mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2101868 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ZUELGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 avril 2021 et le 3 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Chardon, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Grasse à lui verser la somme totale de 300 805 euros en réparation de ses préjudices à la suite de l'infection nosocomiale qu'il a contractée ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Grasse aux dépens ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Grasse la somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Grasse est engagée à la suite de l'infection nosocomiale qu'il a contractée ;
- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis à hauteur de 300 805 euros et qui se décomposent comme suit :
39 480 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels
237 160 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs
4 665 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire
10 000 euros au titre des souffrances endurées
4 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent
5 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le centre hospitalier de Grasse, représenté par Me Zuelgaray, conclut à la réduction à de plus justes proportions des prétentions indemnitaires du requérant.
Il fait valoir que l'indemnisation ne pourra excéder les sommes suivantes :
3 369 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire
6 000 euros au titre des souffrances endurées
3 300 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Par des mémoires enregistrés le 10 juin 2021, le 19 octobre 2022 et le 16 mai 2023, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var, intervenant pour le compte de la CPAM des Alpes-Maritimes, représentée par Me Vergeloni, demande au tribunal :
- de condamner le centre hospitalier de Grasse à lui verser la somme de
95 340,77 euros au titre des débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 octobre 2022 et capitalisation annuelle, ainsi que la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
- de mettre à la charge du centre hospitalier de Grasse la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 21 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 septembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 3 décembre 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a prescrit une expertise et désigné comme expert M. C ;
- le rapport d'expertise de M. C déposé au greffe du tribunal le 26 mai 2020 ;
- l'ordonnance du 30 juillet 2020 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nice a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. C à la somme de 840 euros et les a mis à la charge de M. B.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chardon, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 mai 2014, à la suite d'un accident de travail, M. B est conduit au centre hospitalier de Grasse pour une fracture interne de la diaphyse du fémur gauche. Le lendemain, il a subi une intervention chirurgicale pour la pose d'un clou centro médullaire.
M. B est resté hospitalisé jusqu'au 12 mai 2014. En raison de douleurs persistantes et de l'absence de consolidation, M. B est de nouveau hospitalisé du 9 au 18 novembre 2015 pour y subir notamment une ablation du matériel. A cette occasion, les prélèvements réalisés mettent en évidence l'existence d'un staphylocoque à coagulase négative pour lequel il bénéficie d'un traitement antibiotique pendant trois mois. Estimant avoir été victime d'une infection nosocomiale, il a présenté, par courrier du 8 janvier 2021, une demande préalable indemnitaire auprès du centre hospitalier de Grasse. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Grasse à lui verser la somme totale de 300 805 euros en réparation de ses préjudices.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Grasse :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'à l'occasion de l'hospitalisation de M. B au sein du centre hospitalier de Grasse du 9 au 18 novembre 2015, les prélèvements bactériologiques ont révélé l'existence d'une infection. Il résulte également de l'instruction que si M. B a été opéré en 1977 pour une précédente fracture du fémur gauche, aucun phénomène infectieux n'a été observé au niveau de sa cuisse à la suite de cette intervention ni lors de l'ablation du matériel et cela jusqu'à la date de son hospitalisation au sein du centre hospitalier de Grasse. Par ailleurs, l'infection a été constatée essentiellement à la partie haute du fémur au niveau du grand torchanter correspondant à l'orifice d'entrée du clou et elle n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge au sein du centre hospitalier de Grasse du 6 au 12 mai 2014, les prélèvements effectués s'étant relevés négatifs. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que cette infection est survenue lors de l'intervention chirurgicale de 2014. Eu égard au caractère nosocomiale de l'infection et à l'absence de cause étrangère à sa survenue, le requérant est fondé à rechercher la responsabilité du centre hospitalier de Grasse, sur le fondement des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Sur les préjudices du requérant :
4. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. B peut être regardé comme consolidé le 7 juin 2018.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
Quant aux pertes de gains professionnels actuels :
