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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103793

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103793

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103793
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSOUMARÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Elec Pro Concept représentée par Me Soumaré, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant de 2015 à 2017, de la taxe sur les véhicules de société au titre des périodes allant d'avril 2015 à septembre 2016 et d'octobre 2016 à décembre 2017, de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre de l'année 2017 et de l'amende mise à sa charge au titre des années 2016 et 2017 en application des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts ainsi que la décharge de l'amende infligée sur le fondement des dispositions du 2° du IV de l'article 1736 du code général des impôts ;

2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Elle soutient que :

- la procédure de vérification est irrégulière dès lors qu'elle a été menée à charge contre elle ;

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'elle a été privée d'un débat oral et contradictoire préalablement à l'élaboration de la proposition de rectification du 19 mars 2019 ;

- le service a, à tort, rejeté sa comptabilité qui était régulière et sincère ;

- en ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la période au titre des années 2015 et 2016, l'administration ne pouvait pas prendre en considération les encaissements correspondant à la rémunération de prestations de services effectuées en qualité de sous-traitant au profit de diverses sociétés dès lors qu'elle n'a collecté, en application des dispositions du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts, aucune taxe sur la valeur ajoutée sur les sommes ainsi encaissées et qu'elle produit toutes les pièces de nature à en justifier ;

- le service a, à tort, remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les prestations d'ingénierie et de conseil pour la construction d'une villa dès lors que cette villa était destinée à devenir son siège social et être porté à son actif ;

- elle n'a commis aucun acte anormal de gestion dès lors que les dépenses déduites sur le fondement du contrat de sous-traitance ont bien été versées à la société Sud Alpes Elec ;

- la réintégration dans son bénéfice des charges déduites au titre de la rémunération du personnel pour un montant de 128 000 euros au titre de l'année 2016 et de 130 950 euros au titre de l'année 2017 n'est pas fondée ;

- de la même façon, la réintégration des provisions pour prime de gérance et charges sociales sur prime de gérance versées en 2015 et 2016 n'est pas fondée ;

- M. A B n'est pas le bénéficiaire des sommes considérées comme des revenus distribués par l'administration fiscale sur le fondement du 1° et 2° du I de l'article 109 et de l'article 111 C ;

- l'amende infligée sur le fondement des dispositions du 2° du IV de l'article 1736 du code général des impôts n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire enregistrés les 20 octobre et 25 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Elec Pro Concept, qui exerce une activité de travaux d'installation électrique, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 à l'issue de laquelle elle a été assujettie, selon la procédure de rectification contradictoire, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 à 2017 et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant de 2015 à 2017. Elle a également été assujettie, selon la procédure de taxation d'office, à la taxe sur les véhicules de sociétés au titre des périodes allant d'avril 2015 à septembre 2016 et d'octobre 2016 à décembre 2017. Enfin, l'administration fiscale a mis à sa charge une amende pour distribution occulte au titre des années 2016 et 2017 en application des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts. Après avoir formé une réclamation contentieuse qui a été rejetée par l'administration fiscale, la société Elec Pro Concept demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions ainsi mises à sa charge.

Sur la régularité de la procédure de vérification :

2. En premier lieu, si la société Elec Pro Concept soutient que la procédure a été menée à charge contre elle, elle n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que le vérificateur aurait manqué d'impartialité. Dans ces conditions, il n'est pas établi que les conditions dans lesquelles se sont déroulées les opérations de contrôle auraient été de nature à affecter la régularité de la procédure d'imposition.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, conformément au I de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.

4. Il résulte de l'instruction que les opérations de vérification se sont déroulées à compter du 17 septembre 2018 dans les locaux de la société requérante et ont donné lieu à 12 visites en présence du gérant de la société. Le service vérificateur a ensuite tenu, le 10 décembre 2018, dans les mêmes locaux, une réunion de synthèse en présence du gérant de la société et de son expert-comptable. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 11 décembre 2018 que la société était informée, d'une part, ce que la procédure de vérification concernait non seulement l'exercice clos 2015 mais aussi ceux clos en 2016 et 2017 et d'autre part, que si cette proposition de rectification concernait les rehaussements envisagés au titre de l'exercice clos en 2015, le service allait lui faire parvenir une autre proposition de rectification concernant les exercices 2016 et 2017. Dans ces conditions, et alors que le service vérificateur n'était pas tenu d'effectuer d'autres interventions sur place concernant spécifiquement les exercices clos en 2016 et 2017 postérieurement à la notification de la proposition de rectification du 11 décembre 2018, la société requérante n'établit pas qu'elle aurait été privée de la possibilité d'engager un débat oral et contradictoire avec le vérificateur.

Sur le bien-fondé des impositions supplémentaires :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ".

6. S'étant abstenue de présenter des observations sur les propositions de rectification qui lui ont été notifiées, la société requérante doit être regardée comme ayant tacitement accepté les rectifications qui lui ont été proposées. Il lui appartient, par suite, d'apporter la preuve du caractère infondé ou exagéré des impositions contestées.

