mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101548 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VERGELONI CÉLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars 2021 et le 5 avril 2022, M. B A, représenté par Me Fouques, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la société Eurovia a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) à titre principal, de condamner la société Eurovia à lui verser la somme de 61 861,68 euros en réparation des préjudices subis à la suite de son accident à vélo le 3 mars 2016 à Mandelieu La Napoule ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise ;
4°) de mettre à la charge de la société Eurovia une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité sans faute de la société Eurovia est engagée ; la balise K16 à l'origine de sa chute était sous la garde de la société Eurovia ; il est tiers à l'opération de travaux publics ;
- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et qui se décomposent comme suit :
* déficit fonctionnel temporaire : 6 471,60 euros ;
* déficit fonctionnel permanent : 18 850 euros ;
* souffrances endurées : 18 000 euros ;
* préjudice esthétique temporaire : 2 000 euros ;
* préjudice esthétique définitif : 4 000 euros ;
* préjudice d'agrément : 6 000 euros ;
* aide à tierce personne : 2 844 euros ;
* dépenses de santé actuelles : 2 296,68 euros ;
* frais divers : 1 400 euros ;
- il est fondé à demander la désignation d'un expert à titre subsidiaire afin de déterminer l'étendue des préjudices qu'il a subi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2021, la société Eurovia, représentée par Me Bousquet, conclut :
1°) à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
3°) à titre subsidiaire, à ce que les sommes réclamées soient réduites à de plus justes proportions ;
4°) à ce que les dépens soient mis à la charge définitive de M. A.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été saisie d'une demande indemnitaire préalable ;
- les circonstances de l'accident ne sont pas clairement établies ; le requérant ne précise pas si la balise litigieuse s'est envolée avant son passage ou s'est envolée au moment de son passage ;
- sa responsabilité ne peut pas être engagée sur le fondement de l'article 1242 du code civil ; le requérant ne rapporte pas la preuve que la balise K16 litigieuse était sous sa garde ; l'accident est dû à un cas de force majeure ;
- sa responsabilité ne peut pas être engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ; les travaux ont été réceptionnés par le maitre d'ouvrage ; le requérant ne rapporte pas la preuve qu'elle était en charge de l'entretien de l'ouvrage public ;
- le requérant ne rapporte pas la preuve d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et sa chute ;
- si sa responsabilité devait être engagée, les sommes demandées devraient être réduites à de plus justes proportions.
Par des mémoires enregistrés le 7 juin 2021 et le 10 janvier 2024, non communiqué, la caisse primaire d'assurance maladie du Var, représentée par Me Vergeloni, conclut :
1°) à la condamnation de la société Eurovia à lui verser la somme de 46 599,70 euros correspondant au montant de sa créance définitive au titre des prestations servies à son assuré, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;
2°) à la condamnation de la société Eurovia à lui verser la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle est fondée à demander le remboursement de ses débours qui s'élèvent à la somme de 46 599,70 euros ;
- elle est fondée à demander le versement de l'indemnité prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Par ordonnance du 21 décembre 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 11 janvier 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :
- le rapport de Mme Chaumont, première conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mascaro substituant Me Bousquet, représentant la société Eurovia.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 mars 2016, à la suite d'une rafale de vent, une balise de chantier K16, stockée dans la zone vie du chantier installé à proximité du cimetière de La Napoule, se serait envolée et serait venue percuter M. A, qui circulait en vélo. M. A demande au tribunal de condamner la société Eurovia à lui verser la somme de 61 861,68 euros en réparation de préjudices subis.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. Le délai prévu au premier alinéa n'est pas applicable à la contestation des mesures prises pour l'exécution d'un contrat ".
3. Il résulte de la modification apportée à l'article R. 421-1 du code de justice administrative par le décret du 2 novembre 2016 que, depuis l'entrée en vigueur de ce décret le 1er janvier 2017, l'exigence résultant de cet article, tenant à la nécessité, pour saisir le juge administratif, de former recours dans les deux mois contre une décision préalable, est en principe applicable aux recours relatifs à une créance en matière de travaux publics. Toutefois, si les dispositions de l'article R. 421-1 n'excluent pas qu'elles s'appliquent à des décisions prises par des personnes privées, dès lors que ces décisions revêtent un caractère administratif, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucune règle générale de procédure ne détermine les effets du silence gardé sur une demande par une personne morale de droit privé qui n'est pas chargée d'une mission de service public administratif. Dans ces conditions, en l'absence de disposition déterminant les effets du silence gardé par une telle personne privée sur une demande qui lui a été adressée, les conclusions, relatives à une créance née de travaux publics, dirigées contre une telle personne privée ne sauraient être rejetées comme irrecevables faute de la décision préalable prévue par l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
4. La société Eurovia, qui est une personne morale de droit privé, n'est pas chargée d'une mission de service public administratif. Par suite, elle ne peut utilement opposer la fin de non-recevoir tirée du défaut de décision préalable prévue par l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. A supposer les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative applicables à la société Eurovia, la décision par laquelle cette société aurait implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable de M. A aurait eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande qui, en formulant les conclusions indemnitaires précitées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant qui sont sans objet doivent être rejetées.