5. M. B, qui était titulaire d'un contrat à durée indéterminée en qualité de chef maçon, soutient qu'il a été licencié le 30 mars 2017 pour inaptitude en raison de son état de santé lié aux conséquences de l'infection nosocomiale. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce chef de préjudice n'a pas été retenu par l'expert. Il résulte également de l'instruction, et en particulier de la lettre de notification de licenciement du 30 mars 2017, que si l'intéressé a été déclaré inapte au poste de chef de chantier, il a été reconnu apte à un poste administratif. Or, selon les termes de ce même document, M. B a refusé une proposition de reclassement sur un des autres postes disponibles dans l'entreprise. Enfin, le requérant se borne à affirmer que son licenciement est lié à l'infection nosocomiale sans apporter aucun élément probant à l'appui de cette affirmation alors qu'il a été victime d'un accident de travail qui lui a occasionné une fracture du fémur. Par ailleurs, l'expertise relève que le requérant avait déjà subi une fracture du fémur en 1977, de sorte que son fémur était manifestement fragilisé. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas de lien de causalité direct et certain entre son licenciement et l'infection nosocomiale. Par suite, le préjudice de perte de gains professionnels actuels sera écarté.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
Quant aux pertes de gains professionnels futurs :
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent du présent jugement, ce chef de préjudice sera écarté.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise que M. B a présenté un déficit fonctionnel temporaire total en lien avec l'infection nosocomial du 9 au 18 novembre 2015, le 16 juin 2017, le 7 juillet 2017 et le 6 octobre 2017, soit pendant 12 jours. M. B a également présenté un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe 3 (50%) du 19 novembre 2015 au 19 février 2016, du 17 juin 2017 au 6 juillet 2017 puis du 8 juillet 2017 au 8 août 2017, soit pendant 142 jours ; de classe 2 (25%) du 20 février 2016 au 20 avril 2016 (60j), du 9 août 2017 au 9 octobre 2017, soit pendant 121 jours ; de classe 1 (10%) du 7 mai 2015 au 8 novembre 2015, du 21 avril 2016 au 15 juin 2016 puis du 10 octobre 2017 au 6 avril 2018, soit pendant 418 jours. Il sera fait une juste évaluation du préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire de M. B en le fixant à la somme de 2 635,85 euros.
Quant aux souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. B ont été évaluées par l'expert à 4 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 6 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
9. M. B, né en 1962, souffre d'un déficit fonctionnel permanent de 3 % en lien avec l'infection nosocomiale. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en le fixant à la somme de 4 500 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
10. M. B invoque un préjudice d'agrément résultant de l'impossibilité de pratiquer la marche et la course à pieds. Toutefois, l'expert n'a pas retenu ce chef de préjudice dès lors qu'il ne présente pas de lien de causalité avec l'infection nosocomiale. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Grasse est condamné à verser à M. B la somme totale de 13 135,85 euros.
Sur les droits de la CPAM du Var :
12. D'une part, la CPAM du Var produit un relevé définitif des débours faisant état des frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, de rééducation et soins infirmiers pour un montant de 56 484,50 euros en lien direct avec l'infection nosocomiale litigieuse selon l'attestation d'imputabilité du 4 juin 2021, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. En revanche, il résulte de l'instruction que les indemnités journalières réclamées ne présentent pas de lien direct avec l'infection nosocomiale. La CPAM du Var peut donc prétendre au titre des débours au versement de la somme de 56 484,50 euros.
13. D'autre part, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ".
14. En applications des dispositions précitées, la CPAM du Var a droit à une indemnité forfaitaire de gestion représentant le tiers des sommes dont elle obtient le remboursement, soit 1 191 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
15. La somme allouée à la CPAM du Var en remboursement des débours, sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 octobre 2022.
16. La capitalisation des intérêts a été demandée par la CPAM du Var par un mémoire enregistré le 19 octobre 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 19 octobre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
17. En l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais de l'expertise ordonnée par l'ordonnance du 3 décembre 2018 susvisée, liquidés et taxés à la somme de 840 euros par ordonnance du 30 juillet 2020, doivent être mis à la charge du centre hospitalier de Grasse.
Sur les frais liés au litige :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Grasse la somme de 1 500 euros à verser à M. B et la somme de 1 000 euros à verser à la CPAM du Var au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Grasse est condamné à verser à M. B la somme totale de 13 135,85 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier de Grasse est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Var la somme de 56 484,50 euros au titre de ses débours, ainsi qu'une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 3 : La somme de 56 484,50 euros que le centre hospitalier de Grasse est condamné à verser à la caisse primaire centrale d'assurance maladie du Var par l'article 2 du présent jugement, portera intérêts au taux légal à compter du 19 octobre 2022. Les intérêts échus au 19 octobre 2023 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle.
Article 4 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 840 euros sont mis à la charge du centre hospitalier de Grasse.
Article 5 : Le centre hospitalier de Grasse versera à M. B la somme totale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le centre hospitalier de Grasse versera à la caisse primaire centrale d'assurance maladie du Var la somme totale de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et au centre hospitalier de Grasse.
Copie sera transmise à l'expert et à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chaumont, conseillère,
assistés de Mme Antoine, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
B-P ANTOINE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026