jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102955 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAIFA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mai 2021 et 22 avril 2024, M. B A, représenté par Me Laifa, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 mai 2017 et d'assortir cette décharge des intérêts moratoires ;
2°) de prononcer la décharge de l'amende fiscale mise à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016 ;
3°) de prononcer la restitution des sommes de 459 euros, correspondant à un trop-perçu par l'administration fiscale, et de 291 euros au titre de frais bancaires, assortie des intérêts moratoires ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 4 000 euros au titre des préjudices matériels et moraux subis du fait de l'erreur commise par l'administration fiscale ;
5°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat à verser à son avocate en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la majoration de 750 euros n'est pas motivée, elle méconnaît le principe de proportionnalité tel que consacré par le conseil constitutionnel et découlant de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; son calcul n'est pas détaillé ;
- le droit à l'erreur garanti par la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 est invocable à l'encontre de la majoration de 750 euros ;
- la sécurité juridique n'est pas garantie et les agents de l'administration fiscale n'ont pas fait preuve d'impartialité et de neutralité ;
- sa requête est recevable car a bien été précédée de plusieurs réclamations valant opposition à poursuites ;
- elle a bien été précédée d'une demande indemnitaire préalable ;
- le montant de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 mai 2017 est erroné ;
- il n'entre dans aucune des hypothèses visées aux articles 1729 A et 1729 B du code général des impôts ;
- la faute commise par l'administration fiscale est de nature à engager sa responsabilité ;
- cette faute l'a contraint à débourser des sommes correspondant aux frais bancaires pour avis à tiers détenteur ;
- cette faute a causé une perte de confiance de la part de ses établissements bancaires ;
- il a subi des préjudices financiers et moraux au regard des conséquences financières irréversibles.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juillet 2021 et le 2 mai 2024, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a été précédée d'aucune opposition à poursuites au sens des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 9 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, qui avait donné un bien immobilier en location meublée non professionnelle jusqu'au 30 mai 2017, a fait l'objet d'une amende fiscale de 750 euros au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016, et, à l'issue de la procédure de taxation d'office, de deux rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes allant du 1er janvier au 31 mai 2017 et du 1er juillet au 31 juillet 2017. Le second rappel de taxe sur la valeur ajoutée, au titre du mois de juillet 2017, a fait l'objet d'un dégrèvement en date du 19 juin 2018. La totalité de ces sommes, y compris le second rappel de taxe sur la valeur ajoutée, a ensuite fait l'objet d'un avis à tiers détenteur en date du 4 décembre 2018. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de l'amende fiscale mise à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016, du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 mai 2017, ainsi que le remboursement d'un trop-perçu de 459 euros. Il sollicite également la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices subis du fait de la faute commise par les services fiscaux, y compris des frais bancaires réglés à hauteur de 291 euros à raison de l'avis à tiers détenteur émis à tort le 4 décembre 2018.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l'Etat, par un de ses groupements d'intérêt public ou par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement public, du groupement d'intérêt public ou de l'autorité publique indépendante pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites. Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée () ". En vertu de ces dispositions, les contestations relatives au recouvrement des impôts ne peuvent porter sur un motif remettant en cause l'assiette et le calcul de l'impôt.
3. Il résulte de l'instruction que le courrier en date du 25 juin 2019 adressé par M. A à la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes, qui, notamment, ne vise pas précisément les actes de poursuites en litige, se présente notamment comme une contestation d'assiette, tendant à contester le montant et le principe même d'une partie des impositions mises à sa charge, ainsi que comme une demande indemnitaire préalable. Ainsi, faute pour M. A d'avoir introduit une réclamation relative aux actes de poursuites contestés, l'administration fiscale est fondée à soutenir que ses conclusions présentées dans le cadre d'un contentieux du recouvrement sont irrecevables. Elles doivent donc, pour ce motif, être rejetées.
Sur les conclusions à fin de décharge des impositions :
En ce qui concerne l'amende fiscale de 750 euros au titre de l'année 2016 :
4. Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales dans la rédaction alors en vigueur : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ".
