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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103052

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103052

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103052
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLOPRESTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juin 2021 et 5 avril 2024, Mme C B née A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la décharge de responsabilité solidaire prévue à l'article 1691 bis du code général des impôts ;

3°) de condamner la direction générale des finances publiques des Alpes-Maritimes au versement d'une somme de 166,66 euros correspondant à des frais bancaires consécutifs à aux saisies effectuées sur ses comptes bancaires ;

4°) de condamner la direction générale des finances publiques des Alpes-Maritimes au versement d'une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi et à titre de dommage et intérêts.

Elle soutient que :

- la procédure n'a pas respecté le principe du contradictoire suite à la déclaration de revenus 2019 et les dispositions concernant la procédure de rectification prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales ;

- elle n'aurait pas dû faire l'objet d'une déclaration distincte au titre de l'année 2019 ;

- les sommes correspondant à l'avance de réductions et crédits d'impôts ont été versées en 2020 sur le compte personnel de M. B et ne pouvaient lui être ensuite réclamées à hauteur de 50% du remboursement ;

- la décision de rejet de la réclamation n'est motivée ni en droit, ni en fait et contient des éléments erronés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2021 et 24 avril 2024, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été assujettie à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2019, conformément à ses déclarations. Par une réclamation du 12 novembre 2020, rejetée le 11 décembre 2020, elle a demandé le dégrèvement de l'avance perçue sur les réductions et crédits d'impôts qui lui avaient été versés au titre de l'année 2018. Par la présente requête, elle demande au tribunal la décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019 et de condamner la direction générale des finances publiques des Alpes-Maritimes au versement d'une somme de 1 500 euros en réparation du préjudice subi et à titre de dommages et intérêts.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, les irrégularités qui peuvent entacher la décision par laquelle la réclamation d'un contribuable est rejetée sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition ou le bien-fondé de l'imposition contestée. Par suite, et à supposer qu'elle ait entendu s'en prévaloir, le moyen tiré de ce que la décision de rejet de sa réclamation contentieuse était irrégulière au motif qu'elle ne lui a jamais été notifiée, qu'elle contenait des faits erronés sans donner de réponses en fait et en droit, et qu'elle ne répondait pas à sa demande quant au sursis à paiement et à l'échelonnement de l'impôt est inopérant et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu présente, pour l'essentiel, les caractéristiques suivantes. /d. Impôt " déclaratif ", l'impôt sur le revenu est établi et recouvré par voie de rôle, au vu de déclarations annuelles des revenus souscrites par les contribuables et soumises au droit de contrôle de l'administration. () ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme B a fait une déclaration d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2019 distincte de celle de son époux, à la suite du départ de ce dernier du domicile conjugal. Elle a adressé un courrier complémentaire aux services afin d'expliquer les motifs de cette déclaration distincte. Son époux a également fait une déclaration distincte de ses revenus au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2019. Il est constant que l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2019 a été établi au vu des déclarations individuelles annuelles distinctes des époux B. Par suite, le moyen tiré de l'absence de respect du contradictoire est inopérant et doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de décharge :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " 1. () Sauf application des dispositions du 4 et du second alinéa du 5, les personnes mariées sont soumises à une imposition commune pour les revenus perçus par chacune d'elles et ceux de leurs enfants et des personnes à charge mentionnés au premier alinéa ; cette imposition est établie aux noms des époux. []4. Les époux font l'objet d'impositions distinctes : a. Lorsqu'ils sont séparés de biens et ne vivent pas sous le même toit ; b. Lorsqu'étant en instance de séparation de corps ou de divorce, ils ont été autorisés à avoir des résidences séparées ; c. Lorsqu'en cas d'abandon du domicile conjugal par l'un ou l'autre des époux, chacun dispose de revenus distincts. []6. Chacun des époux, partenaires, anciens époux ou anciens partenaires liés par un pacte civil de solidarité est personnellement imposable pour les revenus dont il a disposé pendant l'année de la réalisation de l'une des conditions du 4, du divorce ou de la dissolution du pacte, ainsi que pour la quote-part des revenus communs lui revenant. A défaut de justification de cette quote-part, ces revenus communs sont partagés en deux parts égales entre les époux, partenaires, anciens époux ou anciens partenaires liés par un pacte civil de solidarité. Les revenus communs sont, sauf preuve contraire, réputés partagés en deux parts égales entre les époux ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité ".

