mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102194 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CONCAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, la société Castelli Groupe, représentée par Me Concas, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 596,35 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'illégalité de la décision du 4 avril 2017 par laquelle le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur lui a ordonné de détruire des végétaux présents dans un rayon de cent mètres autour d'un foyer de bactérie Xylella fastidiosa qui a été annulée par un jugement du 6 novembre 2019 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration ;
- il a dû être procédé au remplacement des végétaux arrachés suite à cette décision et ce remplacement a coûté la somme de 40 596,35 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2024, le préfet de la région Provence, Alpes-Côte d'Azur, préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les demandes formées par la requérante ne sont pas fondées.
Par ordonnance du 27 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2000/29/CE du Conseil du 8 mai 2000 concernant les mesures de protection contre l'introduction dans la Communauté d'organismes nuisibles aux végétaux et contre leur propagation à l'intérieur de la Communauté, modifiée par la directive n° 2002/89 du 28 novembre 2002 ;
- la décision d'exécution (UE) 2015/789 de la Commission du 18 mai 2015 relative à des mesures visant à éviter l'introduction et la propagation dans l'Union de Xylella fastidiosa (Wells et al.), modifiée ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du ministre de l'agriculture du 23 décembre 2015 relatif aux mesures visant à éviter l'introduction et la propagation dans l'Union de Xylella Fastidiosa ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Sorin, rapporteur,
- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,
- et les observations de Gratpanche substituant Me Concas, représentant la société Castelli Group.
Considérant ce qui suit :
1. Après un signalement de polygale dépérissant sur la propriété de la société par actions simplifiée (SAS) Castelli Groupe, située 448 boulevard du Mercantour à Nice, des prélèvements ont été réalisés le 3 mars 2016 par la direction régionale de l'alimentation et de l'agriculture de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, lesquels ont confirmé la présence de la bactérie Xyllela fastidiosa. Par courrier du 7 juin 2016, la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) a informé la société Castelli Groupe des résultats des analyses et l'a avisée des mesures envisagées pour éradiquer le foyer de bactérie. La DRAAF a fait de nouveaux contrôles et, par un courrier du 18 août 2016, elle a informé la société Castelli Groupe de la découverte d'autres végétaux infectés par la bactérie sur sa propriété ainsi que des mesures à réaliser consistant en l'arrachage des espèces concernées et leur destruction dans un délai de quinze jours suivant la notification du courrier. Par courrier du 27 février 2017, la société Castelli Groupe a déposé une demande de dérogation aux mesures d'arrachage envisagées. Par courrier du 4 avril 2017, la DRAAF a rejeté la demande de dérogation de la société Castelli Groupe et ordonné la destruction des végétaux contaminés aux soins de la société requérante au plus tard le 5 mai 2017. La société Castelli Groupe a formé un recours contre cette décision et, par jugement n° 1702059 du 6 novembre 2019, le tribunal administratif de Nice a annulé cette décision. Par un courrier du 23 décembre 2020, la société Castelli Groupe a demandé au préfet de la région Provence-Alpes, Côte d'Azur, préfet des Bouches-du-Rhône, de lui verser la somme de 40 496,35 euros correspondant à la somme versée pour le remplacement des végétaux arrachés et qu'elle estime en lien avec l'illégalité de la décision du 4 avril 2017. En l'absence de réponse de la part du préfet, cette demande a été implicitement rejetée. La société Castelli Groupe demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 496,35 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 4 avril 2017.