5. Il ne résulte pas de l'instruction, et ce en dépit d'une mesure d'instruction en ce sens diligentée par le tribunal auprès du directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes, qu'une décision motivée conformément aux dispositions précitées de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales a été adressée à M. A. Par suite, il est fondé à soutenir qu'aucune décision motivée lui infligeant l'amende sur le fondement des articles 1729 A, B, C, D, ou E du code général des impôts ne lui a été notifiée. Par suite, M. A est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés au soutien des conclusions relatives à cette amende, à en solliciter la décharge.
En ce qui concerne le rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er janvier au 31 mai 2017 :
6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Conformément à ces dispositions, il appartient à M. A, qui a fait l'objet de la procédure d'imposition d'office sur le fondement du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition retenues par le service.
7. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale s'est fondée, pour déterminer le chiffre d'affaires réalisé par M. A au titre de la période litigieuse, sur ses déclarations de résultats au titre des années précédentes. Ce dernier produit toutefois, au soutien de ses allégations, un décompte des loyers perçus au titre de la période allant du 1er octobre 2016 au 30 mai 2017 dont le contenu n'est pas contesté en défense et dont il ressort qu'il a perçu un loyer d'un montant hors taxes de 5 992 euros pour cette période. Dans ces conditions, M. A, qui fait valoir être en réalité redevable d'une taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 479 euros au titre de la période allant du 1er janvier au 31 mai 2017, est fondé à solliciter la décharge partielle du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de cette période à hauteur de 121 euros en droits, correspondant à la différence entre le montant mis à sa charge par l'administration et celui dont il prétend être redevable, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin, l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur, comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.
9. Il est constant que M. A n'était pas redevable du rappel de taxe sur la valeur ajoutée auquel il a été assujetti au titre de la période allant du 1er au 31 juillet 2017, dès lors qu'il n'était plus propriétaire du bien immobilier générateur de chiffre d'affaires dans le cadre d'une location meublée non professionnelle depuis le 30 mai 2017. Dans ces conditions, en poursuivant le recouvrement d'une imposition qui n'avait pas été légalement établie et, en particulier, en diligentant une saisie administrative à tiers détenteur le 4 décembre 2018 alors qu'elle avait émis, le 19 juin 2018, à la suite d'une réclamation du requérant, un avis de dégrèvement de cette somme, l'administration fiscale a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
10. D'une part, il résulte de l'instruction que des frais bancaires d'un montant total de 291 euros ont été mis à la charge de M. A du fait de l'avis à tiers détenteur mis en œuvre, par erreur, par l'administration fiscale sur deux de ses comptes bancaires. Par suite, M. A est fondé à obtenir l'indemnisation de ce chef de préjudice qui découle directement de la faute commise par l'administration fiscale, dont il sera fait une exacte évaluation en le fixant à 291 euros.
11. D'autre part, M. A fait légitimement valoir une perte de confiance des établissements bancaires à son encontre et un préjudice moral imputables à la faute se rattachant à la procédure de recouvrement de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du mois de juillet 2017. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en lui allouant une somme totale de 500 euros. En revanche, M. A n'établit pas la réalité du préjudice financier qui lui aurait été causé par cette mise en recouvrement fautive.
Sur les intérêts :
12. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. En l'espèce, M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2021, date d'enregistrement de sa requête au tribunal, faute de preuve de la date de réception de sa demande en date du 25 juin 2019 par la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Laifa en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, cette dernière ayant par avance renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à M. A la décharge de l'amende fiscale de 750 euros mise à sa charge au titre de l'année 2016, ainsi que des intérêts de retard correspondant.
Article 2 : Il est accordé à M. A la décharge partielle du rappel de taxe sur la valeur ajoutée auquel il a été assujetti au titre de la période allant du 1er janvier au 31 mai 2017, à hauteur d'un montant de 269 euros, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 291 euros au titre des frais bancaires occasionnés par l'avis à tiers détenteur du 4 décembre 2018, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2021, date de la saisine du juge.
Article 4 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 500 euros au titre du préjudice moral subi, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 mai 2021, date de la saisine du juge.
Article 5 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Laifa en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026