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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103377

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103377

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103377
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBAGARRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juin et 27 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Bagarri, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2011, 2012 et 2013, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens dont distraction au profit de Me Bagarri, son avocate.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu les avis d'imposition mettant à sa charge les impositions litigieuses ;

- les revenus et les charges déclarées sur ses déclarations de résultats produites lors du contrôle n'ont pas été prises en compte ;

- l'application de la majoration de 100 % prévue par les dispositions du a de l'article 1732 du code général des impôts n'est pas justifiée, en l'absence d'opposition à contrôle fiscal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, rapporteuse ;

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, qui exerce la profession d'infirmière libérale, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle lui ont été notifiés, par une proposition de rectification du 1er décembre 2014, des suppléments d'impôt sur le revenu au titre des années 2011, 2012 et 2013 par voie d'évaluation d'office dans le cadre d'une opposition à contrôle fiscal. Par une décision du 21 avril 2021, l'administration fiscale a partiellement fait droit aux réclamations contentieuses de la contribuable, en date des 22 décembre 2015, 10 juin 2016, 12 juin 2016 et 28 octobre 2016. Mme A demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2011, 2012 et 2013.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Les irrégularités qui entacheraient les avis relatifs aux impositions recouvrées par voie de rôle sont sans influence sur la régularité ou le bien-fondé de ces impositions. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie, de ce qu'elle n'aurait pas reçu les avis d'imposition correspondants.

Sur le bien-fondé des impositions supplémentaires :

3. Aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. () ".

4. Par ailleurs, lorsque le contribuable soutient que l'avis d'accusé de réception d'un pli recommandé, portant notification de courriers émanant de l'administration fiscale, n'a pas été signé par lui, il lui appartient d'établir que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont il s'agit. Dans le cas où le contribuable n'apporte aucune précision sur l'identité de la personne signataire des avis litigieux et s'abstient de dresser la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour signer de tels avis, il ne peut être regardé comme ayant démontré que le signataire de l'avis de réception n'était pas habilité à réceptionner ce pli.

5. Il résulte de l'instruction que l'avis de vérification a été envoyé le 4 septembre 2014 à Mme A, à son adresse professionnelle, au 82 boulevard Général Louis Delfino à Nice (06300). L'intéressée a réceptionné ce pli le 10 septembre 2014. Toutefois, celle-ci n'était ni présente ni représentée lors de la première intervention annoncée par le vérificateur. Par un courrier du 30 septembre 2014, envoyé par lettre recommandée distribuée le 8 octobre 2014 et par lettre simple, le vérificateur a proposé une nouvelle date d'intervention à Mme A, dans son cabinet médical. En l'absence de présentation de la contribuable, le service lui a alors adressé une première mise en garde, par un courrier en date du 8 octobre 2014, réceptionné le 13 octobre suivant, proposant une nouvelle date de rendez-vous le 16 octobre 2014. Le 15 octobre 2014, Mme A a informé le service vérificateur de ce qu'elle ne pourrait honorer son rendez-vous du lendemain, sans toutefois préciser ses disponibilités pour la première intervention ni répondre aux appels téléphoniques du vérificateur pour convenir d'une nouvelle date. Un deuxième courrier de mise en garde, en date du 16 octobre 2014, lui a alors été notifié le 23 octobre suivant. La requérante ne s'est, à nouveau, pas présentée au rendez-vous fixé le 6 novembre 2014, et ne s'est pas manifestée auprès de l'administration d'une quelconque manière. Pour contester avoir été destinataire de l'ensemble de ces courriers, la requérante soutient que les accusés de réception produits par l'administration fiscale ne comportent pas le prénom et le nom de leur signataire en méconnaissance de l'article 4 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux. Toutefois, elle n'apporte aucune précision sur l'identité de la personne signataire de ces avis et s'est abstenue d'indiquer la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour le signer. En outre, dès lors que les plis en litige ont été expédiés par l'administration fiscale à l'exacte adresse de la requérante et que les avis de réception sont revenus signés au service, la notification des courriers en cause doit être regardée comme régulière, alors même que les avis de réception ne comportent pas le prénom et le nom de leur signataire contrairement à ce qu'exige la règlementation postale. Dans ces conditions, il apparaît que le contrôle n'a pu avoir lieu, non du fait du vérificateur, qui a accompli toutes les diligences pouvant être attendues de lui, mais en raison du comportement de Mme A, qui s'est placée en situation d'opposition à contrôle fiscal.

