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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103121

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103121

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103121
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantC/M/S BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juin 2021 et le 22 mars 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Elite Concept, représentée par le cabinet CMS Francis Lefebvre avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire de cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016 ;

2°) de mettre une somme de 5 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'imposition a été établie à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été mise à même, au vu du caractère lacunaire de la lettre d'information n° 751-SD en date du 9 octobre 2019 qui lui a été envoyée, de présenter ses observations avant l'établissement de l'imposition ;

- elle n'a pas la disposition des biens qu'elle donne en sous-location pour le compte de propriétaires personnes physique ; en effet, la durée de ces locations ponctuelles se limite au maximum à 20 % de l'année civile ; en outre, les propriétaires s'acquittent de la taxe d'habitation sur ces logements ;

- elle peut, à cet égard, se prévaloir de la doctrine fiscale référencée au § 30 du BOI-IF-CFE-20-20-10-10 en vertu des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;

- elle n'a pas non plus la disposition des appartements dont les propriétaires, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Canada 08 et la société à responsabilité limitée (SARL) Font Blanche, exercent aussi une activité d'exploitation hôtelière, et pour lesquels elle ne réalise que des prestations de services para-hôtelières et de recherche de clientèle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 décembre 2021 et le 27 mars 2023, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 24 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations et les observations de Me Le Camus, représentant la SAS Elite Concept.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Elite Concept, qui exerce une activité de gestion de biens immobiliers et de prestations de services para-hôtelières, a été assujettie à une cotisation supplémentaire de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2016, l'administration fiscale ayant réintégré dans la base d'imposition la valeur locative des biens immobiliers qu'elle donnait en sous-location et dans lesquels elle sous-traitait une activité para-hôtelière. Par la présente requête, la société requérante demande la décharge de cette imposition supplémentaire mise à sa charge, qui s'élève à 23 195 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 54 B du livre des procédures fiscales : " La notification d'une proposition de rectification doit mentionner, sous peine de nullité, que le contribuable a la faculté de se faire assister d'un conseil de son choix pour discuter la proposition de rectification ou pour y répondre. " Par ailleurs, aux termes de l'article L. 56 du même livre : " La procédure de rectification contradictoire n'est pas applicable : 1° En matière d'impositions directes perçues au profit des collectivités locales ou d'organismes divers, à l'exclusion de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises () ". Enfin, aux termes de l'article L. 57 dudit livre " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

3. Lorsqu'une imposition est, à l'instar de la cotisation foncière des entreprises, assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, l'administration ne peut établir, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir, conformément au principe général des droits de la défense, mis à même de présenter ses observations. Les dispositions de l'article L. 56 du livre des procédures fiscales, en vertu desquelles la procédure de rectification contradictoire prévue par les articles L. 55 à L. 61 de ce livre n'est pas applicable en matière d'impositions directes perçues au profit des collectivités locales, ont pour seul effet d'écarter cette procédure de rectification contradictoire mais ne dispensent pas du respect, en ce qui concerne la cotisation foncière des entreprises, des obligations qui découlent du principe général des droits de la défense.

4. Il résulte de l'instruction que l'administration a informé la SAS Elite Concept, par un courrier n° 751-SD daté du 9 octobre 2019, de ce qu'elle envisageait de procéder à une rectification de la cotisation foncière des entreprises acquittée au titre de l'année 2016 et assise sur la base des éléments déclarés par la contribuable. Toutefois, il résulte des termes de ce courrier que si l'administration a bien mentionné les textes applicables ainsi que la méthode employée pour établir les impositions, elle n'a pas visé les biens dont la valeur locative a été réintégrée pour déterminer l'assiette de la cotisation foncière des entreprises. Si l'administration fiscale fait valoir en défense qu'elle avait adressé à la SAS Elite Concept, dans le cadre de procédure de vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, une proposition de rectification en date du 24 septembre 2019 indiquant que les éléments concernant le rappel litigieux de cotisation foncière des entreprises avaient été discutés en cours de contrôle, elle ne produit pas cette proposition de rectification à l'instance, en dépit de la mesure d'instruction qui lui a été adressée en ce sens. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que la société requérante aurait au préalable fait l'objet d'une procédure de vérification, l'administration n'a pas mis la société requérante à même de présenter ses observations et a ainsi méconnu le principe des droits de la défense. Il s'ensuit que la SAS Elite Concept est fondée à soutenir que l'imposition litigieuse a été établie à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés au soutien de la requête, que la SAS Elite Concept est fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire de cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2016, d'un montant de 23 195 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à la société Elite concept en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SAS Elite Concept est déchargée de la cotisation supplémentaire de cotisation foncière des entreprises mise à sa charge au titre de l'année 2016 d'un montant de 23 195 (vingt-trois-mille cent-quatre-vingt-quinze) euros.

Article 2 : L'Etat versera à la SAS Elite Concept une somme de 1 200 (mille deux-cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Elite Concept et à l'administrateur général des finances publiques, directeur de la direction de contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

signé

S. KOLF

La présidente,

signé

J. MEAR

La greffière,

signé

C. SUSSEN

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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