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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2102941

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2102941

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2102941
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLARIDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mai 2021 et le 9 février 2022, Mme B A, représentée par Me Bezzina, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'université Côte d'Azur à lui rembourser les sommes indument prélevées par l'administration pour un montant de 8 139,22 euros ainsi qu'à la reprise du versement de l'indemnité de fonction, de sujétion et d'expertise (IFSE) ;

2°) de condamner l'université Côte d'Azur au paiement d'une somme de 3 000 euros de dommages et intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'université Côte d'Azur une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a déposé une demande indemnitaire préalable le 29 janvier 2021 ;

- l'administration ne pouvait cesser de lui verser l'IFSE alors qu'elle contestait le refus d'imputabilité au service de sa pathologie ;

- qu'elle ne pouvait, en application de l'article 2 du décret du 26 août 2010, lui réclamer la restitution des primes et indemnités versées alors qu'elle était placée en congé de maladie ordinaire ;

- que l'université n'est pas fondée à proratiser l'IFSE servie à hauteur de son temps de travail alors qu'elle ne met pas en œuvre le complément indemnitaire annuel ;

- sa demande de reprise à temps partiel thérapeutique ne date pas de février 2021 mais du 15 septembre 2020 ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 décembre 2021 et le 9 mars 2022, l'université Côte d'Azur, représentée par Me Laridan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 300 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n° 2010-997 du 26 août 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Guilbert,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bezzina, représentant Mme A, et de Me Ratouit, substituant Me Laridan, représentant l'université Côte d'Azur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est ingénieur de recherche à l'université de Nice depuis septembre 2000. Elle est affectée en qualité d'assistante maitre d'ouvrage, directrice de projet SI patrimoine à la direction du patrimoine depuis le 11 mars 2019. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire du 21 juin au 23 août 2019, puis du 25 au 29 novembre 2019 et du 19 décembre 2019 au 19 décembre 2020. Par une décision du 29 juillet 2020, l'université a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme A. Par arrêté du 26 octobre 2020, Mme A a été placée en congé de longue maladie du 19 décembre 2019 au 18 juin 2020, puis du 19 juin 2020 au 18 décembre 2020 et rétablie à plein traitement. Le 9 novembre 2020, la requérante a présenté une demande de temps partiel thérapeutique à 60%. L'université a fait droit à sa demande du 19 décembre 2020 au 18 mars 2021. L'université a suspendu l'IFSE de Mme A du 26 octobre 2020 au 18 décembre 2020 et entrepris la récupération de trop perçu d'IFSE sur la période de congé ordinaire. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'université Côte d'Azur à lui rembourser les sommes indument prélevées par l'administration pour un montant de 8 139,22 euros, à reprendre le versement de l'indemnité de fonction, de sujétion et d'expertise et à lui verser une somme de 3 000 euros de dommages et intérêts.

Sur les conclusions tendant à la condamnation de l'université Côte d'Azur à lui rembourser les sommes prélevées par l'administration pour un montant de 8 139,22 euros et à reprendre le versement de l'indemnité de fonction, de sujétion et d'expertise :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services () ". Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence () ". Il résulte de ces dispositions que les fonctionnaires de l'Etat placés en congé de longue maladie ou de longue durée n'ont pas droit au maintien des indemnités attachées à l'exercice des fonctions, au nombre desquelles figure l'IFSE prévue à l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat.

3. Si, pour fonder sa demande de versement de l'IFSE, Mme A se prévaut d'une requête introduite contre la décision par laquelle l'administration a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie, un tel recours ne présente pas d'effet suspensif. Au surplus, ainsi que le soulève l'université Côte d'Azur, la requérante n'a pas contesté les arrêtés du 26 octobre 2020 la plaçant en congé de longue maladie, à raison desquels le versement de son IFSE a été interrompu. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement se prévaloir de l'existence de la requête invoquée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires () ". Aux termes de l'article 1 du décret du 26 août 2010 relatif au régime de maintien des primes et indemnités des agents publics de l'Etat et des magistrats de l'ordre judiciaire dans certaines situations de congés dans sa rédaction applicable au litige : " I. - 1° Le bénéfice des primes et indemnités versées aux fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () est maintenu dans les mêmes proportions que le traitement en cas de congés pris en application de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, des 1°, 2° et 5° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et des articles 10, 12, 14 et 15 du décret du 17 janvier 1986 susvisé ; () ". L'article 34 bis de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " () Après un congé pour accident de service ou maladie contractée dans l'exercice des fonctions, le travail à temps partiel thérapeutique peut être accordé pour une période d'une durée maximale de six mois renouvelable une fois. () Les fonctionnaires autorisés à travailler à temps partiel pour raison thérapeutique perçoivent l'intégralité de leur traitement () ".

5. Il résulte de ces dispositions que si un fonctionnaire de l'Etat autorisé à accomplir un service à temps partiel pour raison thérapeutique peut prétendre au maintien de son traitement à taux plein, aucune disposition législative ou réglementaire ne lui permet de prétendre au maintien de son régime indemnitaire à taux plein si celui-ci est lié à l'exercice effectif des fonctions. Tel est le cas de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et du complément indemnitaire annuel dont l'octroi est conditionné par les fonctions exercées et la manière de servir.

6. En l'espèce, Mme A a été placée en temps partiel thérapeutique du 19 décembre 2020 au 18 mars 2021. Compte-tenu de ce qui précède, elle n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une faute en lui versant pour cette période une IFSE à hauteur de 60%, correspondant à sa quotité de travail.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un bulletin de salaire du mois de juin 2021 produit par l'administration et faisant apparaître des rappels d'IFSE au titre de l'année courante, qu'à compter de la fin de son temps partiel thérapeutique, Mme A a à nouveau perçu une IFSE à 100%. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à la reprise des versements.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 26 août 2010 : " Lorsqu'en application de l'article 35 du décret du 14 mars 1986 susvisé, le fonctionnaire est placé en congé de longue maladie ou de longue durée à la suite d'une demande présentée au cours d'un congé antérieurement accordé dans les conditions prévues au 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, les primes et indemnités qui lui ont été versées durant son congé de maladie en application de l'article 1er du présent décret lui demeurent acquises ". Par ailleurs, Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, déjà cité : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent ". Enfin, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations dans sa version applicable au litige : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la conservation du bénéfice des primes acquises prévue par l'article 2 du décret du 26 août 2010 n'a pas pour effet de s'opposer à la récupération d'une prime indûment versée sur la période concernée.

9. L'université soutient, sans être contredite sur ce point, que Mme A a perçu pendant une partie de son congé ordinaire au cours de laquelle elle aurait dû percevoir une IFSE de 50%, une IFSE de 100%. Dans ces conditions, l'administration pouvait, sans remettre en cause les droits à IFSE acquis régulièrement au cours de cette période, procéder à la répétition des sommes versées à tort. Mme A n'est dès lors pas fondée à demander le remboursement des sommes retenues à ce titre.

10. Compte-tenu de ce qui précède, les conclusions de la requérante tendant à la condamnation de l'université Côte d'Azur à lui rembourser les sommes indument prélevées par l'administration pour un montant de 8 139,22 euros et à reprendre le versement de l'indemnité de fonction, de sujétion et d'expertise, doivent, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Si Mme A sollicite le versement d'une somme de 3000 euros à titre de dommages et intérêts, elle n'assortit ses prétentions, qui n'ont au demeurant été précédées d'aucune demande préalable sur ce point, d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ses conclusions indemnitaires ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions au titre des frais liés à l'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'université Côte d'Azur en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au président de l'université Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Guilbert

Le président,

signé

G. Taormina La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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