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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102061

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102061

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102061
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP KLEIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 avril 2021 et 10 mars 2022, la société civile immobilière (SCI) Burazur, représentée par son gérant en exercice, ayant pour avocat Me Ciussi, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler, à titre principal, l'avis de mise en recouvrement émis le 14 juin 2019 par le service des impôts des entreprises de Menton, ou, à titre subsidiaire, de la décharger de la totalité des impositions litigieuses, en droits et majorations ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis de mise en recouvrement est entaché d'irrégularités, pour avoir été signé par une autorité incompétente et pour porter sur une créance pour laquelle le droit de reprise était prescrit ;

- le rehaussement est irrecevable en l'état d'un droit de reprise prescrit portant sur la déductibilité d'un prêt souscrit le 14 octobre 2004 ;

- l'imposition litigieuse est mal fondée compte tenu de la réalité du prêt souscrit auprès de la société Swisstar le 14 octobre 2004.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, la directrice du contrôle fiscal du Sud-Est, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'avis de mis en recouvrement contesté est régulier en la forme pour avoir été signé par un inspecteur des finances publiques ayant reçu délégation de compétence à cette fin ;

- l'avis de mise en recouvrement est régulier, en l'état d'un prêt souscrit en 2004 qui a eu une incidence sur les résultats d'une période non couverte par la prescription, et les reprises d'imposition n'étant effectuées qu'au titre des années non prescrites ;

- la remise en cause de la réalité du prêt souscrit est incontestable, en l'état de l'absence de flux financier de réception des fonds, de la comptabilisation d'intérêts d'emprunt qui n'ont jamais été payés, de l'absence de renouvellement de la garantie hypothécaire depuis 2014, de l'absence de tout remboursement de capital emprunté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Raison,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de Me Ciussi, avocat de la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Burazur a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2013 et 2014, tant au titre de l'impôt sur les sociétés qu'au titre de la taxe sur la valeur ajoutée, à l'issue de laquelle lui ont été notifiés, par une proposition de rectification en date du 15 décembre 2016, des rappels d'impôt sur les sociétés fondés sur la remise en cause de la déductibilité d'un emprunt de 7 millions d'euros et des charges y afférentes. La réclamation préalable de la société Burazur ayant été rejetée, un avis de mise en recouvrement d'un montant de 2 708 955 euros a été émis par l'administration fiscale le 14 juin 2019, lequel a fait l'objet d'une contestation et d'une demande de sursis de paiement par la société requérante le 18 août 2020. Le 18 février 2021 l'administration a rejeté cette réclamation. La SCI Burazur demande par la présente requête la décharge de la totalité des impositions litigieuses.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable de sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité () Il est adressé par lettre recommandée avec avis de réception. () " ; selon l'article L. 257 A du même texte, dans la version applicable au litige : " Les avis de mises en recouvrement peuvent être émis et rendus exécutoires et les mises en demeure de payer peuvent être émises, sous l'autorité et la responsabilité du comptable public compétent, par les agents du service ayant reçu délégation ".

3. L'avis de mise en recouvrement du 14 juin 2019 a été signé par M. B D, inspecteur des finances publiques, adjoint au responsable du service des impôts des entreprises de Menton, qui disposait d'une délégation à cet effet consentie par le comptable public responsable de service des impôts des entreprises en date du 4 septembre 2018 publiée au registre des actes administratifs spécial de la préfecture sous le numéro n° 159-018 le 10 septembre 2018. Par suite, le moyen tiré de ce que cet avis de mise en recouvrement, qui mentionnait l'identité et la qualité de son signataire, aurait été signé par une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () / 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premiers et deuxièmes alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit () ". Il appartient au contribuable de justifier l'inscription d'une dette au passif de son bilan.

5. En application de ces dispositions, les erreurs ou omissions qui entachent les écritures comptables retracées au bilan de clôture d'un exercice ou d'une année d'imposition qui entraînent une sous-estimation ou une surestimation de l'actif net de l'entreprise peuvent, à l'initiative du contribuable qui les a involontairement commises, ou à celle de l'administration exerçant son droit de reprise, être réparées dans ce bilan. Lorsque les mêmes erreurs ou omissions se retrouvent dans les écritures de bilan des exercices antérieurs telles que retenues pour la détermination du résultat fiscal, elles doivent y être symétriquement corrigées, pour autant que l'administration n'établisse pas qu'elles revêtent, pour le contribuable qui les invoque, un caractère délibéré. Ces corrections ne peuvent toutefois affecter le bilan d'ouverture du premier exercice non prescrit, à moins que le contribuable n'apporte la preuve que les écritures correspondantes procèdent d'erreurs ou omissions commises au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit, dont l'administration n'établit pas qu'elles auraient revêtu un caractère délibéré.

