jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102142 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CULIOLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021, M. et Mme A et C B, représentés par Me Culioli, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2009, 2010 et 2011 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent qu'ils sont fondés à solliciter la décharge totale des impositions mises en recouvrement sur la base des seules déclarations de M. B contredîtes par les faits et les pièces transmises à l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par les requérants n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur l'impôt sur le revenu au titre des années 2009, 2010 et 2011. L'administration fiscale a mis à leur charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales selon la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, au titre des années en litige. Par la présente requête, ils demandent au tribunal la décharge des impositions auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2009, 2010 et 2011, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 1649 quater A du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " Les transferts des sommes, titres ou valeurs réalisés par des personnes physiques vers un Etat membre de l'Union européenne ou en provenance d'un Etat membre de l'Union européenne sont effectués conformément à l'article L. 152-1 du code monétaire et financier. / Les sommes, titres ou valeurs transférés vers l'étranger ou en provenance de l'étranger constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables lorsque le contribuable n'a pas rempli les obligations prévues à l'article L. 152-1 du code monétaire et financier et au règlement (CE) n° 1889/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 26 octobre 2005, relatif aux contrôles de l'argent liquide entrant ou sortant de la Communauté " .
3. Il incombe à l'administration d'apporter la preuve des faits sur lesquels elle se fonde pour constater qu'une somme a été transférée en provenance de l'étranger en contravention avec les dispositions de l'article 1649 quater A.
4. Il résulte de l'instruction que pour faire application des dispositions de l'article 1649 quater A du code général des impôts, l'administration fiscale s'est fondée sur les éléments de procédure contenus dans la commission rogatoire enregistrée sous le numéro 614/00045 du 4 février 2015, délivrée dans le cadre d'une information judiciaire menée par un juge d'instruction près le tribunal judiciaire de Grasse. Parmi ces éléments, elle s'est fondée plus particulièrement sur les auditions effectuées par les services de police de M. B lors de sa garde à vue du 6 octobre 2015 et dans lesquelles il a reconnu l'existence de transferts de sommes en espèces ; opérations effectuées par son avocat depuis un compte détenu en Suisse. Le requérant a reconnu également dans ces auditions que les sommes remises par son avocat, sans déclaration au fisc, s'élevaient à 36 000 euros en 2009 et à 48 000 euros en 2010 et 2011. Ces sommes ont été qualifiées de revenus d'origine indéterminée, réintégrées dans le revenu global imposables des requérants et soumises à l'impôt sur le revenu au titre des trois années en litige, sur la base des déclarations du contribuable durant sa garde à vue. L'administration s'est également fondée sur des scellés, saisis dans le cadre d'une perquisition menée au domicile de l'avocat qui auraient effectué les opérations de transfert, constitués de mails dans lesquels son assistante confirme ces transferts financiers depuis la Suisse pour le compte de M. B. Il est constant que ces échanges entre l'assistante de l'avocat et M. B, confirment l'existence de flux financiers réguliers depuis la Suisse vers la France. Ces éléments extraits de la procédure pénale constituent des preuves valides sur lesquelles l'administration a pu s'appuyer pour procéder aux rehaussements contestés sur la base de l'article 1649 quater A du code général des impôts.
5. Il résulte des dispositions de l'article 1649 quater A, cité précédemment, que les sommes qui font l'objet d'un transfert en provenance de l'étranger en méconnaissance de l'obligation déclarative prévue par cet article sont présumées constituer des revenus imposables. Pour faire échec à cette présomption, il appartient au contribuable d'apporter la preuve que les sommes transférées n'entrent pas dans le champ d'application de l'impôt ou sont exonérées ou qu'elles constituent des revenus qui ont déjà été soumis à l'impôt.
6. La circonstance alléguée, plusieurs années plus tard, que les aveux de M. B sur les sommes imposées sont inexacts en raison de la situation d'inquiétude et de grande anxiété provoquée par la garde à vue, n'est pas de nature à retirer force probante aux éléments de la procédure obtenus régulièrement sur lesquels s'est fondée l'administration fiscale pour réintégrer les sommes en litige dans le revenu global du foyer fiscal. La circonstance qu'un compte bancaire détenu par lui à l'étranger n'existait pas en 2009 ne remet pas en cause ses déclarations concernant l'existence des flux financiers. De même la production partielle de relevés bancaires de ce compte suisse ouvert après 2011 ne remet pas sérieusement en cause l'existence de flux en espèces antérieurs dès lors que la relation d'affaires entre le requérant et son employeur existait antérieurement à l'ouverture de ce compte. La production d'un contrat établi entre le requérant et son employeur, en janvier 2010, ne remet pas plus en cause l'existence de liens antérieurs et les transferts en provenance de l'étranger. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a analysé les sommes transférées depuis la Suisse en méconnaissance de l'obligation déclarative prévue à l'article 1649 quater A du code général des impôts comme devant être soumises à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, au titre des années 2009, 2010 et 2011.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée y compris dans les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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