Sur la responsabilité de la société Eurovia :
6. En premier lieu, la responsabilité qui peut incomber à une personne publique ou à une personne privée chargée de l'exécution d'une mission de service public pour les dommages causés aux particuliers par des ouvrages publics n'est pas régie par les principes qui sont établis dans le code civil. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer la responsabilité de la société Eurovia en se fondant sur les dispositions de l'article 1242 du code civil, relatives à la responsabilité des choses dont une personne à la garde, lesquelles ne régissent pas la responsabilité à raison de l'exécution des travaux publics.
7. En deuxième lieu, les balises de chantier implantées sur la voie publique, qui constituent des accessoires indispensables à la sécurité des usagers les empruntant, ne présentent pas le caractère d'ouvrages distincts de celle-ci. Il résulte de l'instruction que les balises de chantier, présentes sur ce chantier du marché de travaux publics relatif à l'entretien et à l'aménagement des routes départementales de la SDA Cannes, attribué au groupement dont faisait partie la société Eurovia, avaient le caractère d'un ouvrage public. M. A, qui circulait à vélo sur le boulevard du Bon Puit, à hauteur du cimetière de La Napoule, et a chuté à vélo, avait la qualité d'usager par rapport à cette balise. Le requérant ne peut ainsi utilement rechercher la responsabilité sans faute de la société Eurovia en sa qualité de tiers.
8. En troisième lieu, pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'il a subis, l'usager de la voie publique doit démontrer, d'une part, la réalité de son préjudice, et d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre les travaux publics réalisés sur cette voie ou l'ouvrage public et le dommage. La collectivité maître de l'ouvrage ne peut s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, sauf cas de force majeure ou faute de la victime, qu'en établissant que l'ouvrage était normalement entretenu. Par ailleurs, lorsque le fait dommageable est imputable à l'entrepreneur, la victime est recevable à rechercher sa responsabilité, le cas échéant in solidum avec celle du maître de l'ouvrage. L'entrepreneur ne peut alors invoquer, à l'égard de la victime, que la faute de cette dernière ou la force majeure
9. A supposer que M. A recherche la responsabilité de la société Eurovia sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, il résulte de l'instruction que, alors qu'il circulait en vélo sur le boulevard du Bon Puit, à hauteur du cimetière de La Napoule, M. A a fait une chute en vélo le 3 mars 2016. Si l'intéressé affirme que cette chute a été provoquée par la présence d'une balise de chantier qui s'est envolée suite à une rafale de vent, il n'apporte au soutien de cette allégation aucun élément susceptible d'en établir le bien-fondé. En particulier, il ne produit aucun témoignage ni photo de la zone de l'accident. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, notamment de la fiche d'intervention de la police municipale que celle-ci fait état de la chute d'un cycliste, seul en cause et indique " selon les dires, un GBA aurait été poussé par le vent fort et aurait percuté le cycliste lors de son passage ". Enfin, s'il résulte de l'instruction que des balises de chantier étaient bien présentes dans la zone vie du chantier assuré par la société Eurovia, rien ne permet d'établir qu'elles se seraient effectivement envolées suite au vent et qu'elles auraient causé la chute de M. A. Ainsi, M. A ne produit aucun élément qui permette d'établir l'existence d'un lien de causalité directe entre la chute dont il a été victime et la présence d'une balise de chantier sur la zone de travaux. Par suite, il n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la société Eurovia sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
10. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. A tendant à ce que la responsabilité de la société Eurovia soit engagée doivent être rejetées.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Var :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Var tendant à ce que la société Eurovia soit condamnée à lui rembourser la somme de 46 599,70 euros au titre de ses débours et la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de procédure :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la société Eurovia, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. A et la CPAM du Var demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la CPAM du Var sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et à la société Eurovia.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Chaumont, première conseillère,
Mme Duroux, première conseillère,
Assistés de Mme Bianchi, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
signé
A-C. CHAUMONT
Le président,
signé
F. PASCAL La greffière,
signé
L. BIANCHI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026