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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102783

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102783

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102783
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 mai 2021 et le 2 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Piccerelle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Vallauris, la SMACL, son assureur, la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis et la société Axa France Iard, son assureur, à lui verser la somme de 81 997,11 euros en réparation des préjudices subis en raison des désordres résultant des inondations affectant son bien immobilier ;

2°) d'enjoindre à la commune de Vallauris et à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de réaliser les travaux préconisés par l'expert pour remédier au sous-dimensionnement des réseaux publics d'évacuation des eaux pluviales dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge la commune de Vallauris et de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner aux entiers dépens.

Il soutient que :

- sa propriété subit des désordres lors des épisodes pluvieux ; sa parcelle est inondée par le vallon qui longe sa propriété au sud ; des eaux pluviales venant du lotissement du Val d'Or s'accumulent sur la voie publique devant le portail d'entrée de sa propriété et inondent sa propriété ;

- les désordres trouvant leur origine dans le sous dimensionnement des réseaux publics d'évacuation des eaux pluviales, il est fondé à rechercher la responsabilité de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis et de la commune de Vallauris ;

- il subit un dommage permanent du fait des inondations récurrentes ;

- il n'a commis aucune faute de nature à exonérer partiellement la commune de Vallauris et la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de leur responsabilité ;

- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et qui se décomposent comme suit :

* préjudice moral : 50 000 euros ;

* préjudice financier : 30 000 euros ;

* préjudice matériel : 1 997,11 euros ;

- il est fondé à demander à ce qu'il soit enjoint à la commune de Vallauris et à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de procéder aux travaux préconisés par l'expert et consistant en l'aménagement d'un système d'évacuation et de traitement des eaux pluviales efficient.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, la commune de Vallauris et son assureur, la SMACL Assurance, représentés par Me Pontier, concluent :

1°) à titre principal, à ce qu'elle soit mise hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que les demandes indemnitaires soient ramenées à de plus justes proportions ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Vallauris et la SMACL font valoir que :

- la responsabilité de la commune ne peut être engagée dès lors qu'elle n'est pas gestionnaire de l'ouvrage à l'origine des dommages ; la compétence " eaux " a été transférée à la communauté d'agglomération de Sophia Antipolis ; l'ouvrage en cause est une partie commune d'un lotissement ;

- elle n'a commis aucune faute ; l'action en responsabilité sur le fondement de la faute est prescrite ; les permis de construire ont été accordés dans les années 1970/1980 et les désordres sont connus depuis les années 1980 ;

- les aménagements réalisés par le requérant sur sa propriété ont contribué à aggraver le dommage (portail affleurant, garage construit sans autorisation en zone PPR rouge, construction d'un mur étanche sans autorisation en bordure du vallon, absence d'entretien du vallon qui incombe à M. B) ;

- les préjudices que le requérant prétend subir ne sont pas justifiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis et son assureur, la SA Axa France IARD, représentés par Me Vanzo, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis et la société Axa France IARD font valoir que :

- le requérant est seul responsable des désordres et des préjudices affectant sa propriété ;

- le sous dimensionnement du réseau public pluvial n'est pas à l'origine des désordres ;

- la solution préconisée par l'expert n'est pas adaptée ; la solution appropriée consiste en la remise en état initial de la propriété afin de permettre les ruissellements d'eau.

Par ordonnance du 21 décembre 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 11 janvier 2024 à 12 heures.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été demandées le 14 mars 2023 et ont été communiquées le 23 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juin 2024 :

- le rapport de Mme Chaumont, première conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Piccerelle, représentant M. B, et de Me Vanzo, représentant la communauté d'agglomération de Sophia Antipolis et Axa France IARD et de Me Abouelhaja représentant la commune de Vallauris et la SMACL Assurance.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'une maison d'habitation située 28 avenue des Mimosas à Vallauris (06220), composée de sa résidence principale et d'appartements en location. A la suite des fortes précipitations survenues le 3 octobre 2015, la propriété de M. B a subi des inondations en provenance du réseau communal des eaux pluviales. L'expert, désigné par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif du 6 mai 2020, a remis son rapport le 27 octobre 2020. Par un courrier du 9 avril 2021, M. B a demandé à la commune de Vallauris et à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis et qu'il impute au défaut de dimensionnement du réseau de collecte des eaux pluviales communales. Sa demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la commune de Vallauris et la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis à lui verser la somme de 81 997,11 euros à titre de réparation des dommages causés par le ruissellement des eaux pluviales et de leur enjoindre de réaliser les travaux préconisés par l'expert.

