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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103379

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103379

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103379
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PELLOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2021, Mme A et M. C B, représentés par Me Pelloux, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011, 2012 et 2013, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle a excédé la durée d'un an prévue par l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ;

- s'agissant des années 2012 et 2013, la procédure de taxation d'office est irrégulière faute pour le service d'établir qu'il leur a adressé des mises en demeure préalables ;

- le service n'a pas répondu à leur demande de communication des pièces obtenues auprès de tiers et ayant fondé les impositions litigieuses ; il ne leur a pas, non plus, communiqué l'ensemble de leur dossier fiscal ;

- les impositions supplémentaires mises à leur charge au titre de l'année 2011 ont été dégrevées de telle sorte que le service était tenu de leur adresser un avis d'imposition rectificatif.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2021 et 9 février 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés ;

- les concluions concernant les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2011 sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été visées dans la réclamation préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, rapporteuse ;

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. C B ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle portant sur les années 2011, 2012 et 2013. Par une proposition de rectification interruptive de prescription en date du 20 décembre 2014, l'administration fiscale leur a notifié, selon la procédure contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2011. Par une seconde proposition de rectification en date du 29 juillet 2015, le service leur a ensuite notifié, selon la procédure de rectification contradictoire et selon la procédure d'imposition d'office prévue à l'article L. 69 du livre des procédures fiscales s'agissant des revenus d'origine indéterminée pour l'année 2012 et selon la procédure d'imposition d'office prévue par le 1° de l'article L. 66 du même livre pour l'année 2013, des cotisations supplémentaires d''impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2012 et 2013. M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011, 2012 et 2013.

Sur les conclusions relatives aux impositions supplémentaires au titre de 2011 :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R.* 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration. "

3. Il résulte de l'instruction que la réclamation préalable du 14 juin 2016 ne visait que les impositions supplémentaires mises à la charge de M. et Mme B au titre des années 2012 et 2013. Par suite, l'administration fiscale est fondée à faire valoir, en défense, que les conclusions des requérants tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2011 sont irrecevables et que la requête doit donc être rejetée dans cette mesure.

Sur les conclusions relatives aux impositions supplémentaires au titre des années 2012 et 2013 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " () Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. / () / Cette période est prorogée du délai accordé, le cas échéant, au contribuable et, à la demande de celui-ci, pour répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications pour la partie qui excède les deux mois prévus à l'article L. 16 A. / Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration ou pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères, lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger. () ". En vertu de l'article L. 16 A du même livre, lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite.

5. Il résulte de ces dispositions que les délais qu'elles prévoient, impartis au contribuable pour compléter sa réponse à une demande d'éclaircissements ou de justifications, à sa demande ou à la suite d'une mise en demeure de l'administration, et nécessaires à l'administration pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger, ou obtenir les relevés de comptes non produits par le contribuable dans le délai imparti, se cumulent en principe, eu égard aux objets différents qu'ils poursuivent, pour le décompte de la durée de prorogation de la période de contrôle d'un an prévue par les dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales. Il en va toutefois différemment lorsque plusieurs de ces délais courent de manière concomitante, le délai d'un an prévu par ces dispositions n'étant alors prorogé qu'à concurrence du nombre de jours pendant lesquels ces délais ne se recouvrent pas.

6. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B ont reçu le 26 juin 2015 l'avis d'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2011 à 2013. Le contrôle s'est achevé, pour les années 2012 et 2013, par la notification des redressements qui leur a été adressée le 29 juillet 2015. Les requérants soutiennent que la durée de l'examen contradictoire a ainsi dépassé le délai d'un an fixé par les dispositions précitées de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales. Il résulte toutefois de l'instruction que la période d'un an maximale d'examen de la situation fiscale personnelle de M. et Mme B a été prorogée, en premier lieu, par le délai de dix-neuf jours correspondant au délai supplémentaire accordé le 11 avril 2015 aux contribuables pour répondre à la demande d'éclaircissements ou de justifications de l'administration, en deuxième lieu, par le délai de trente jours imparti aux intéressés pour répondre à la mise en demeure qui leur a été adressée le 21 mai 2015 en application de l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales et, en troisième lieu, par le délai de deux-cent quatre jours séparant la date à laquelle expirait le délai de soixante jours imparti aux contribuables pour communiquer leurs relevés de compte, le 26 août 2015, et l'obtention de ces documents par l'administration, le 2 février 2015 pour la réponse la plus tardive. La période d'un an a ainsi été prorogée de deux-cent-cinquante-trois jours et s'achevait donc le 6 mars 2017. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la fin du contrôle, intervenue le 29 juillet 2015, serait intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au présent litige : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 €. () ". L'article L. 16 A du même livre prévoit que " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. / Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite. ". L'article L. 69 du même livre prévoit que " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".

8. Il résulte de l'instruction que, s'agissant de l'année 2012, l'administration fiscale a constaté une discordance entre les sommes figurant au crédit des comptes bancaires de M. et Mme B et les revenus déclarés. Elle a donc transmis aux requérants, le 11 février 2015, en application des dispositions précitées au point 7, une demande d'éclaircissements et de justifications sur l'objet, la nature et l'origine des sommes non identifiées. Le délai pour répondre à cette demande a été prorogé, à la demande des intéressés, jusqu'au 30 avril 2015. Estimant que les contribuables n'avaient pas répondu de manière complètement satisfaisante à cette demande par leur courrier adressé le 29 avril 2015, le service leur a adressé, contrairement à ce que prétendent les requérants, une mise en demeure du 11 mai 2015, dont le pli la contenant, avisé le 21 mai 2015, est revenu au service avec la mention " pli avisé et non réclamé ". M. et Mme B n'ont cependant pas fourni de justifications supplémentaires. Dans ces conditions, le service a régulièrement pu mettre en œuvre à leur égard, en ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée de l'année 2012, la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales.

9. En troisième lieu, aux termes du 1° de l'article L. 66 du livre de procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus () sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 () ". L'article L. 67 de ce livre prévoit que ces dispositions ne sont applicables que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure.

10. Il résulte de l'instruction que, s'agissant de l'année 2013, les requérants ont, contrairement à ce qu'ils soutiennent, été destinataires, le 30 juillet 2014, d'une mise en demeure d'avoir à déclarer l'ensemble de leurs revenus dans un délai de trente jours. Il est constant qu'ils ne s'y sont pas conformés, la déclaration de leurs revenus n'ayant été déposée que le 20 avril 2015. Par suite c'est à bon droit que l'administration fiscale a mis en œuvre la procédure de taxation d'office de leurs revenus, prévue en cas de manquement à l'obligation de dépôt de la déclaration de revenus en application des dispositions du 1° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales.

11. En quatrième lieu, l'article L. 76 B du livre de procédures fiscales dispose : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. "

12. Les requérants soutiennent qu'ils ont demandé, dans leur courrier du 4 novembre 2016, la communication des documents ayant servi de fondement aux rectifications notifiées. Toutefois, cette demande est intervenue postérieurement à la mise en recouvrement des impositions en litige, le 27 septembre 2016 pour 2012 et le 29 avril 2016 pour 2013. Dès lors, l'administration fiscale n'était pas tenue d'accéder à leur demande en application des dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Le moyen doit donc être écarté.

13. En cinquième et dernier lieu, pour soutenir que la procédure est irrégulière, l'administration n'ayant pas répondu à leur demande de communication de leur entier dossier fiscal, M. et Mme B ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration, qui reprennent les dispositions de la loi du 17 juillet 1978, ces dispositions ayant pour objet de faciliter de manière générale l'accès des personnes qui le demandent aux documents administratifs et non de modifier les règles particulières qui régissent la procédure d'imposition. Ce moyen doit donc, en tout état de cause, être écarté comme étant inopérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions et pénalités en litige.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme B réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.et Mme C B, et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Raison, première conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteuse,

A. BERGANTZ

Le président,

O. EMMANUELLILa greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2103379

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