6. Il résulte de l'instruction que lors de l'établissement de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2019, les époux ont effectué chacun une déclaration distincte, comme rappelé dans le paragraphe 4. La requérante a informé l'administration fiscale de l'abandon du domicile conjugal, à la date du 10 mars 2019, par son époux. Le fait que le couple ait été autorisé à résider séparément par une décision postérieure du juge aux affaires familiales, en date du 24 février 2020, est sans incidence sur la prise en compte par l'administration fiscale de la déclaration distincte effectuée en 2020. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a tenu compte des déclarations de Mme B et procédé à une imposition sur le revenu distincte, au titre des revenus de l'année 2019. Le moyen doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 1665 bis du code général des impôts issu de l'article 60 de la loi de finances pour 2017 (Loi 2016-1917 du 29-12- 2016) : " Les contribuables perçoivent, au plus tard le 1er mars de l'année de la liquidation de l'impôt afférent aux revenus de l'année précédente, un acompte sur le montant des avantages fiscaux prévus à l'article 199 quater C, aux b à e du 2 de l'article 199 undecies A ainsi qu'aux articles 199 quindecies, 199 sexdecies, 199 sexvicies, 199 septvicies, 199 novovicies, 200 et 200 quater B, régularisé lors de la liquidation de l'impôt, après imputation éventuelle des différents crédits d'impôt. Cet acompte est égal à 60 % du montant des avantages qui leur ont été accordés lors de la liquidation de l'impôt afférent aux revenus de l'avant-dernière année. () ". Ainsi, le montant de l'avance est calculé chaque année par l'administration sur la base des réductions/crédits d'impôt portés dans la déclaration de revenus de l'année N-1.

8. Il résulte de l'instruction qu'au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2018, les époux ont effectué une déclaration commune et pouvaient prétendre à des réductions et crédits d'impôt à hauteur de 46 838 euros. En janvier 2020, au titre de l'avance de réductions et de crédits d'impôts, l'administration a versé un montant égal à 60% du montant des avantages obtenus au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2018, déclaré en commun par les époux B, soit la somme de 28 102,80 euros. Cette avance a constitué un produit encaissé commun au foyer, versé sur le seul compte bancaire connu de l'administration fiscale. Le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge de responsabilité solidaire :

10. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts : " I.- Les époux () sont tenus solidairement au paiement : / 1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune ; / () II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande : / () d) L'un ou l'autre des époux ou des partenaires liés par un pacte civil de solidarité a abandonné le domicile conjugal ou la résidence commune. / 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur () ".

11. Il est constant que les époux B ont fait l'objet d'une imposition sur le revenu distincte au titre de l'année 2019. Le principe de solidarité fiscale entre époux, posé par les dispositions du I de l'article 1691 bis du code général des impôts en matière d'impôt sur le revenu, ne trouve à s'appliquer qu'au cas où l'un des époux demande à être déchargé de son obligation solidaire de payer l'impôt sur le revenu établi au nom des deux conjoints, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Dès lors, le moyen est inopérant et les conclusions à fin de décharge de responsabilité solidaire doivent être écartées.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. Il résulte de l'instruction, qu'en l'absence de faute dans l'établissement des impositions litigieuses, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B, qui ne justifie pas, en tout état de cause, de l'existence d'un préjudice indemnisable, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur le remboursement des frais bancaires consécutifs aux saisies effectuées par l'administration fiscales :

13. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait exposé, au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, des dépens en vue de la présente instance dont elle serait fondée à demander le remboursement. Dès lors, les conclusions présentées par Mme B tendant aux remboursements des frais bancaires engagés à la suite des saisies effectuées sur son compte doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B née A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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