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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102193

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102193

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102193
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantBROGINI & GRECH AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2021 et 19 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Grech, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mai 2020 par laquelle la sous-direction des pensions a rejeté sa demande d'aggravation, ainsi que la décision du 17 février 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire ;

2°) d'enjoindre à la sous-direction des pensions de lui allouer 10 points de pension supplémentaires avec effet rétroactif au jour de la demande initiale, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement ;

3°) d'enjoindre à la sous-direction des pensions de lui allouer l'allocation spécifique tierce personne avec effet rétroactif au jour de la demande présentée, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 17 février 2021 est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée de deux erreurs manifestes d'appréciation, l'une sur la mauvaise interprétation d'une infirmité jugée nouvelle, et l'autre sur la demande d'attribution d'allocation pour tierce personne ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le ministère des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024 :

- le rapport de M. Bonhomme, président ;

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public ;

- et les observations de Me Grech, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a effectué son service national à partir du 1er mars 1963, puis a été radié des contrôles le 17 juin 1964. Par un arrêté du 26 décembre 2006, l'intéressé a été bénéficiaire d'une pension militaire d'invalidité définitive au taux global de 40%, à compter du 22 mars 2002, pour des séquelles de rupture de l'urètre postérieur. Par une demande enregistrée le 9 novembre 2017, M. C a demandé la révision de sa pension militaire pour aggravation de ses séquelles. Par une décision du 18 mai 2020, le ministère des armées a rejeté sa demande. Par un courrier du 2 octobre 2020, l'intéressé a contesté cette décision auprès de la commission de recours de l'invalidité. Le 17 février 2021, cette instance a rejeté son recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 711-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Tout recours contentieux formé à l'encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du présent code est précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire examiné par la commission de recours de l'invalidité, placée conjointement auprès du ministre de la défense et du ministre chargé du budget ()() ".

3. L'institution par cette disposition d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement le positionnement de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale, et elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

4. Il résulte de l'instruction que, le 17 février 2021, la commission de recours de l'invalidité a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par M. C le 2 octobre 2020. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre la décision du 18 mai 2020 doivent nécessairement être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de rejet précitée du 17 février 2021.

Sur les conclusions relatives à l'infirmité " lésion lombodiscarthrose étagée prononcée à l'étage L4-L5 avec condensation dégénérative des massifs articulaires postérieurs " :

5. En l'espèce, M. C soutient que c'est à tort que la commission de recours de l'invalidité considère que son infirmité " lésion lombodiscarthrose étagée prononcée à l'étage L4-L5 avec condensation dégénérative des massifs articulaires postérieurs " a été soulevée pour la première fois dans son recours administratif préalable obligatoire du 2 octobre 2020, dès lors que les différentes examens médicaux, antérieurs à ce recours, ont mis en avant cette infirmité. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'au titre de la demande de révision du 9 novembre 2017, M. C présente une aggravation d'une infirmité déjà pensionnée, ainsi qu'une infirmité nouvelle qualifiée de " douleur épididymes droit chroniques ", sans mentionner l'infirmité " lésion lombodiscarthrose étagée prononcée à l'étage L4-L5 avec condensation dégénérative des massifs articulaires postérieurs " qui apparaît pour la première fois dans de tels termes lors du recours administratif préalable obligatoire du 2 octobre 2020. En l'absence de demande préalable et donc de décision de rejet concernant cette infirmité, les conclusions de M. C tendant à la contestation de la décision de refus de révision en ce qui la concerne sont irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; / 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service.". Aux termes de l'article L. 125-1 du même code : " Le taux d'invalidité reconnu à chaque infirmité examinée couvre l'ensemble des troubles fonctionnels et l'atteinte à l'état général ". L'article L. 151-6 du même code dispose que : " La décision comportant attribution de pension est motivée. Elle fait ressortir les faits et documents ou les raisons d'ordre médical établissant que l'infirmité provient de l'une des causes mentionnées à l'article L. 121-1 ou, lorsque la pension est attribuée par présomption, le droit de l'intéressé à cette présomption. / Elle est accompagnée en outre, d'une évaluation de l'invalidité qui doit être motivée par des raisons médicales et comporter le diagnostic de l'infirmité et sa description complète, faisant ressortir la gêne fonctionnelle et, s'il y a lieu, l'atteinte à l'état général qui justifie le pourcentage attribué ". Aux termes de l'article L. 154-1 de ce code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif ".

7. En l'espèce, M. C soutient que son infirmité " séquelles de l'urètre postérieur " s'est aggravée. Il indique avoir des douleurs antérieures à son opération et avoir souffert de nombreuses infections urinaires et problèmes d'érections exclusivement imputables à son accident. L'intéressé soutient que la décision de rejet de la commission de recours de l'invalidité est insuffisamment motivée, en se basant exclusivement sur les conclusions du médecin conseil expert sans prendre en compte les expertises qu'il a produites. Toutefois, il résulte de l'instruction que le médecin conseil expert chargé des pensions militaires d'invalidité, dans son avis du 28 avril 2020, a constaté que l'infirmité pensionnée était stationnaire et justifiait un taux d'invalidité à 40%. La précédente expertise, en date du 6 septembre 2000, avait conclu à un taux d'invalidité de 35%, soit 5% inférieur au dernier taux d'invalidité évalué. Si le requérant soutient que son infirmité s'est aggravée, il ne justifie pas que l'ensemble de son infirmité est supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur au sens des dispositions citées au point précédent. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 133-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les invalides que leurs infirmités rendent incapables de se mouvoir, de se conduire ou d'accomplir les actes essentiels de la vie et qui, vivant chez eux, sont obligés de recourir d'une manière constante aux soins d'une tierce personne, ont droit, à titre d'allocation spéciale, à une majoration égale au quart de la pension lorsque les infirmités pensionnées sont la cause directe et déterminante du besoin d'assistance. / Cette majoration est portée au montant de la pension pour les invalides atteints d'infirmités multiples dont deux au moins leur auraient assuré, chacune prise isolément, le bénéfice de l'allocation mentionnée au premier alinéa. / Dans le cas où ils sont hospitalisés, la majoration cesse d'être servie pendant la durée de l'hospitalisation ".

9. En l'espèce, M. C soutient que le questionnaire qu'il a rempli ne permet pas de refléter la réalité de sa situation, en ce qu'il ne permet pas de décrire l'effectivité des souffrances ressenties quotidiennement, qui pourraient justifier le bénéfice de l'allocation spécifique de tierce personne, et que la commission de recours de l'invalidité a commis une erreur manifeste d'appréciation en fondant sa décision de rejet sur ces éléments imprécis. Toutefois, il résulte de l'instruction que le médecin-expert a constaté, dans son rapport du 23 décembre 2019, que M. C accomplissait tous les gestes de la vie quotidienne, dont les courses, le repas et le ménage. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ces constatations. Dès lors, en refusant la demande d'allocation spécifique pour tierce personne au motif que le requérant pouvait accomplir les actes essentiels de la vie courante, la commission de recours de l'invalidité n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

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