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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102143

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102143

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102143
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCULIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Culioli, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012, 2013 et 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les revenus d'origine indéterminée correspondant aux commissions perçues en 2012 et 2013, imposées sur la base de l'article 1649 quater A du code général des impôts et qualifiées de revenus d'origine indéterminée, ont été imposées deux fois ;

- une somme de 315 848,53 euros a été regardée, à tort, par l'administration fiscale comme des revenus d'origine indéterminée alors qu'il s'agit de remboursements de frais.

En ce qui concerne l'année 2012 :

- les chèques de Me Chiaverini versés à M. B en 2012, pour un montant total de 67 000 euros, constituent une partie de la somme de 96 000 euros que M. B a avoué avoir perçue en espèces et non déclarée en 2012 et 2013 et qu'il considère comme des commissions ;

- l'assiette des revenus d'origine indéterminée de l'année 2012 doit être réduite de la somme de 79 541,53 euros qui correspond à des remboursements de frais non imposables ;

En ce qui concerne l'année 2013 :

- une somme de 29 000 euros en espèces doit être ajoutée aux 67 000 euros versés par chèque par Me Chiaverini en 2012 ; elle constitue la totalité des 96 000 euros de commissions que M. B a avoué avoir perçue et non déclarée en 2012 et 2013 dans le cadre de sa relation professionnelle ;

- l'assiette des revenus d'origine indéterminée doit être réduite de la somme de 109 158,53 euros correspondant à des remboursements de frais devant être considérée comme des revenus non imposables ;

En ce qui concerne l'année 2014 :

- l'assiette des revenus d'origine indéterminée doit être réduite d'un montant de 108 145,08 euros correspondant à des remboursements de frais devant être considérée comme des revenus non imposables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre de l'impôt sur le revenu au titre des années 2012 à 2014 et ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales. Leurs revenus d'origine indéterminée ont été imposés selon la procédure de taxation d'office, en application des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales. Par une réclamation contentieuse du 27 mai 2019, rejetée le 19 février 2021, M. et Mme B ont sollicité la décharge des impositions supplémentaires auxquelles ils ont été assujettis. Ils demandent au tribunal la décharge de ces impositions, au titre des années 2012, 2013 et 2014, en droits et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux contribuables régulièrement taxés d'office sur le fondement des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales d'établir que les sommes imposées en tant que revenus d'origine indéterminée, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie déterminée de revenus.

4. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B, qui ont été taxés d'office pour ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée, contestent uniquement ces revenus. Ainsi, la charge de la preuve que ces sommes ne constituent pas des revenus imposables ou se rattachent à une autre catégorie de revenus déterminée leur incombe.

En ce qui concerne l'imposition de la somme de 163 000 euros :

5. Aux termes de l'article 1649 quater A du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " Les transferts des sommes, titres ou valeurs réalisés par des personnes physiques vers un Etat membre de l'Union européenne ou en provenance d'un Etat membre de l'Union européenne sont effectués conformément à l'article L. 152-1 du code monétaire et financier. / Les sommes, titres ou valeurs transférés vers l'étranger ou en provenance de l'étranger constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables lorsque le contribuable n'a pas rempli les obligations prévues à l'article L. 152-1 du code monétaire et financier et au règlement (CE) n° 1889/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 26 octobre 2005, relatif aux contrôles de l'argent liquide entrant ou sortant de la Communauté ". Il résulte de ces dispositions que les sommes qui font l'objet d'un transfert en provenance de l'étranger en méconnaissance de l'obligation déclarative prévue par cet article sont présumées constituer des revenus imposables. Pour faire échec à cette présomption, il appartient au contribuable d'apporter la preuve que les sommes transférées n'entrent pas dans le champ d'application de l'impôt ou sont exonérées ou qu'elles constituent des revenus qui ont déjà été soumis à l'impôt.

