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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2101971

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2101971

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2101971
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. RINGEVAL
Avocat requérantBOUTET-MANGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 9 avril 2021 et les 16 septembre 2021 et 26 juillet 2023, M. A B représenté par Me Boutet-Mangon, demande au tribunal :

- de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'habitation et de taxe spéciale d'équipement auxquelles il a été assujetti dans les rôles de la commune de Cannes (06400) au titre de l'année 2020 à raison de l'occupation secondaire d'un appartement sis au 58 boulevard Carnot ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cet appartement est dédié à la location saisonnière via une plateforme de location ouverte toute l'année de sorte qu'au 1er janvier 2020, il ne peut être regardé comme ayant entendu en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année 2020 ;

- la mise en location via une plateforme de réservation internet crée pour le propriétaire une présomption de disposition du logement qui n'existe pas en cas de mandat de gestion de la location à une agence immobilière : il s'agit d'une discrimination contraire au principe d'égalité et de non-discrimination protégé par les stipulations combinées des articles 14 de la Convention européenne des droits de l'homme et de son premier protocole additionnel, prévoyant le droit à la protection des biens ;

- des dégrèvements ont été prononcés au profit de contribuables placés dans une situation identique à la sienne.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 août 8 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Ringeval , premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ringeval a été entendu au cours de l'audience publique du 20 octobre 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'un appartement sis au 58 boulevard Carnot à Cannes. Il demande la décharge de la taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2020.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article 1407 du code général des impôts : " I. La taxe d'habitation est due : / 1º Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation () ". Aux termes de l'article 1408 de ce code : " I. La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables () ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'est en principe redevable de la taxe d'habitation le locataire d'un local imposable au 1er janvier de l'année d'imposition. Toutefois, par dérogation à ce principe, lorsqu'un logement meublé fait l'objet de locations saisonnières ou de courte durée, le propriétaire du bien est redevable de la taxe d'habitation dès lors qu'au 1er janvier de l'année de l'imposition, il peut être regardé comme entendant en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année.

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement de la taxe d'habitation.

5. En premier lieu, M. B soutient que l'appartement dont il est propriétaire est dédié à la location saisonnière via une plateforme de location ouverte toute l'année de sorte qu'au 1er janvier 2020, il ne peut être regardé comme ayant entendu en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année 2020. Toutefois, M. B a loué un appartement meublé dont il est propriétaire pour de courtes durées et pour des périodes qu'il lui était loisible d'accepter ou de refuser. Il doit donc être assujetti à la taxe d'habitation, sans qu'il y ait lieu de rechercher si l'intéressé a effectivement usé de sa faculté d'occuper le logement, ni même s'il a expressément renoncé à cette possibilité en ayant souscrit, comme en l'espèce, une assurance " propriétaire non occupant ".

6. En deuxième lieu, le requérant soutient que la position de l'administration crée une discrimination injustifiée entre des contribuables exerçant la même activité de location meublée de courte durée selon que cette activité est exercée par l'intermédiaire de plateformes en ligne ou en faisant appel à des professionnels. Toutefois, les propriétaires qui louent leur bien directement en ayant recours à une plateforme de réservation d'hébergements ne sont pas dans une situation analogue à celle de ceux qui louent leur bien en faisant appel à un professionnel, tel qu'un agent immobilier. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations combinées de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de son protocole additionnel du 20 mars 1952, ne peut qu'être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, si M. B soutient que des dégrèvements ont été prononcés au profit de contribuables placés dans une situation identique à la sienne, ces dégrèvements non motivés ne constituent pas une prise de position formelle de l'administration au sens des dispositions de l'article L 80 B du livre des procédures fiscales.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

Le magistrat délégué,

Signé

B. RingevalLa greffière,

Signé

M-L. Daverio

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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