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Le droit de l'Union européenne a, par la directive n° 2000/29/CE modifiée du Conseil du 8 mai 2000, prévu des mesures de protection contre l'introduction et la propagation dans et à l'intérieur de l'Union d'organismes nuisibles aux végétaux et aux produits végétaux. Sur le fondement de cette directive, la Commission a fixé, par la décision (UE) 2015/789 du 18 mai 2015 modifiée par la décision 2015/2417 du 17 décembre 2015 puis par la décision 2017/2352 du 14 décembre 2017, des mesures visant à éviter l'introduction et la propagation dans l'Union de Xyllela fastidiosa, en raison du risque phytosanitaire constitué par cette bactérie pour le territoire de l'Union. L'article 4 de cette décision d'exécution modifiée précise : " 1. Lorsque l'organisme spécifié est identifié, l'État membre concerné délimite sans délai une zone conformément au paragraphe 2 (ci-après la "zone délimitée") () / 2. La zone délimitée se compose d'une zone infectée et d'une zone tampon. / La zone infectée englobe tous les végétaux dont l'infection par l'organisme spécifié est connue, tous les végétaux présentant des symptômes d'une éventuelle infection par ledit organisme et tous les autres végétaux susceptibles d'être infectés par cet organisme en raison de leur proximité immédiate avec des végétaux infectés ou, si elle est connue, d'une source de production qu'ils ont en commun avec des végétaux infectés ou des végétaux qui en sont issus () / 4. Les États membres tiennent et mettent à jour une liste des zones délimitées établies sur leur territoire respectif et publient cette liste ainsi que toute mise à jour. Ils communiquent leur liste ainsi que toute mise à jour à la Commission, conformément à la décision d'exécution 2014/917/UE de la Commission (*) / Sur la base de ces notifications, la Commission met à jour et publie sa liste des zones délimitées. / 5. Si, en fonction des résultats des enquêtes visées à l'article 3 et de la surveillance visée à l'article 6, paragraphe 7, la présence de l'organisme spécifié n'est pas détectée dans une zone délimitée pendant cinq ans, cette délimitation peut être levée. Dans ce cas, l'État membre concerné en informe la Commission et les autres États membres () ". Aux termes de l'article 6 de cette décision : " 1. L'État membre ayant établi la zone délimitée visée à l'article 4 prend dans cette zone les mesures énoncées aux paragraphes 2 à 11. / 2. L'État membre concerné procède, dans un rayon de 100 mètres autour des végétaux qui ont fait l'objet d'analyses ayant révélé une infection par l'organisme spécifié, à l'enlèvement immédiat : / a) des végétaux hôtes, quel que soit leur statut sanitaire ; / b) des végétaux dont l'infection par l'organisme spécifié est connue ; / c) des végétaux qui présentent des symptômes d'une éventuelle infection par ledit organisme ou qui sont soupçonnés d'être infectés par ledit organisme. () / 3. L'État membre concerné procède au prélèvement d'échantillons et à des analyses sur les végétaux spécifiés dans un rayon de 100 mètres autour de chacun des végétaux infectés, conformément à la norme internationale pour les mesures phytosanitaires (NIMP) no 31 (6). / 4. Avant l'enlèvement de végétaux visés au paragraphe 2, l'État membre concerné applique les traitements phytosanitaires appropriés contre les vecteurs de l'organisme spécifié aux végétaux susceptibles d'héberger ces vecteurs. Ces traitements peuvent inclure, s'il y a lieu, l'enlèvement de végétaux. / 5. L'État membre concerné détruit, sur place ou à un endroit proche désigné à cet effet dans la zone infectée, les végétaux et les parties de végétaux visés au paragraphe 2, de manière à éviter la propagation de l'organisme spécifié. () / 7. L'État membre concerné surveille la situation relative à la présence de l'organisme spécifié en menant des enquêtes annuelles à des moments opportuns. Il procède à des inspections visuelles des végétaux spécifiés et réalise des prélèvements d'échantillons et des analyses sur des végétaux symptomatiques, ainsi que sur des végétaux asymptomatiques se trouvant à proximité de ceux-ci. () ".
