mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102137 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CIAUDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Sud Optic, représentée par Me Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions mises à sa charge au titre de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée pour les années 2015 et 2016, d'un montant de 163 225 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la réintégration dans le chiffre d'affaires de la société du reste à régler des clients sur les ventes de lunettes soumises à prise en charge par la sécurité sociale est contestable dès lors que ces sommes ont toutes fait l'objet de notes d'avoirs ;
- la réintégration des ventes à prix 0 dans le chiffre d'affaires de la société, émanant de remises quantitatives ou de retours fournisseurs, est contestable ;
- les factures M3S et Tekdive, et la note de l'hôtel sis en Egypte en 2015 auraient dû être admises en déduction ;
- l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée par l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Sud Optic ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Raison, rapporteure,
- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiées (SAS) Sud Optic, qui exerce une activité d'opticien lunetier, a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité portant sur les exercices clos en 2015 et 2016, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, et après avoir rejeté sa comptabilité comme non probante, par une proposition de rectification datée du 31 juillet 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période courue du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, assortis d'intérêts de retard ainsi que des pénalités pour manquement délibéré. La SAS Sud Optic en demande la décharge aux termes de la présente requête.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
Concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée :
2. En vertu du I de l'article 256 du code général des impôts, les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des termes de la proposition de rectification du 31 juillet 2018, que l'administration a constaté, en premier lieu, et à l'issue de la vérification de comptabilité, que la SAS Sud Optic avait omis de collecter et déclarer la taxe sur la valeur ajoutée sur la partie facturée non prise en compte des ventes des produits donnant lieu à remboursements par la sécurité sociale et, le cas échant, par la mutuelle des clients. Le vérificateur a ainsi relevé que les montants des ventes dans la colonne " PV TTC après remise ", correspondant au champ " total " du fichier initial, soit à la somme des soldes créditeurs des comptes de vente majorés de la taxe sur la valeur ajoutée, différaient des montants des factures enregistrés dans le fichier des ventes, dès lors que ceux-ci sont limités au montant total remboursé par les organismes de sécurité sociale et/ou mutuelle. Il en résulte que la différence entre ces montants, correspondant en réalité à la somme restant à la charge de l'assuré, n'a pas fait l'objet de comptabilisation ni de déclaration sur le compte de résultat, ce qui n'est pas contesté par la requérante. En défense, la SAS Sud Optic soutient avoir établi que lesdites sommes s'analysent en remises, qu'elles n'ont fait l'objet d'aucun encaissement, et affirme avoir établi des " notes d'avoirs " pour l'ensemble de ces " restes à charge ", dont elle soutient justifier l'existence par la production d'un tableau récapitulatif de 15 pages concernant 911 " notes d'avoirs " au titre de l'année 2015 et 907 " notes d'avoirs " au titre de l'année 2016, auxquels sont jointes les copies des " notes d'avoirs " établies le 7 septembre 2018, destinées aux clients mais anonymisées. Il résulte cependant de l'instruction, en premier lieu, que seules 866 notes sur 911 ont été présentées en 2015, et 852 sur 907 en 2016, sans que la requérante n'explique le caractère incomplet de cette production. En second lieu, le service a relevé, dans le tableau récapitulatif produit par la SAS Sud Optic, une nouvelle série de numérotation de factures, différente de celle du fichier original des ventes, ainsi que plus de trente factures en doublon, sans que la société requérante ne soit en mesure d'expliquer ces incohérences. Enfin, l'envoi par la poste, le 13 septembre 2018, soit plus d'un an et demi après le contrôle, de 1 719 plis, sans aucune précision concernant la nature des courrier ou l'identité de leurs destinataires, ne saurait constituer un élément suffisamment probant pour permettre au service vérificateur de vérifier la réalité des assertions de la société requérante. Par ailleurs, le service relève à juste titre qu'en prenant en compte le montant des lunettes de soleil offertes, et la valeur des remises ainsi accordées aux clients, l'opération deviendrait d'une rentabilité quasi nulle, accréditant ainsi son caractère irréaliste. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a réintégré dans le chiffre d'affaires de la société Sud Optic les montants des sommes restant à la charge des clients lors des ventes de produits donnant lieu à remboursements par les organismes de sécurité sociale et, le cas échéant, par les mutuelles.