Sur la mise hors de cause de la commune de Vallauris :

2. Aux termes de l'article L. 5211-5 du code général des collectivités territoriales : " () III. () L'établissement public de coopération intercommunale est substitué de plein droit, à la date du transfert des compétences, aux communes qui le créent dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes () ". Aux termes de l'article L. 5216-5 du même code : " I.- La communauté d'agglomération exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences suivantes : () / 5° Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, dans les conditions prévues à l'article L. 211-7 du code de l'environnement ; () / 9° Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8 ; / 10° Gestion des eaux pluviales urbaines, au sens de l'article L. 2226-1. / () ". Il résulte de ces dispositions que la création d'un établissement public de coopération intercommunale entraîne de plein droit le transfert par les communes membres de leurs compétences en matière notamment de prévention des inondations, d'assainissement des eaux usées et de gestion des eaux pluviales urbaines, ce transfert impliquant la substitution de l'établissement public de coopération intercommunale dans les droits et obligations auparavant exercés par ses membres, y compris lorsque ces obligations trouvent leur origine dans un événement antérieur au transfert.

3. Il résulte de l'instruction qu'à compter du 1er janvier 2018, la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis s'est dotée de la compétence de gestion des eaux pluviales, ce qui a entrainé de plein droit la substitution de cette dernière à ses communes membres dans les droits et obligations qui résultaient antérieurement pour ces communes de leurs compétences en cette matière. Les obligations éventuelles de la commune de Vallauris en conséquence des désordres subis par M. B sur sa propriété à lui suite des intempéries du 3 octobre 2015 ont, de ce fait, été transférées à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis. Par suite, la commune de Vallauris doit être mise hors de cause.

Sur la responsabilité sans faute de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis :

4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut se dégager de sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel. Cette responsabilité ne saurait toutefois être engagée qu'à la condition que soit établi un lien de causalité entre les dommages dont réparation est demandée et l'exécution de travaux publics ou l'existence ou le fonctionnement d'ouvrages publics.

5. Il résulte du rapport de l'expert désigné par le tribunal que la cause de l'inondation de la propriété de M. B est le sous-dimensionnement du réseau public de collecte d'eaux pluviales et le calibre insuffisant du vallon qui longe la propriété de M. B au sud. Il résulte également de l'instruction que la propriété de M. B est située au point le plus bas du lotissement du Val d'Or et, qu'à chaque épisode pluvieux, elle reçoit les eaux pluviales en provenance des fonds situés en amont de sa propriété. Si la configuration générale ou la topographie des lieux est naturelle et ne résulte pas de travaux publics, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'imperméabilisation du quartier s'est poursuivie à un rythme soutenu et que les surfaces du bassin versant alimentant la canalisation d'évacuation des eaux pluviales située au droit de la propriété de M. B, ont augmenté. A cet égard, il résulte du rapport d'expertise que la zone imperméabilisée représentait, en 1998, 2,69 hectares, contre 3,42 hectares en 2017, que la zone urbanisée est passée de 3,97 hectares en 1998, à 5,05 hectares en 2017 et enfin, que la zone enherbée, qui représentait 1,8 hectares en 1998 est inexistante en 2017. Ainsi, si la propriété de M. B est un fond inférieur assujetti envers ceux qui sont plus élevés à recevoir les eaux qui en découlent, il est constant que la main de l'homme y a contribué. Il en résulte que cette circonstance constitue un dommage permanent de travaux public. La récurrence des inondations ainsi causées par cet ouvrage public et leur concentration au point bas du chemin des Mimosas où est située la propriété du requérant est à l'origine d'un préjudice grave et spécial excédant les sujétions que les riverains d'un ouvrage public doivent normalement supporter.

6. Il résulte de ce qui précède que les dommages invoqués par les requérants trouvent leur cause dans l'existence et le fonctionnement du réseau d'évacuation des eaux pluviales. Par suite, ces dommages sont de nature à engager la responsabilité sans faute de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis.

Sur les causes exonératoires de responsabilité :

7. La communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis fait valoir que le comportement de M. B, par la réalisation d'une canalisation de 400 mm et la construction d'un mur le long du vallon ainsi que par un défaut d''entretien de ses rives, a contribué à la survenue des dommages et que ce comportement fautif est de nature à l'exonérer de sa responsabilité.

