jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101539 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL HOURCABIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mars 2021 et 21 février 2022, la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins représentée par Me Hourcabie demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins, une somme de 330 120 euros en réparation du préjudice subi augmentée des intérêts moratoires à compter de la date de réception de la réclamation préalable le 31 décembre 2020 et de leur capitalisation du fait de l'illégalité des décisions du 29 avril 2020 par lesquelles la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a retiré l'autorisation qui lui avait été délivrée de recourir à l'activité partielle pour 306 salariés et a rejeté sa demande de recours à ce dispositif;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions du 29 avril 2020 par lesquelles la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a retiré l'autorisation qui lui avait été délivrée de recourir à l'activité partielle pour 306 salariés ensemble la décision implicite par laquelle le ministre du travail a rejeté son recours sont illégales et de nature, par suite, à engager la responsabilité de la commune car :
. à titre principal, elles méconnaissent le champ d'application de l'article L. 5122-1 du code du travail ;
. à titre subsidiaire, elles méconnaissent les dispositions des ordonnances n°2020-346 du 17 mars 2020 et n°2020-460 du 22 avril 2020 prises dans le cadre de l'épidémie de coronavirus ;
. elles méconnaissent le principe d'égalité ainsi que le principe de libre administration des collectivités territoriales ;
- elle a subi un préjudice d'un montant de 330 120 euros qui correspond aux 26 052 heures d'activité partielle dont elle aurait dû bénéficier sur la période du 16 mars 2020 au 30 juin 2020.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code du transport ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Hourcabie, représentant la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins, qui gère en régie les transports urbains et suburbains de voyageurs a sollicité, le 1er avril 2020, le bénéfice de l'activité partielle du 16 mars au 30 juin 2020 pour les 306 salariés de la structure Palm Bus. Par une décision du 3 avril 2020, l'unité départementale de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a autorisé la communauté d'agglomération à recourir à ce dispositif pour 306 salariés. Par deux décisions du 29 avril 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a retiré cette décision et a rejeté sa demande. La société a introduit, le 25 juin 2020, un recours hiérarchique contre cette décision auprès de la ministre du travail qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Elle a ensuite formé une réclamation indemnitaire préalable le 28 décembre 2020 qui a également été implicitement rejetée. La communauté d'agglomération estimant que ces décisions sont illégales, demande la condamnation de l'Etat à la réparation du préjudice qu'elle a subi correspondant à l'absence de versement de l'allocation à laquelle elle était en droit de prétendre.
Sur la faute :
2. Aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail, dans sa rédaction alors applicable, prévoit que : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable () à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement () / II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage () ". L'article R. 5122-1 du même code précise que : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : () / 3° Un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel () / 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel " et le premier alinéa de l'article R. 5122-2 de ce code prévoit que : " L'employeur adresse au préfet du département où est implanté l'établissement concerné une demande préalable d'autorisation d'activité partielle ". Enfin, aux termes de l'article L. 5424-1 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Ont droit à une allocation d'assurance () : / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat () " et aux termes de l'article L. 5424-2 : " () peuvent adhérer au régime d'assurance : / 1° Les employeurs mentionnés au 2° de l'article L. 5424-1 () ".
3. Il ressort des dispositions précitées que les salariés de droit privé, à savoir les agents contractuels des collectivités territoriales travaillant dans un service public industriel et commercial, à l'exception du directeur et du comptable public, qui eux, sont des agents de droit public, peuvent être placés en position d'activité partielle dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre Ier de la cinquième partie du code du travail par leur employeur, sous réserve de l'adhésion de ce dernier au régime d'assurance chômage.
4. Par suite, en refusant dans sa décision du 29 avril 2020 le bénéfice de l'activité partielle au motif qu'il est limité aux seules régies dotées des Alpes-Maritimes, le préfet des Alpes-Maritimes, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, a commis une erreur de droit.
5. Il est soutenu en défense qu'il ne serait pas établi que la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins, à la date des décisions litigieuses, serait liée aux agents de la régie des transports urbains et suburbains de voyageurs par un contrat de droit privé et aurait adhéré à une convention d'assurance chômage conformément aux dispositions précitées du code du travail. L'administration doit être regardée comme sollicitant implicitement une substitution de motifs.
6. La nature privée des relations contractuelles entre l'employeur public et les agents en charge d'exécuter les missions de service public ainsi que son adhésion à une convention d'assurance chômage sont des conditions d'éligibilité au dispositif d'indemnisation d'activité partielle. La méconnaissance de ces conditions serait donc au nombre des motifs de nature à fonder légalement la décision de refus d'octroi du bénéfice de l'activité partielle. Toutefois, l'article R. 5122-2 du code du travail attribue aux services déconcentrés de l'administration du travail, et à eux seuls, la charge de vérifier que l'employeur qui a présenté la demande répond aux conditions d'éligibilité. A ce titre, il leur appartient de provoquer les explications de l'intéressé, s'ils s'estiment insuffisamment éclairés par les documents normalisés que celui-ci a communiqués. Or, les demandes de la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins n'ayant pas été instruites en raison du motif, opposé à tort, tiré de son régime juridique, cette collectivité ne saurait être privée de la garantie que constitue l'instruction utile de ses demandes en sollicitant, le cas échéant, les renseignements sur son adhésion à un régime d'assurance chômage et la nature des contrats la liant à ses agents chargés de l'exploitation de cette régie. En outre et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que la communauté d'agglomération était bien adhérente, pour la période en litige, à un régime d'assurance chômage.
7. Il résulte de ce qui précède que la demande de substitution de motif ne peut être accueillie et que la requérante est fondée à exciper de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'activité partielle.
8. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération requérante est fondée à soutenir qu'en prenant une telle décision, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur le préjudice :
9. La communauté d'agglomération soutient que cette faute lui a causé un préjudice d'un montant de 330 120 euros qui correspond au nombre de 306 salariés mis en activité partielle et aux 26 052 heures non travaillées du 16 mars au 30 juin 2020.
10. Il est constant que l'illégalité affectant la décision refusant le bénéfice de l'activité partielle a causé à la communauté d'agglomération requérante un préjudice correspondant à l'absence de versement de l'allocation qu'elle était en droit de percevoir. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des pièces produites par la société requérante que le nombre d'heures en activité partielle est de 25 896,68, ce qui correspond à une somme de 329 924,53 euros.
11. Dans ces conditions, le montant du préjudice subi par la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins doit être évalué à hauteur de 329 924,53 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
12. La somme que doit verser l'Etat à la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins, sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la réclamation indemnitaire préalable, soit le 31 décembre 2020.
13. La capitalisation des intérêts ayant été demandée par la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins dans la réclamation préalable et dans sa requête introductive d'instance, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 31 décembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins la somme de 329 924,53 euros.
Article 2 : La somme de 329 924,53 euros que l'Etat est condamné à payer portera intérêts au taux légal à compter du 31 décembre 2020. Les intérêts échus au 31 janvier 2021 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle.
Article 3 : L'Etat versera à la communauté d'agglomération Cannes pays de Lérins une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération Cannes pays de Lerins et à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
- Copie en sera adressée au et au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités et au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Chevalier, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. Chevalier
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026