jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102262 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | WALLERAND |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021 sous le numéro 2102262, et un mémoire enregistré le 3 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Wallerand, demande au tribunal :
- de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;
- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de l'administration fiscale méconnaît les dispositions de l'article 168 du Code général des impôts ;
- elle justifie de l'existence, de la nature et de l'origine des ressources ayant permis le financement de l'acquisition de sa voiture ;
- elle justifie l'existence, la nature et l'origine des ressources ayant permis le financement de l'acquisition de sa résidence située à Cannes.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 octobre 2021 et 7 décembre 2021, l'administratrice générale de la direction de contrôle fiscal Sud-est Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés de la requête n'est fondé.
II. Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2021 sous le numéro 2106256, Mme B, représentée par Me Wallerand demande au tribunal :
- de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels elle reste assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;
- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de l'administration fiscale méconnaît les dispositions de l'article 168 du code général des impôts ;
- elle justifie l'existence, la nature et l'origine des ressources ayant permis le financement de l'acquisition de sa résidence située à Cannes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, l'administratrice générale de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer conclut au non-lieu partiel à statuer sur la requête et au rejet du surplus de la requête.
Elle soutient que :
- elle a prononcé, le 20 avril 2021, le dégrèvement d'une somme de 110 785 euros au titre des deux années d'imposition 2016 et 2017, la requérante ayant apporté la preuve du financement de l'acquisition de son véhicule au sens de l'article 168 du code général des impôts ;
- la requérante n'apporte pas la preuve du financement de l'acquisition de la maison située à Cannes au sens de l'article 168 du code général des impôts.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zettor,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Wallerand, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a fait l'objet d'un contrôle sur pièce au titre de l'impôt sur le revenu des années 2016 et 2017. A l'issue de cette opération, l'administration fiscale l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017, selon la procédure de rectification contradictoire. Après avoir formé une réclamation contentieuse qui a été rejetée par l'administration fiscale, Mme B demande au tribunal, par la présente requête, la décharge des cotisations supplémentaires ainsi mises à sa charge.
Sur la jonction :
2. Les requêtes, enregistrées sous les nos 2102262 et 2106256, formées par la même contribuable, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Par une décision du 11 octobre 2021, postérieure à l'introduction de la requête n°2102262, Mme B a obtenu un dégrèvement partiel d'un montant de 110 785 euros au titre de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 suite à l'abandon de l'évaluation de son train de vie à partir de son véhicule Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de décharge à hauteur du montant du dégrèvement accordé le 11 octobre 2021 qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin de décharge :
4. Aux termes de l'article L.63 du livre des procédures fiscales : " 1. Lorsque les agents des impôts constatent une disproportion marquée entre le train de vie d'un contribuable et les revenus qu'il déclare, ils peuvent modifier la base d'imposition dans les conditions prévues aux articles 168 et 1649 quater-0 B ter du code général des impôts. () ". Aux termes de l'article 168 du code général des impôts : " " 1. En cas de disproportion marquée entre le train de vie d'un contribuable et ses revenus, la base d'imposition à l'impôt sur le revenu est portée à une somme forfaitaire déterminée en appliquant à certains éléments de ce train de vie le barème ci-après () / Les éléments dont il est fait état pour la détermination de la base d'imposition sont ceux dont ont disposé, pendant l'année de l'imposition, les membres du foyer fiscal () / 2 bis. La disproportion marquée entre le train de vie d'un contribuable et ses revenus est établie lorsque la somme forfaitaire qui résulte de l'application du barème et de la majoration prévus au 1 et 2 excède d'au moins un tiers, pour l'année de l'imposition, le montant du revenu net global déclaré y compris les revenus exonérés ou taxés selon un taux proportionnel ou libérés de l'impôt par l'application d'un prélèvement. / 3. Le contribuable peut apporter la preuve que ses revenus ou l'utilisation de son capital ou les emprunts qu'il a contractés lui ont permis d'assurer son train de vie ".
5. Les dispositions précitées de l'article 168 du code général des impôts, interprétées au regard de la réserve d'interprétation dont la décision du Conseil constitutionnel n° 2010-88 QPC du 21 janvier 2011 a assorti la déclaration de conformité à la Constitution des dispositions du 3 de cet article, établissent une présomption simple de perception par le contribuable des revenus forfaitairement évalués au regard des éléments de train de vie dont il dispose sur la base du barème prévu par ces dispositions. Il peut renverser cette présomption en justifiant que le financement des éléments de train de vie pris en compte pour l'application de ces dispositions n'impliquait pas la perception des revenus définis forfaitairement correspondant à ces éléments. Le contribuable dont les bases d'imposition à l'impôt sur le revenu ont été évaluées forfaitairement d'après certains éléments de son train de vie peut, s'il entend contester ces bases, apporter la preuve, prévue par les dispositions du 3 de l'article 168 du code général des impôts, de la manière dont, au cours de chaque année d'imposition concernée, il a pu financer, en tout ou partie, le train de vie correspondant à cette évaluation. Pour apporter une telle preuve, qui porte nécessairement sur les ressources dont le contribuable a disposé et qu'il a effectivement utilisées pour assurer son train de vie au cours des années d'imposition litigieuses, il doit justifier non seulement de l'existence des ressources qu'il invoque mais aussi de leur nature et de leur origine.
6. Il résulte de l'instruction que Mme B a déclaré à l'impôt sur le revenu, au titre de l'année 2016 une somme de 28 euros et au titre de l'année 2017, une somme de 72 euros. L'administration fiscale a constaté qu'elle ne disposait pas de revenus déclarés suffisants pour financer l'acquisition et les charges locatives courantes de la résidence qu'elle occupe, d'une valeur cadastrale de 26 140 euros en 2016 et 26 453 euros en 2017. La disproportion marquée entre le train de vie de la contribuable et ses revenus a conduit l'administration fiscale, sur une base forfaitaire, en application des dispositions précitées de l'article 168 du code général des impôts, à réévaluer les montants des revenus dont elle est réputée disposer pour pouvoir occuper ce bien, en les fixant respectivement à 130 190 euros pour 2016 et à 130 700 euros pour 2017.
7. Il résulte de l'instruction que Mme B est logée à titre précaire dans un bien situé à Cannes dont ses parents supportent l'intégralité des charges, conformément aux dispositions du procès-verbal d'assemblée générale de la Sci Bianca, daté du 5 octobre 2005. Elle fournit les éléments justifiant que sa mère a financé la totalité de l'acquisition du bien, soit le prix de vente, les droits de mutation à titre onéreux, ainsi que les émolument et frais de constitution et d'immatriculation de la SCI Bianca. Elle produit également les copies des mouvements bancaires justifiant du virement depuis le compte de sa mère de la somme de 83 000 euros, le 8 août 2005, correspondant à l'indemnité d'immobilisation versée à la signature du compromis de vente. Elle justifie également du virement, en date du 23 septembre 2005, de la somme de 802 000 euros, depuis le compte de sa mère, au notaire correspondant au solde du prix de vente et aux frais. Un courrier du notaire récapitulant l'ensemble de ces versements, daté du 9 septembre 2005, confirme les faits. Ainsi, la requérante justifie qu'elle n'a pas financé le bien immobilier qui est mis à sa disposition. Dans ces conditions, Mme B justifie du financement de son train de vie aux cours de années en litige.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à obtenir la décharge des suppléments de cotisations d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DE C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu correspondant à l'acquisition du véhicule de la requérante, à hauteur de la somme de 110 785 euros au titre des années 2016 et 2017.
Article 2 : Mme B est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'administratrice générale de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer à Marseille.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
2 et 2106256
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026