8. En premier lieu, s'il est constant que M. B, de sa propre initiative, a mis en place une canalisation d'un diamètre de 400 mm, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que " le système d'évacuation des eaux pluviales existant sur la propriété de M. B est capable d'évacuer au maximum un débit de 1 368 m3/H dont les 2/3 grâce à la canalisation DN 400 mm que M. B a réalisé à ses frais. Sans cette canalisation, la canalisation publique posée à l'origine du lotissement en DN 300 mm aurait une capacité limitée à seulement 0,14 m3/s ". Dans ces conditions, la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis n'est pas fondée à soutenir que la réalisation de cette canalisation par le requérant a contribué au dommage.

9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la bande de terrain située à l'est de la propriété de M. B est un ancien talweg. Si un second portail a été installé par le requérant à cet endroit, il ne résulte pas de l'instruction que celui-ci serait étanche et empêcherait l'écoulement des eaux pluviales en provenance de la chaussée. En revanche, il résulte de l'instruction, en particulier des photos annexées au rapport d'expertise, que cette bande de terrain, initialement enherbée, a été remplacée par une zone entièrement bétonnée afin de permettre l'accès au hangar édifié à l'arrière de la propriété du requérant. Si d'après l'expert, un caniveau en béton a été construit à cet endroit, il est constant que dans les cas extrêmes, les eaux qui ruissellent le long de ce caniveau inondent les terrasses situées sur la propriété du requérant. Enfin, il résulte des photos produites au dossier par le requérant, que le hangar, dont il admet qu'il a été construit sans autorisation d'urbanisme, est un garage et qu'il est accessible par une rampe dont il n'est pas établi qu'elle constituerait un revêtement perméable permettant de laisser passer les eaux de pluies. Ainsi, en imperméabilisant davantage son terrain, M. B a contribué à la survenue des désordres et a commis une faute.

10. En troisième lieu, si M. B a construit un mur le long du vallon situé au sud de sa propriété, il résulte de l'instruction que ce mur, endommagé par les intempéries du mois d'octobre 2015, a été reconstruit par la requérant à la demande de la commune de Vallauris ainsi qu'en atteste un courrier du 21 octobre 2016. Il ne résulte pas de l'instruction que ce mur, comme l'affirme la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis, aurait été prolongé au moment de reconstruction.

11. En quatrième et dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que M. B procède à l'entretien du vallon comme il devrait le faire pour la partie au droit de sa propriété. La circonstance que les autres propriétaires ne procèdent pas à l'entretien de la partie du vallon qui leur incombe est sans incidence sur la responsabilité du requérant dans le défaut d'entretien du vallon. Ainsi, en n'entretenant pas le vallon longeant sa propriété, le requérant a contribué à la survenue des désordres et a commis une faute.

12. Il résulte de ce qui précède que les fautes commises par le requérant, qui ont contribué à l'imperméabilisation de son terrain, dont il résulte de l'instruction qu'elles sont à l'origine des préjudices invoqués, sont de nature à exonérer partiellement la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de sa responsabilité à hauteur de 20%.

Sur les préjudices :

13. Le requérant sollicite, en premier lieu, la condamnation de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis à lui payer la somme de 30 000 euros au titre du préjudice résultant de la perte de six véhicules deux roues entreposés dans le garage de sa propriété et qui ont été endommagés suite aux inondations.

14. Pour justifier de ce préjudice, M. B produit deux factures datées du 23 décembre 2010 et du 30 juin 2011 indiquant respectivement la valeur d'une moto trial Sherco 290 de 5 200 euros et d'une moto Sherco 2,9 Six Day d'un montant de 5 380 euros. Toutefois, par la production de ces seules factures, établies au demeurant au nom de la SCI Jessyon, M. B ne justifie pas être propriétaire de six motos comme il l'indique. Par ailleurs, il n'établit pas qu'il n'aurait pas bénéficié d'une indemnisation par son assurance. Dans ces conditions, la demande présentée au titre de ce chef de préjudice doit être rejetée.

15. Le requérant sollicite, en deuxième lieu, le versement d'une somme de 1 997,11 euros au titre des frais engendrés par le remplacement de la porte fenêtre du local situé au rez-de-chaussée de sa villa.

16. Si M. B soutient avoir procédé au changement d'une porte fenêtre située au rez-de-chaussée de sa villa pour un montant de 1 997,11 euros, il ne résulte pas de l'instruction que ces frais ont été exposés suite aux inondations dont il a été victime. La facture produite, datée du 11 décembre 2019, soit quatre ans après les inondations, ne comporte pas d'en-tête ni de nom de société et fait mention de l'étanchéité du garage et du local. Ainsi, par la production de ce seul document, M. B n'établit pas avoir exposé les frais dont il demande le remboursement. Par suite, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.