4. En second lieu, s'agissant des ventes à prix zéro, si le service a relevé que 359 produits sur 5509 en 2015 et 131 sur 5349 en 2016 ont été vendus à prix zéro, la société requérante soutient que la comptabilisation de ces transactions est due soit à des erreurs, notamment des doublons, soit à des remises quantitatives, soit à des retours fournisseurs, soit à une pratique commerciale consistant à offrir plusieurs paires de lunettes pour le prix d'une. Il résulte toutefois de l'instruction que le service a tenu compte de l'existence de doublons et d'erreurs dans la proposition de rectification litigieuse. S'agissant de retours fournisseurs, pris en compte à hauteur de 14 modèles en 2015 et 11 modèles en 2016, aucun élément probant n'est de nature à remettre en cause cette évaluation. S'agissant des ventes à prix zéro, qui s'analyseraient en remises quantitatives, mentionnées sur plusieurs factures, alors même que le client aurait déjà bénéficié d'un avoir correspondant au reste à charge, celles-ci aboutiraient, en réalité, à offrir au client le montant des produits vendus. Dès lors, les anomalies constatées et le caractère irréaliste des allégations de la requérante, ont pu, à juste titre, conduire l'administration à ne pas admettre que les ventes à prix zéro correspondaient exclusivement à des remises de nature commerciale.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration a pu, à bon droit, réintégrer dans le chiffre d'affaires de la SAS Sud Optic les montants issus des remises non enregistrées comptablement et des biens vendus à prix zéro au titre des années 2015 et 2016.
Concernant la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
6. Aux termes de l'article 230 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent ou qu'ils se livrent à eux-mêmes n'est déductible que si ces biens et services sont nécessaires à l'exploitation ". Lorsque l'administration, sur le fondement de ces dispositions, met en cause la déductibilité de la taxe ayant grevé l'acquisition d'un bien ou d'un service, il lui appartient, lorsqu'elle a mis en œuvre la procédure de redressement contradictoire et que le contribuable n'a pas accepté le redressement qui en découle, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour soutenir que le bien ou le service acquis n'était pas nécessaire à l'exploitation.
7. Pour remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée de deux factures émanant des fournisseurs M3S et Tekdive pour les montants respectifs de 1 996 euros et 141,70 euros, le service a considéré que les dépenses ainsi engagées ne l'avaient pas été dans l'intérêt de la société. Si la société soutient que les sommes ainsi exposées, portant sur des achats d'équipement de plongée, sont nécessaires à l'exploitation, elle n'apporte cependant aucun élément en ce sens, alors même que l'activité de vente de matériel de plongée par la SAS Sud Optic n'est pas établie. Dans ces conditions, l'administration a pu, à juste titre, remettre en cause la déductibilité des factures susvisées.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
8. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu du I de l'article 209 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Il résulte de ces dispositions que les charges pouvant être admises en déduction doivent avoir été exposées dans l'intérêt direct de l'entreprise ou se rattacher à sa gestion normale, correspondre à une charge effective, et être appuyées de justificatifs.
9. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirées.
10. S'agissant, en premier lieu, de la valorisation du chiffre d'affaires, la requérante fait valoir les mêmes moyens de droit et de fait que pour la taxe sur la valeur ajoutée. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, l'administration a pu, à bon droit, réintégrer dans le chiffre d'affaires imposable les sommes litigieuses.
11. S'agissant, en second lieu, de la déductibilité des frais engagés concernant une facture de 3 031 euros afférente à un voyage en Egypte effectué par le dirigeant de la société en 2015, la société requérante soutient qu'elle doit être admise au motif qu'elle concerne un séminaire portant sur le management effectué dans l'intérêt de l'entreprise, sans cependant produire de justificatifs susceptibles de vérifier la réalité de ses allégations. Dès lors, faute d'établir que la dépense litigieuse a été exposée dans l'intérêt de l'entreprise, il convient de rejeter le moyen.
Sur les pénalités :
12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ". En faisant valoir que la SAS Sud Optic ne pouvait ignorer, eu égard à la différence entre le chiffre d'affaires enregistré aux comptes et celui figurant sur les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, représentant entre 13 % et 47 % du chiffre d'affaires de la société pour les deux années contrôlées, ni l'existence des recettes omises, ni le fait qu'elles étaient imposables, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de la SAS Sud Optic d'éluder le paiement de l'impôt normalement dû.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Sud Optic n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Sud Optic réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SAS Sud Optic est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Sud Optic et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Emmanuelli, président,
- Mme Raison, première conseillère,
- M. Loustalot-Jaubert, conseiller.
assistés de Mme Katarynezuk, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. RAISONLe président,
Signé
O. EMMANUELLI
La greffière,
Signé
N. KATARYNEZUK
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026