6. Il est constant que la comptabilité de la SCI Burazur comportait au titre de l'exercice 2013 au passif une dette de 7 millions d'euros correspondant au prêt qui lui a été accordé par la société Swisstar le 14 octobre 2004, ainsi que la comptabilisation des charges d'intérêts afférentes à cet emprunt pour les montants de 70 837 euros au titre de l'exercice 2013 et 70 836 euros au titre de l'exercice 2014. Après remise en cause de l'emprunt litigieux, l'administration fiscale a, par la proposition de rectification en date du 15 décembre 2016, réintégré dans le résultat fiscal de la SCI Burazur la somme de 7 millions d'euros au titre de l'exercice 2013 et rehaussé, en conséquence, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés de 70 837 euros au titre de l'année 2013 et de 70 836 euros au titre de l'année 2014.

7. Au soutien de sa demande de décharge, la requérante fait valoir que la réalité du prêt souscrit est incontestable, pour avoir été passé en la forme authentique, avoir fait l'objet d'une garantie hypothécaire, d'une déclaration n° 2062, et avoir été admis dans le cadre du plan de continuation adopté en sa faveur dans le cadre d'une procédure collective en 2008.

8. Il résulte des pièces versées en procédure que la SCI Burazur a acquis le 27 novembre 1990 un bien immeuble à Beausoleil pour un prix de 33 millions de francs hors taxe, soit 5 millions d'euros, au moyen notamment d'un prêt financé auprès du Crédit Foncier de Monaco. Le 14 octobre 2014, la SCI Burazur a souscrit un emprunt dit " de refinancement " à hauteur de 7 millions d'euros auprès de la société Swisstar d'une durée de dix ans, dont seuls les intérêts sont remboursables mensuellement, bénéficiant d'une hypothèque de 3ème rang. Il résulte des termes de l'acte authentique de prêt souscrit devant notaire que la somme prêtée " () a été versée par le prêteur à l'emprunteur avant ce jour et hors de la vue du notaire soussigné à l'emprunteur qui reconnaît et lui en donne quittance ", de telle sorte que l'administration a pu, à juste titre, remettre en cause la réalité de l'opération de versement des fonds sans remettre en cause l'acte signé. Il résulte à cet égard de l'instruction qu'en dépit des demandes répétées de l'administration, les 3 mai, 8 juin, 13 et 16 septembre 2016, la SCI Burazur n'a pas été en mesure de justifier de la réalité économique de l'emprunt en cause, notamment par la preuve de flux financier de versement des fonds prêtés, des versements des intérêts déduits, ni n'a été en capacité d'expliquer le besoin de refinancement allégué. Si la société requérante justifie d'une inscription hypothécaire sur le bien enregistrée le 4 avril 2005, elle n'a fourni aucune explication sur la disparition de celle-ci depuis 2014, qui a pourtant été confirmée par le service de la publicité foncière de Nice 3 sur demande de renseignement du service vérificateur, alors même que l'exigibilité du prêt était toujours d'actualité puisque reportée en 2023. Enfin, le service a relevé à juste titre, qu'en dépit de la liquidation volontaire de la société Luxembourgeoise Swisstar le 29 décembre 2016, aucune conséquence n'en a été tirée sur l'extinction de la dette au passif du bilan de la SCI Burazur, alors même qu'elle était gérée par M. A C, également liquidateur de la société Swisstar. Dès lors, c'est à juste titre, eu égard aux éléments précités, que l'administration a pu remettre en cause la réalité de l'emprunt litigieux souscrit par la société requérante.

9. Ainsi, c'est à bon droit, contrairement à ce que soutient la société requérante, que l'administration a procédé au rehaussement litigieux, en retenant la pleine application du principe d'intangibilité du premier exercice non prescrit, en l'espèce l'exercice 2013, pour en déduire un bénéfice imposable à hauteur de 7 millions d'euros et une non-admission de la déductibilité des intérêts d'emprunt y afférents pour les exercices 2013 et 2014.

10. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure fondé sur la prescription du droit de reprise de l'administration.

11. Par conséquent, le moyen tiré de l'irrecevabilité du redressement fondé sur le fait que le prêt a été souscrit plus de 7 ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la SCI Burazur n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à la SCI Burazur de la somme qu'elle demande au titre des frais qu'elle a exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SCI Burazur est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Burazur et à Mme la directrice du contrôle fiscal du Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Emmanuelli, président,

- Mme Raison, première conseillère,

- M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

L. RAISONLe président,

O. EMMANUELLI

La greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

2102061

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