17. Le requérant sollicite, en dernier lieu, le versement d'une somme de 50 000 euros en réparation du préjudice moral. Compte tenu du nombre d'inondations depuis son installation et de la circonstance qu'à chaque épisode pluvieux la propriété du requérant subit des inondations, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en l'évaluant à 5 000 euros. Il y a donc lieu de condamner la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis, compte tenu du partage de responsabilité résultant du point 12, à verser au requérant la somme de 4 000 euros.

18. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis est condamnée à verser à M. B la somme de 4 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. M. B demande au tribunal d'enjoindre à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de procéder à la réalisation des travaux pour remédier aux désordres qu'il subit, reprenant à ce titre les conclusions de l'expert qui préconise de dévier les réseaux pluviaux du lotissement du Val d'Or vers un ou plusieurs bassin d'orage à construire dont la capacité de stockage cumulée ne pourra être inférieure à 4 000 m3, de poser devant le portail de M. B une grille avaloire de grande section et de grande longueur et de réaliser un collecteur d'eaux pluviales sur 38 mètres à l'intérieur de sa propriété.

20. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

21. D'une part, M. B demande qu'il soit enjoint à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de réaliser les travaux préconisés par l'expert pour remédier au sous-dimensionnement des réseaux publics d'évacuation des eaux pluviales. Il résulte de l'instruction que le sous-dimensionnement des collecteurs d'eaux pluviales du quartier du Val d'Or en général, et de celui de M. B en particulier, est à l'origine des inondations récurrentes subies par le requérant à chaque épisode pluvieux et que cette persistance du dommage trouve son origine dans un dysfonctionnement de l'ouvrage public. Il résulte également de l'instruction que le dommage subi par M. B trouve sa cause dans un sous-dimensionnement du réseau d'évacuation des eaux pluviales. Il n'est pas contesté en défense que le dommage perdure, notamment en l'absence de toute modification de la configuration des lieux et de l'ouvrage, et que les inondations constatées sont nécessairement amenées à se reproduire en cas de pluies intenses. Toutefois, alors que le coût des travaux préconisés par l'expert judiciaire a été évalué à la somme de 2,77 millions d'euros, celui-ci apparaît manifestement disproportionné par rapport au préjudice subi par M. B résultant de l'inondation ponctuelle en cas de pluies intenses de son terrain et du rez-de-chaussée sa propriété. En outre, il résulte de l'instruction que les travaux préconisés par l'expert sont soumis à de nombreuses difficultés dès lors que la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis ne dispose pas de l'emprise foncière nécessaire pour implanter un ou plusieurs bassins d'orage, que la réalisation d'un talweg sur la propriété de M. B est compromise par la présence d'une canalisation d'eau potable et que ces travaux ne permettraient toutefois pas d'exclure la survenue d'autres inondations. Ainsi, il ne peut être reproché aucune abstention fautive à la communauté d'agglomération de Sophia Antipolis. Par suite, les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit enjoint à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de procéder aux travaux préconisés par l'expert doivent être rejetées.

22. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'enjoindre à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis de verser une indemnité à M. B.

Sur les frais d'expertise :

23. Selon l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les dépens sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties.

24. En l'espèce, les dépens de l'instance sont constitués des frais d'expertise d'un montant de 4 645,70 euros mis à la charge provisoire du requérant, par ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Nice du 3 février 2021. Compte tenu des circonstances de l'espèce et du partage de responsabilité énoncé au point 12, il y a lieu de les laisser à la charge définitive de M. B à hauteur de 20%, soit 929,14 euros et de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis pour le reste.

Sur les frais liés au litige :

25. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis et la commune de Vallauris demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis la somme de 1 500 euros au titre des frais de même nature exposés par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Vallauris est mise hors de cause.

Article 2 : La communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis est condamnée à verser à M. B une somme de 4 000 euros en réparation des préjudices subis.

Article 3 : Les frais d'expertises liquidés et taxés à la somme de toutes taxes comprises sont mis à la charge définitive de M. B à hauteur de 20% et de la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis à hauteur de 80%.

Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis, à la commune de Vallauris, à la compagnie Axa France Iard et à la SMACL Assurances.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Chaumont, première conseillère,

Mme Duroux, première conseillère,

Assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

A-C. Chaumont

La présidente,

signé

M. PougetLa greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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