6. Les requérants soutiennent que seules les sommes de 67 000 euros pour 2012 et 29 000 euros pour 2013 doivent être imposées au motif que l'administration les a imposées deux fois. Ils allèguent que la somme de 48 000 euros aurait été comptabilisée tant dans des revenus perçus par chèques que dans ceux perçus en espèces. Il résulte de l'instruction que l'administration a imposé la somme de 67 000 euros au titre de l'année 2012 dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée et que cette somme provient de l'encaissement de quatre chèques, pour des montants de 25 000 euros, 15 000 euros, 7 000 euros et 20 000 euros. Lors des opérations de contrôle, le requérant n'a pas produit de justification sur l'origine de ces sommes. Au cours de son audition en garde à vue le 6 octobre 2015, il a indiqué qu'elles provenaient d'un prêt accordé par Me Chiaverini, mais sans l'établir. M. B soutient également que les sommes en litige sont liées à sa relation d'affaires avec M. C alors qu'il était amené à prendre en charge les dépenses pour la famille de son employeur lors de leurs séjours sur la Côte-d'Azur. Il soutient enfin que sa signature aurait été utilisée frauduleusement et apposée sur des chèques par d'autres personnes et qu'une procédure pour ces faits serait pendante. Toutefois, il n'établit aucun des éléments dont il se prévaut alors que la charge de la preuve lui incombe. L'administration, en se référant aux procès-verbaux d'audition de M. B et aux scellés contenus dans la procédure d'instruction dont il était l'un des mis en cause, rappelle, sans être contredite sur ce point, que ces chèques ont été remis par Me Chiaverini à M. B pour qu'il fasse l'acquisition d'appartements à Deauville en tant que prête-nom. De même, les 48 000 euros perçus en espèces en 2012 ont fait l'objet d'une reconnaissance circonstanciée lors des auditions de M. B en garde à vue. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé les aveux de M. B et les scellés de la procédure comme établissant l'existence des transferts de fonds depuis l'étranger sans déclaration, à hauteur de 48 000 euros en 2012 et 2013. La double imposition invoquée n'est pas établie par les documents produits. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les remboursements de frais :

7. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () / Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés () ". Aux termes de l'article L. 69 du même livre : " () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ".

8. En application des dispositions précitées, l'administration a adressé aux époux B, les 14 septembre 2015 et 22 février 2016, des demandes d'éclaircissements ou de justifications de leurs revenus au titre des années 2012, 2013 et 2014. Ils ont partiellement répondu à ces demandes. Après une mise en demeure, datée du 12 mai 2016, leur réponse a été jugée insuffisante. Il est constant que malgré la demande du service de fournir pour chaque opération des justificatifs, M. et Mme B ont indiqué qu'ils n'avaient pas conservé les documents. Ils ont ainsi été régulièrement imposés d'office sur les sommes demeurées inexpliquées dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

9. Il résulte de l'instruction que l'administration a imposé, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, les sommes de 141 806 euros en 2012, 147 450 euros en 2013 et 215 891 euros en 2014, en plus des 48 000 euros annuels que M B a reconnu avoir perçues en espèces dans le cadre d'une relation d'affaires, lors de sa garde à vue. Les requérants contestent la qualification de revenus d'origine indéterminée concernant ces sommes et soutiennent qu'elles correspondent à des remboursements de frais engagés par M.B pour le compte de M .C et pour le compte des SCI Champagne et Les Barons. M. et Mme B fournissent à l'appui de cette allégation une attestation de l'employeur de M. B, délivrée le 20 février 2017, qui comporte une liste de dépenses qui auraient été effectuées par M. B et remboursées par l'employeur pour un montant global de 250 855 euros. Ce seul document, dépourvu de tout autre justificatif, ne permet pas d'attester de la réalité des sommes engagées et de l'origine des avances alléguées et remboursées. Les biens et les services mentionnés dans cette liste ne sont appuyés par aucune facture ou justificatif de paiement. De même, les extraits des grands livres fournisseurs des deux Sci que produit M. B ne permettent pas davantage d'attester ni de la réalité ni de l'origine des avances alléguées et remboursées à titre de remboursements de frais. Au surplus, l'employeur indique lui-même ne pas être en mesure de fournir de justificatifs probants, comme les époux B, malgré les demandes de l'administration fiscale. Dans ces conditions, M. et Mme B ne peuvent être regardés comme apportant la preuve, qui leur incombe, de l'existence de revenus non imposables. C'est à bon droit que l'administration fiscale a retenu que ces sommes étaient des revenus d'origine indéterminée et qu'elle les a réintégrées dans les revenus imposables des requérants.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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