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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101969

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101969

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101969
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantFEVRIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête, enregistrée le 11 avril 2021 sous le n° 2101969, Mme B A F, épouse C, représentée par Me Février, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de remise de dette formulée le 11 décembre 2020 ;

2°) d'ordonner à la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes de produire un décompte sur la période comprise entre le 1er août 2018 et le 1er août 2020 ;

3°) de condamner les défendeurs aux entiers dépens.

La requérante soutient que :

- elle est de bonne foi et l'erreur qu'elle a commise ne découlait pas d'une intention frauduleuse ;

- la fraude lui étant reprochée n'est pas démontrée ;

- la créance dont se prévaut l'administration est couverte par la prescription biennale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le conseil départemental des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme A F, épouse C.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. - Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021 sous le n° 2103993, Mme B A F, épouse C, représentée par Me Fevrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 200 euros ;

2°) d'annuler le titre exécutoire émis le 1er juin 2021 en vue du recouvrement de cette amende ;

3°) de condamner les défendeurs aux entiers dépens.

La requérante soutient que :

- l'amende administrative prononcée à son encontre est dépourvue de tout fondement dans la mesure où elle n'a pas perçu, de façon indue, le revenu de solidarité active ;

- elle est dans une situation précaire ;

- elle est de bonne foi ;

- elle n'a jamais eu l'intention de frauder.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, le conseil départemental des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme A F, épouse C.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A F, épouse C, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2023 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- les observations de M. E, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A F, épouse C, a bénéficié du revenu de solidarité active à compter du 2 septembre 2013. Suite à une opération de vérification de la situation de la requérante, les services de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui ont notifié, le 2 septembre 2020, deux indus de revenu de solidarité active pour un montant global de 4 299,99 euros. Par un courrier du 1er octobre 2020, Mme A F, épouse C, s'est vu notifier un indu complémentaire d'un montant de 6 800,01 euros. L'intéressée, qui n'a pas contesté ces indus, a sollicité une remise de dette par une demande adressée le 11 décembre 2020 auprès de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, laquelle a fait l'objet d'un refus implicite. Par ailleurs, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a, par une décision du 26 février 2021, prononcé à l'encontre de Mme A F, épouse C, une amende administrative d'un montant de 200 euros, laquelle a été suivie de l'émission le 1er juin 2021 d'un titre exécutoire. Par les présentes requêtes, Mme A F, épouse C, demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande de remise de dette, de la décision lui notifiant une amende administrative d'un montant de 200 euros et du titre exécutoire émis le 1er juin 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2101969 et 2103993, présentées par Mme A F, épouse C, qui concernent la situation d'une même allocataire, présentent à juger des questions connexes et ont ainsi fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision par laquelle la commission de recours amiable de la CAFAM a implicitement rejeté la demande de remise de dette de la requérante :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. D'autre part, aux termes premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ". Aux termes du onzième alinéa du même article : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

5. Il résulte de l'instruction que les indus de revenu de solidarité active en cause, dont la requérante indique elle-même ne pas contester le bien-fondé, ont pour origine une absence de déclaration par Mme A F, épouse C, des versements mensuels d'un montant de 200 euros effectués par son époux, depuis avril 2014, au titre de sa contribution aux charges du mariage. L'intéressée soutient, pour attester de sa bonne foi, que cette absence de déclaration ne résulte pas d'une intention frauduleuse mais d'une simple erreur de sa part, laquelle est liée à des problèmes de compréhension écrite de la langue française. Toutefois, il est constant que le formulaire de déclaration de ressources trimestrielles est rédigé en des termes suffisamment intelligibles pour permettre à la requérante, au regard de son niveau de compréhension écrite de la langue française ressortant des échanges entretenus avec son conseil, d'y renseigner efficacement les ressources perçues. Dans ces conditions, en omettant de déclarer, à l'occasion des seize déclarations de ressources trimestrielles remplies entre les mois de septembre 2015 et de février 2020, dans les rubriques " pensions alimentaires reçues " et " autres ressources " les versements mensuels d'un montant de 200 euros dont elle a bénéficié, l'intéressée a effectué de fausses déclarations faisant obstacle à ce qu'une remise totale ou partielle de sa dette ne lui soit accordée. Par suite, c'est à bon droit que la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a refusé d'accorder à Mme A F, épouse C, une remise de sa dette.

6. Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. () ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les indus de revenu de solidarité active ont pour origine de fausses déclarations de l'allocataire. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes était fondée à lever la prescription biennale pour poursuivre le paiement des sommes indument versées au titre du revenu de solidarité active.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A F, épouse C, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté sa demande du 11 décembre 2020 tendant à la remise de sa dette.

En ce qui concerne l'amende administrative d'un montant de 200 euros :

9. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies , en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil général après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code () ". Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " () Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité des faits, dans la limite de deux fois le plafond mensuel de la sécurité sociale. () ".

10. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer, eu égard à son office de juge de plein contentieux, sur les manquements qui sont à l'origine du prononcé de cette sanction et de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.

11. Il résulte de l'instruction et notamment de ce qui a été mentionné au point 5 du présent jugement que Mme A F, épouse C, a omis de déclarer aux services de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, de manière constante et répétée, certaines de ses ressources au titre des années en cause. Dans ces conditions, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a pu légitimement prononcer à l'encontre de l'intéressée une amende administrative dont le montant de 200 euros est proportionné à la gravité des faits commis par la requérante.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A F, épouse C, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 février 2021 par laquelle le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 200 euros.

En ce qui concerne le titre exécutoire émis le 1er juin 2021 :

13. Pour demander au tribunal de prononcer l'annulation du titre de recette émis le 1er juin 2021 par le conseil départemental des Alpes-Maritimes, Mme A F, épouse C, se borne à faire valoir que les indus de revenu de solidarité active mis à sa charge ne sont pas justifiés. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5, 7 et 11 du présent jugement que ces indus, sur lesquels se fondent d'une part la décision implicite portant rejet de la demande de remise de dette de l'intéressée et l'amende administrative prononcée à son encontre d'autre part, résultent des fausses déclarations constantes et répétées de la requérante. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le titre de recette en cause serait entaché d'illégalité.

14. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme A F, épouse C, doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles tendant à la condamnation aux entiers dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A F, épouse C, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A F, épouse C et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

La présidente,

signé

M. D La greffière,

signé

C. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

N°s 2101969, 2103993

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