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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101560

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101560

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101560
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantISAIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 mars 2021 et le 28 février 2024, M. B A et Mme C A, représentés par la SELAS Fidal, demandent au tribunal de :

- prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 ;

- mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance ;

- mettre à la charge de l'Etat le versement d'intérêts moratoires en application des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.

Ils soutiennent que :

- la plus-value de cession de valeurs mobilières d'un montant de 620 000 euros réalisée en 2019 doit être imposée selon le système du quotient prévu à l'article 163-0 A du code général des impôts ;

- l'administration a procédé à une erreur de calcul en intégrant les revenus de capitaux mobiliers dans le revenu net global servant de base au calcul de l'imposition en méconnaissance des dispositions de l'article 163-0 du code général des impôts ;

- l'administration a méconnu son interprétation de la loi fiscale exprimée au paragraphes 300 et suivants de la documentation administrative référencée NOI-IR-LIQ-20-30-20 du 20 juillet 2016, dont ils entendent se prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes Maritimes conclut à l'admission partielle de la requête à hauteur de 1 991 euros et au rejet du surplus.

Il fait valoir que :

- il est admis que la somme de 1 991 euros doit faire l'objet d'un dégrèvement en application du système du quotient ;

- le solde d'imposition reste à la charge des requérants : il s'agit de la cotisation due en application du système du quotient calculé à partir d'un revenu net imposable ordinaire intégrant les autres plus-values de cessions mobilières déclarées par le requérant au cours de l'exercice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts,

- le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Raison,

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A et Mme C A ont inscrit la somme de 620 000 euros dans leur déclaration de revenus 2019 commune à la suite de l'attribution à M. A de 10000 actions gratuites de la société Akka Technologies dans le cadre d'un plan d'attribution gratuite d'actions de performance définitivement acquises le 2 avril 2019. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2020 pour un montant de 386 821 euros après déduction des montants prélevés à la source à hauteur de 24 857 euros. Par réclamation du 17 décembre 2020, les époux A ont contesté le montant de la cotisation due au titre de l'impôt sur le revenu. L'administration a rejeté cette réclamation le 20 janvier 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 14 septembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur des finances publiques des Alpes Maritimes a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence d'une somme de 1 991 euros au titre de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. et Mme A ont été assujettis au titre de l'année 2019. Les conclusions de la requête de M. et Mme A relatives à cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. Aux termes de l'article 163-0 A du code général des impôts : " Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue () ". Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'aux fins d'atténuer les effets de la progressivité de l'impôt sur le revenu en cas de perception par le contribuable d'un revenu exceptionnel ou différé, l'impôt dû au titre de l'année où ce revenu a été perçu est, si le contribuable en fait la demande, déterminé selon une méthode de calcul consistant à appliquer le barème progressif de l'impôt sur le revenu au revenu net global dit " ordinaire ", auquel est ajouté le quart du revenu exceptionnel ou différé net des charges catégorielles correspondantes, puis à appliquer à la différence entre les droits ainsi calculés et les droits qui résulteraient de l'application du barème au seul revenu net global " ordinaire " une multiplication par quatre, l'imposition due au titre de cette année étant le résultat de la somme du produit de cette multiplication et des droits calculés par application du barème au seul revenu net global " ordinaire ".

5. Il est constant que la plus-value de cession de valeurs mobilières d'un montant de 620 000 euros, perçue par les requérants en 2019, constitue un revenu exceptionnel permettant aux intéressés de bénéficier des dispositions du I de l'article 163-0 A du code général des impôts. Il résulte de l'instruction que, pour opérer le calcul de l'impôt sur le revenu et des contributions sociales correspondantes dus au titre de l'année 2019, l'administration a inclus dans le revenu net global dit " ordinaire "imposable au titre de l'année 2019, outre les traitements et salaires d'un montant de 115 083 euros, les revenus de capitaux mobiliers perçus par les époux A d'un montant de 49 942 euros provenant de plus-values de cessions mobilières autres que celle ouvrant droit au quotient. Or, en procédant ainsi, l'administration a imposé au barème progressif des revenus relevant du prélèvement forfaitaire libératoire, alors même qu'il ne résulte pas de l'instruction que les époux A aient expressément exercé d'option en ce sens.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge de la différence entre la cotisation primitive d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2019 et la cotisation d'impôt calculée en application du système du quotient sur la base d'un revenu ordinaire imposable de 115 083 euros.

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :

7. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal () les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'en exécution d'une décision de justice ordonnant une décharge ou une réduction d'imposition, la restitution des sommes déjà versées par un contribuable doit être faite par le comptable chargé du recouvrement, sans qu'il soit besoin d'adresser à cette fin une injonction à l'administration fiscale. Dans ces conditions, et en l'absence de litige né et actuel avec le comptable chargé du recouvrement, les conclusions de M. et Mme A tendant au remboursement des sommes déjà acquittées, assorti du versement d'intérêts moratoires, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme A à concurrence du dégrèvement d'un montant de 1 991 (mille neuf cent quatre-vingt-onze) euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : M. et Mme A sont déchargés de la différence entre la cotisation primitive d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2019 et la cotisation d'impôt calculée en application du système du quotient sur la base d'un revenu ordinaire imposable de 115 083 (cent quinze mille quatre vingt trois) euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes Maritimes.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président,

- Mme Raison, première conseillère,

- Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

L. RAISONLe président,

Signé

O. EMMANUELLI

La greffière,

Signé

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière,

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