3. En droit interne, le législateur et le pouvoir réglementaire ont fixé des mesures en vue de lutter contre les dangers sanitaires présentés par des organismes nuisibles tels que la bactérie Xyllela fastidiosa, laquelle a été classée en danger sanitaire de première catégorie pour les espèces végétales par l'arrêté du 15 décembre 2014. Ainsi, aux termes de l'article L. 201-1 du code rural et de la pêche maritime : " Pour l'application du présent livre, sous réserve de dispositions particulières, on entend par dangers sanitaires les dangers qui sont de nature à porter atteinte à la santé des animaux et des végétaux ou à la sécurité sanitaire des aliments et les maladies d'origine animale ou végétale qui sont transmissibles à l'homme. / Les dangers sanitaires sont classés selon les trois catégories suivantes : / 1° Les dangers sanitaires de première catégorie sont ceux qui étant de nature, par leur nouveauté, leur apparition ou persistance, à porter une atteinte grave à la santé publique ou à la santé des végétaux et des animaux à l'état sauvage ou domestique ou à mettre gravement en cause, par voie directe ou par les perturbations des échanges commerciaux qu'ils provoquent, les capacités de production d'une filière animale ou végétale, requièrent, dans un but d'intérêt général, des mesures de prévention, de surveillance ou de lutte rendues obligatoires par l'autorité administrative ; () / La liste des dangers sanitaires des première et deuxième catégories est établie dans des conditions prévues par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 251-3 de ce code : " Sont considérés comme des organismes nuisibles tous les ennemis des végétaux ou des produits végétaux, qu'ils appartiennent au règne animal ou végétal ou se présentent sous forme de virus, mycoplasmes ou autres agents pathogènes. / L'autorité administrative dresse la liste des organismes nuisibles qui sont des dangers sanitaires de première catégorie et de deuxième catégorie définis à l'article L. 201-1 ". Aux termes de l'article L. 201-4 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité administrative prend toutes mesures de prévention, de surveillance ou de lutte relatives aux dangers sanitaires de première catégorie. Elle peut prendre de telles mesures pour les dangers de deuxième catégorie. / A ce titre, elle peut, notamment : / 1° Imposer à certains propriétaires ou détenteurs d'animaux, de denrées d'origine animale ou d'aliments pour animaux, ainsi qu'à certains propriétaires ou détenteurs de végétaux, des mesures particulières de contrôle adaptées à ces dangers ; () ". Enfin, l'arrêté ministériel du 23 décembre 2015 modifié relatif aux mesures visant à éviter l'introduction et la propagation dans l'Union de Xyllela fastidiosa, rend immédiatement applicable la décision d'exécution précitée de la Commission.
4. Si à la date de la décision attaquée, aucun périmètre de zone infectée ne figurait sur la page Internet de la DRAAF à laquelle renvoie l'arrêté du 5 février 2016 relatif à la lutte contre Xyllela fastidiosa, pour le département des Alpes-Maritimes, cette bactérie avait été identifiée comme un organisme nuisible et classée comme un danger sanitaire de première catégorie par un arrêté du 15 décembre 2014. En outre, le droit de l'Union européenne alors en vigueur ainsi que les dispositions précitées édictées en droit interne, avaient prescrit des mesures de prévention consistant en la destruction des organismes infectés ainsi que des végétaux hôtes dans un rayon de 100 mètres autour de la plante infectée. Il résulte, en outre, de l'instruction que sur la propriété appartenant à la société Castelli Groupe, il a été identifié un foyer de bactérie Xyllela fastidiosa pour lequel la DRAAF a demandé la destruction de ce foyer ainsi que des organismes hôtes dans un rayon de 100 mètres. En outre, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les végétaux dont la destruction a été demandée ne constituaient pas des hôtes dès lors qu'à la date de la décision attaquée, les végétaux en question, à savoir le Romarin, les lavandes ainsi que les plants de polygala, étaient classés par la commission européenne comme des végétaux hôtes de la bactérie litigieuse. Par ailleurs, la DRAAF soutient, sans être contredite, qu'elle n'a pas demandé la destruction des pieds d'euryops. Dans ces conditions, eu égard à la dangerosité de la bactérie Xyllela fastidiosa et aux mesures préconisées pour éviter sa propagation, les plants de la société requérante devaient faire l'objet d'une destruction et leur arrachage n'est donc pas lié à l'illégalité de la décision du 4 avril 2017 annulée pour défaut de base légale. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le remplacement des végétaux arrachés est en lien avec l'illégalité de la décision du 4 avril 2017. Il s'ensuit que la demande de condamnation de la société Castelli Groupe ne peut être accueillie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par la société Castelli Groupe doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Castelli Groupe est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Castelli Group et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera transmise au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Emmanuelli, président,
Mme Sorin, première conseillère,
M. Loustalot-Jaubert, conseiller,
assistés de Mme Katarynezuk, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
G. SORIN
Le président,
Signé
O. EMMANUELLILa greffière,
Signé
N. KATARYNEZUK
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026