être regardée comme demandant subsidiairement la remise gracieuse de sa dette, et demande en outre au tribunal de condamner Pôle emploi à lui verser une indemnité de 100 euros par jour à compter du 1er mars 2020 jusqu'au versement d'une allocation, et de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas été informée des griefs formulés à son encontre en méconnaissance de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n'a aucun revenu et peut ainsi continuer à percevoir l'allocation ;
- elle n'a pas été informée de l'impossibilité de cumuler l'allocation de solidarité spécifique avec une activité professionnelle ;
- elle est de bonne foi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2021, Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur, représenté par Me Joguet, conclut au rejet de la requête et à ce que Mme B lui verse la somme due, soit 10 282,71 euros, augmentée des frais de mise en demeure de 9,61 euros, avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la mise en demeure, ainsi que la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'elle soit condamnée aux dépens de l'instance et de son exécution.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur tendant à la condamnation de la requérante à lui payer les sommes qui lui sont dues, avec frais de mise en demeure et intérêts, dès lors que l'établissement bénéficie du pouvoir d'émettre une contrainte.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Mme B.
L'instruction a été close après les observations orales des parties.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a bénéficié, à compter du 30 mars 2017, de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) après avoir épuisé ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Le 20 avril 2017, l'intéressée a repris une activité professionnelle sans l'avoir déclaré à Pôle emploi. Elle a ainsi perçu à tort l'ASS du 1er avril 2018 au 29 mars 2020. Un trop-perçu a été constaté et une contrainte a été émise le 23 février 2021 pour le recouvrement d'une somme totale de 10 282,71 euros au titre d'un indu d'ASS pour la période du 1er avril 2018 au 29 février 2020. Par sa requête, Mme B doit être regardée comme formant opposition à la contrainte émise le 23 février 2021 par Pôle emploi pour le recouvrement d'une somme totale de 10 282,71 euros au titre d'un indu d'ASS pour la période du 1er avril 2018 au 29 février 2020, et comme demandant subsidiairement la remise gracieuse de sa dette.
Sur l'opposition à contrainte :
2. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'ASS, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité de l'indu :
3. Il résulte de l'instruction que dès l'ouverture de ses droits, Mme B a été informée, par courrier du 12 avril 2017, qu'il lui appartenait d'actualiser tous les mois sa situation sur le site dédié et qu'elle devait signaler tout changement de situation, notamment en cas de reprise d'un travail. Lorsque Pôle emploi a eu connaissance d'une activité professionnelle non salariée, une décision de sanction pour fausses déclarations non contestée a été prise le 4 août 2020 et l'intéressée a été radiée de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois. Par un courrier du 29 juillet 2020, Pôle emploi lui a notifié un trop-perçu d'ASS sur la période du 1er avril 2018 au 29 février 2020 pour un montant de 10 273,10 euros. Une relance lui a été adressée par courrier du 31 août 2020. Une mise en demeure lui a été adressée le 30 décembre 2020. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été informée des griefs reprochés ni de l'impossibilité de cumuler l'ASS avec une activité professionnelle préalablement à l'établissement de la contrainte litigieuse.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
4. Les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance ont droit, sur le fondement de l'article L. 5423-1 du code du travail, s'ils remplissent des conditions d'activité antérieure et de ressources, au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique. Celle-ci peut, en vertu de l'article L. 5425-1 du même code, se cumuler avec les revenus tirés d'une activité occasionnelle ou réduite dans des conditions et limites fixées par décret en Conseil d'Etat. Aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail, dont se prévaut la requérante : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. / Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période ". Dans leur rédaction applicable au litige, aux termes de l'article R. 5425-4 de ce code : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend () une activité professionnelle non salariée, le nombre des allocations journalières n'est pas réduit pendant les trois premiers mois d'activité professionnelle. / Du quatrième au douzième mois d'activité professionnelle, le montant de l'allocation est diminué des revenus d'activité perçus par le bénéficiaire () ".
5. Il résulte de l'instruction que Mme B est bénéficiaire de l'ASS depuis le 30 mars 2017. Elle a repris une activité professionnelle non salariée à compter du 20 avril 2017 en tant que présidente de la SAS LMV qu'elle n'a pas déclarée à Pôle emploi malgré ses obligations, même si elle ne percevait aucune rémunération. Cette situation a été connue de Pôle emploi seulement lors d'un contrôle effectué en mars 2020. Pôle emploi a alors considéré que l'intéressée avait encore droit à l'ASS un an après le début de son activité professionnelle. C'est à bon droit, en application des dispositions citées au point précédent, qu'il lui a réclamé l'allocation indument perçue pour la période du 1er avril 2018 au 29 février 2020. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à former opposition à la contrainte émise le 23 février 2021.
Sur la demande de remise gracieuse :
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
7. Sur le fondement de l'article L. 5426-8-3 du code du travail, Pôle emploi est autorisé " à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées () pour le compte de l'Etat () ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.
8. Mme B ne conteste pas sérieusement que, ainsi que le fait valoir Pôle emploi, elle n'a pas déclaré, lors de ses actualisations mensuelles entre 2017 et 2020, les périodes au cours desquelles elle a exercé une activité professionnelle non salariée, en méconnaissance des articles L. 5411-2, R. 5411-6 et R. 5411-7 du code du travail. Même si, suite à la mesure d'instruction diligentée par le greffe du tribunal, elle fournit de pièces de nature à justifier d'une actuelle situation de précarité, elle ne peut être regardée comme de bonne foi pour bénéficier d'une remise gracieuse totale ou partielle de l'indu qui lui est réclamé. Dans ces conditions, les conclusions présentées sur ce point doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Ainsi qu'il a été dit au point 5, c'est à bon droit que Pôle emploi a réclamé à la requérante l'allocation indument perçue pour la période du 1er avril 2018 au 29 février 2020. En l'absence d'illégalité fautive de la contrainte émise à son encontre, Mme B n'est, en tout état de cause, pas fondée à demander la condamnation de Pôle emploi à lui verser une indemnité de 100 euros par jour à compter du 1er mars 2020 jusqu'au versement d'une allocation.
Sur les conclusions reconventionnelles de Pôle emploi :
10. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".
11. En application des dispositions citées au point précédent, Pôle emploi peut émettre une contrainte qui bénéficie des mêmes effets qu'un jugement. Il s'ensuit que ses conclusions tendant à la condamnation de la requérante à lui payer les sommes qui lui sont dues, avec frais de mise en demeure et intérêts, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Pôle emploi sur ce même fondement.
13. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par Pôle emploi Provence-Alpes Côte d'Azur ne peuvent donc qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
T. CLa greffière,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Signé
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026