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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103275

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103275

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103275
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCALDONAZZO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin et 28 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Caldonazzo, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2012, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 33 963,88 euros résultant de la mise en demeure de payer en date du 13 janvier 2021, correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2012 ainsi qu'aux pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'administration fiscale a à tort imposé les revenus de son activité professionnelle, qu'il exerce en qualité d'entrepreneur individuel, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ;

- l'administration fiscale doit apporter la preuve qu'il est effectivement le bénéficiaire des distributions ;

- les rehaussements mis à sa charge ne pouvaient être motivés par simple référence à la proposition de rectification adressée à la société ;

- il est fondé à se prévaloir de la doctrine administrative référencée CF-IOR-10-40 du 4 octobre 2017 ;

- les pénalités sont irrégulières dès lors que la proposition de rectification en date du 5 mai 2014 a seulement été signée par l'inspecteur vérificateur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 80 E du livre des procédures fiscales ;

- l'administration fiscale ne pouvait imposer la somme de 34 572 euros au titre des revenus industriels et commerciaux non professionnels dès lors que ses revenus ne relèvent pas de la catégorie des bénéfices non commerciaux mais des bénéfices industriels et commerciaux ;

- l'action en recouvrement était prescrite à compter du 31 décembre 2019 ;

- la mise en demeure de payer en date du 13 janvier 2021 ne comporte pas les mentions obligatoires et ne fait pas référence ni aux sommes déjà réglées ni à la proposition de rectification.

Par un mémoire en défense enregistré 3 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la réclamation est tardive et la requête est, par conséquent, irrecevable ; la mise en demeure de payer en date du 13 janvier 2021 ne constitue pas un événement de nature à rouvrir un nouveau délai de réclamation ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés ;

- le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement n'est pas recevable.

Par courrier du 18 décembre 2023 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 33 963,88 euros dont le recouvrement a été poursuivi par la mise en demeure de payer en date du 13 janvier 2021, en l'absence de réclamation préalable prévue par les dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Caldonazzo, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, qui exerce en tant qu'entrepreneur une activité de travaux immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er octobre 2011 au 31 décembre 2012. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 28 janvier 2014, selon la procédure de rectification contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, des rehaussements en matière de taxe sur la valeur ajoutée et de bénéfices industriels et commerciaux, au titre des années 2011 et 2012. Ces rectifications ont été partiellement maintenues par le courrier de réponse aux observations du contribuable en date du 17 mars 2014. M. A a également fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à la suite duquel l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 5 mai 2014, suivant la procédure de taxation d'office prévue par l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu au titre de l'année 2012 en raison de la remise en cause de la déductibilité de pensions alimentaires. M. A demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2012 ainsi que des pénalités correspondantes, qui ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2015.

2. Par ailleurs, une mise en demeure de payer a été émise le 13 janvier 2021 en vue du recouvrement de la somme de 33 963,88 euros, correspondant aux impositions supplémentaires mentionnées au point précédent qui n'ont toujours pas été réglées. M. A doit être regardé comme demandant la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article Article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement / () / c) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation. ()". Aux termes de l'article R. 196-3 du même livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations. ". Aux termes de l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable qui a fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification dispose, pour présenter ses propres réclamations, d'un délai égal à celui fixé à l'administration pour établir l'impôt, lequel expire, s'agissant de l'impôt sur le revenu, le 31 décembre de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la proposition de rectification lui a été régulièrement notifiée.

5. Il n'est pas contesté que l'administration fiscale a adressé à M. A une première proposition de rectification en date du 28 janvier 2014, notifiée le 3 février 2014, et une seconde proposition de rectification en date du 5 mai 2014, notifiée le 7 mai suivant. Les suppléments de cotisations d'impôt sur le revenu mis à sa charge, ainsi que les pénalités correspondantes, ont été mis en recouvrement le 31 janvier 2015. Par conséquent, en application des dispositions tant du a) de l'article R. 196-1 que de l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales, le délai de réclamation expirait le 31 décembre 2017. Ainsi, la réclamation présentée le 31 mars 2021 a été présentée postérieurement à l'expiration de ce délai, étant précisé que la mise en demeure de payer du 13 janvier 2021 ne constitue pas un événement au sens du c) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales ayant une incidence sur le principe même de l'imposition, son régime ou son mode de calcul. Il s'ensuit que la réclamation adressée le 31 mars 2021 est tardive.

6. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes doit être accueillie. Les conclusions de M. A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2012, ainsi que des pénalités correspondantes, doivent donc être rejetées en tant qu'elles sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

7. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents () doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Les contestations ne peuvent porter que : / 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution, dans le second cas, devant le juge de l'impôt () ". Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 () font l'objet d'une demande qui doit être adressée () au chef de service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite ". L'article R. 281-4 du même livre dispose : " Le chef de service se prononce dans un délai de deux mois à partir du dépôt de la demande, dont il doit accuser réception. Si aucune décision n'a été prise dans ce délai ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l'article L. 281. Il dispose pour cela de deux mois à partir : / a) soit de la notification de la décision du chef de service ; / b) soit de l'expiration du délai de deux mois accordé au chef de service pour prendre sa décision. La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates ".

8. En vertu des dispositions citées au point précédent, la contestation en décharge de l'obligation de payer soulevée par M. A à l'encontre de la mise en demeure de payer du 13 janvier 2021 ne pouvait pas, à peine d'irrecevabilité, être portée devant le tribunal administratif avant d'avoir été préalablement présentée devant le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes. M. A ne justifie pas avoir formé une telle réclamation mais seulement des réclamations préalables formées dans un litige distinct d'assiette. Ses conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme résultant de ladite mise en demeure de payer doivent donc être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme réclamée par M. A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

signé

A. Bergantz

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

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