6. Les impositions litigieuses ont été établies selon la procédure d'évaluation d'office, qui a régulièrement été mise en œuvre eu égard à ce qui vient d'être dit. Elle supporte, dès lors, la charge de prouver leur exagération en application des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales.

7. Aux termes du 1. de l'article 93 du code général des impôts : " Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession ".

8. Il résulte de l'instruction que pour évaluer les bénéfices non commerciaux des années 2011 à 2013 de Mme A en l'absence de déclarations de revenus et en situation d'opposition à contrôle fiscal, le service s'est fondé sur les montants repris sur les relevés bancaires de la contribuable et sur les relevés SNIR (Système National Inter Régime) issus de la caisse générale de la sécurité sociale, et a appliqué, par réalisme économique, à défaut de toutes pièces justificatives, des charges à hauteur d'un forfait de 40 %. Puis, par sa décision du 21 avril 2021, le service a, s'agissant des années 2011 et 2012, pris en compte les déclarations de bénéfices non commerciaux produites par Mme A au titre de ces deux années et a en conséquence admis une réduction du montant des recettes et la déduction d'une partie des charges déclarées.

9. En premier lieu, Mme A soutient que les résultats de l'année 2013 doivent être évalués à partir de la déclaration de bénéfices non commerciaux qu'elle produit. Toutefois, cette seule déclaration, qui n'a pas été déposée au titre de l'exercice 2013 et qui n'est accompagnée d'aucun document comptable et d'aucune pièce justificative de nature à étayer le montant des recettes et des charges qui y sont mentionnées ne peut être utilement opposée à l'évaluation de l'administration. Ainsi, alors même que le service a tenu compte des déclarations de bénéfices non commerciaux des années 2011 et 2012 qui étaient produites dans le cadre des réclamations contentieuses adressées par la requérante, cette dernière n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que les recettes de l'année 2013 seraient surévaluées.

10. En second lieu, il résulte de l'instruction que, dans sa décision du 21 avril 2021, le service a indiqué n'admettre en déduction, au titre des cotisations URSSAF, que " les montants clairement identifiés comme étant des règlements URSSAF sur les relevés du compte bancaire HSBC " obtenus dans le cadre du droit de communication, soit 23 358 euros pour 2011 et 25 304 euros pour 2012. La requérante soutient que l'ensemble des cotisations URSSAF déclarées sur les liasses fiscales 2011 et 2012 devaient toutefois être admises en déduction. Elle fait valoir à ce titre que la différence entre les montants déclarés et les montants prélevés sur son compte bancaire s'explique par le fait qu'une partie des cotisations URSSAF a été saisie par huissier. Cependant, en produisant un courrier électronique de son cabinet comptable expliquant la méthode employée pour l'établissement des comptes de charges, les appels de cotisations URSSAF pour les années 2011 (23 215 euros) et 2012 (23 921 euros), une notification de la régularisation des cotisations 2011 (1 383 euros), ainsi que des extraits du grand-livre des comptes généraux, Mme A n'établit pas que le montant des charges admises en déduction au titre des cotisations URSSAF serait insuffisant.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1732 du code général des impôts : " La mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales entraîne : / a. L'application d'une majoration de 100 % aux droits rappelés ou aux créances de nature fiscale qui doivent être restituées à l'Etat ; () ".

12. Compte tenu de la situation d'opposition à contrôle fiscal qui doit être regardée comme établie au regard des motifs énoncés au point 5, l'administration établit le bien-fondé de la majoration de 100 % infligée à la requérante sur le fondement de l'article 1732 du code général des impôts.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la décharge des impositions et pénalités en litige.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, la présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions de la requérante présentée à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Raison, première conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteuse,

A. BERGANTZ

Le président,

O. EMMANUELLILa greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2103377

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