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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103439

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103439

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103439
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBAYOL ANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2021, M. A B et Mme D B née C, représentés par Me Bayol, doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Ils soutiennent que :

- la procédure pénale étant en cours, les rectifications devraient être suspendues ;

- c'est à tort que l'administration a refusé de considérer que Mme B n'avait à disposition que 5 % des sommes encaissées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Sorin, rapporteure ;

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bayol, représentant, M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces pour les années 2016 et 2017. Le service, considérant que Mme B avait exercé une activité illicite, lui a notifié par une proposition de rectification du 16 mai 2019, selon la procédure d'évaluation d'office, au titre des bénéfices non commerciaux, des rehaussements d'impôts sur le revenu et de contributions sociales ainsi que des majorations pour les années 2016 et 2017. M. et Mme B doivent être regardés comme demandant la décharge de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la nature de l'activité imposée :

2. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et () s'est livré à une activité illicite. () ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment des éléments de la procédure judiciaire concernant Mme B auxquels le service vérificateur a eu accès par l'exercice de son droit de communication, que cette dernière a participé à une opération consistant à créer des fausses annonces de ventes sur internet et à percevoir des acheteurs les codes permettant d'encaisser les mandats cash avant la livraison de la marchandise, laquelle n'était jamais livrée. Il résulte également de l'instruction que le service vérificateur a exercé son droit de communication auprès de la banque postale afin de vérifier les mandats cash encaissés par Mme B. En se bornant à se prévaloir de l'absence de jugement pénal reconnaissant sa culpabilité et en indiquant que l'administration fiscale aurait dû suspendre les rehaussements, Mme B, qui a d'ailleurs reconnu les faits à plusieurs reprises, ne remet pas sérieusement en cause la réalité de l'exercice de cette activité. A cet égard, la circonstance qu'aucune décision pénale n'ait été rendue à l'encontre de Mme B ne fait pas obstacle à ce que les éléments recueillis par l'administration fiscale auprès de l'autorité judiciaire soient utilisés pour établir l'impôt.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

5. Les recettes issues de l'activité illicite exercée par Mme B ayant été, en vertu du 2° de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales, évaluées d'office au titre des années 2016 et 2017, M. et Mme B supportent la charge de démontrer le caractère exagéré des impositions mises à leur charge.

En ce qui concerne la reconstitution des bénéfices :

6. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. ". Aux termes de l'article 93 du même code : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. Sous réserve des dispositions de l'article 151 sexies, il tient compte des gains ou des pertes provenant soit de la réalisation des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession, soit des cessions de charges ou d'offices, ainsi que de toutes indemnités reçues en contrepartie de la cessation de l'exercice de la profession ou du transfert d'une clientèle. "

7. Il résulte de l'instruction que Mme B qui exerçait une activité illicite ainsi qu'il a été indiqué au point 3, a été assujettie sur le fondement des dispositions de l'article 92 précité du code général des impôts, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 à raison des mandats cash encaissés par elle sur son compte. Les requérants soutiennent que, sur l'ensemble des sommes encaissées, Mme B ne conservait que 5 % des sommes à titre de commission et reversait le reste. Toutefois, Mme B n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de cette allégation non corroborée par l'extrait de l'ordonnance de non-lieu partiel et de renvoi devant le tribunal correctionnel. En application des dispositions précitées du code général des impôts, il appartient à la requérante de justifier que les dépenses dont elle demande la déduction sont liées à l'exercice de sa profession. A défaut d'une telle justification, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'administration ne pouvait retenir, à titre de recettes, l'ensemble des sommes encaissées par Mme B, déduction faite d'une somme de 1 100 euros au titre des frais de transport.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme D B née C et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Sorin, première conseillère,

M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

G. SORIN

Le président,

O. EMMANUELLILa greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

2103439

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