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 123-12 du code du commerce : Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable. ". Aux termes de l'article L. 123-14 du même code : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. ". Aux termes de l'article R. 123-174 de ce code : " Les mouvements affectant le patrimoine de l'entreprise sont enregistrés opération par opération et jour par jour pour le livre-journal. Tout enregistrement comptable précise l'origine, le contenu et l'imputation de chaque donnée ainsi que les références de la pièce justificative qui l'appuie. Les opérations de même nature, réalisées en un même lieu et au cours d'une même journée, peuvent être récapitulées sur une pièce justificative unique. Les pièces justificatives sont classées dans un ordre défini au document mentionné à l'article R. 123-172 ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ". Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. (/) Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. (/) L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis. ".

9. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a rejeté la comptabilité de la société Elec Pro Concept concernant l'ensemble des exercices vérifiés pour deux motifs. D'une part, elle a relevé que la comptabilité ne comporte pas tous les documents nécessaires pour enregistrer l'ensemble des opérations de l'entreprise et en établir les résultats tant en matière de produits que de charges. D'autre part, l'administration fiscale a constaté que la date comptable retenue pour l'ensemble des écritures est le dernier jour du mois et non la date réelle des mouvements affectant le patrimoine de l'entreprise. En ce qui concerne les exercices 2016 et 2017, il résulte de l'instruction que l'administration a, en outre, retenu, pour rejeter la comptabilité de la société requérante, que la date de validation des écritures comptables était postérieure à la date de dépôt de la déclaration d'impôt sur les sociétés ainsi qu'à la date limite de déclaration de résultats et qu'il existait des discordances entre les montants figurant sur certains comptes de la balance générale et les montants de ces mêmes comptes du grand livre pour les exercices 2016 et 2017.

10. En se bornant, sans produire les pièces pertinentes, à soutenir que son bilan comptable retrace l'ensemble des données composant l'actif et le passif de l'entreprise, que son compte de résultats contient les charges et les produits de chaque exercice qui sont justifiés par les documents fournis au service vérificateur, la société ne conteste pas utilement l'ensemble des griefs ayant fondé le rejet de sa comptabilité au titre des exercices en litige. Dans ces conditions et alors que la charge de la preuve lui incombe, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que sa comptabilité a été rejetée.

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée :

11. D'une part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / () ".

12. D'autre part, aux termes des dispositions du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts : " Pour les travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante, au sens de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, pour le compte d'un preneur assujetti, la taxe est acquittée par le preneur ". Aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe II à ce code : " I. - Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : / () / 13° Lorsque l'acquéreur ou le preneur est redevable de la taxe, la mention : "Autoliquidation" ; / () ".

13. Il résulte de l'instruction que pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajoutée éludée, le service vérificateur a pris en compte les sommes inscrites au crédit du compte " clients divers " et correspondant également au montant du compte " sous-traitance " pour lesquelles aucune taxe sur la valeur ajoutée n'avait été collectée pour la période allant de 2015 à 2016. La production par la société requérante d'un contrat de sous-traitance conclu le 8 janvier 2015 avec la société Sud Alpes Elec aux termes duquel elle n'a pas la qualité de sous-traitant mais de donneur d'ordres ne saurait, par nature, justifier l'absence de collecte de taxe sur la valeur ajoutée. Ainsi en est-il également de la facture d'un montant de 39 532 euros du 31 décembre 2015 dès lors qu'elle émane de la société Sud Alpes Elec et est adressée à la société requérante. Enfin, les factures produites au titre de l'année 2016 adressées à la société habitation automatisme et services ou à la société Sud Alpes Elec qui ne sont corroborées par aucun contrat de sous-traitance, devis, bon de commande ou document permettant d'établir la volonté de la société requérante d'agir en qualité de sous-traitant et des sociétés précitées en qualité de donneur d'ordres et leur accord pour la réalisation des travaux sous-traités et de leur prix ne suffisent pas à remettre en cause l'analyse menée par l'administration fiscale. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas le caractère exagéré des bases imposables retenues par l'administration fiscale et n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge ainsi que des pénalités correspondantes.

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible :

14. Aux termes de l'article 271 de ce code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / () / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. / () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / () 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures () ".

15. Il résulte du II de l'article 271 du code général des impôts que la déduction ne peut avoir lieu que dans la mesure où les biens et les services dont le prix a été grevé de taxe sont utilisés par le redevable pour les besoins de ses opérations imposables.

16. Le service a estimé qu'avait été déduite à tort la taxe afférente à des charges qui n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de l'exploitation, mais dans l'intérêt personnel du dirigeant de la société, pour des montants de 4 200 euros toutes taxes comprises au titre de l'exercice 2017, ces dernières correspondant à des frais de conseils et d'ingénierie pour la construction d'une villa. La société requérante n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations selon lesquelles ces dépenses auraient été utilisées pour les besoins de son activité dès lors que la villa devait devenir son siège social et sa valeur inscrite à l'actif de la société. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a remis en cause leur déductibilité.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant de 2015 à 2017.

En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

S'agissant des dépenses déduites au titre de l'exercice 2015 sur le fondement du contrat de sous-traitance conclu avec la société Sud Alpes Elect :

18. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

19. Le service a relevé lors des opérations de vérification que les véritables bénéficiaires des sommes déduites au titre de la sous-traitance n'étaient pas la société Sud-Alpes-Elec mais le gérant de la société requérante, son épouse, sa famille ainsi que d'autres tiers et qu'aucune pièce ne permettaient d'établir que ces dépenses avaient été exposées dans son intérêt. La production par la société requérante d'un contrat de sous-traitance conclu avec la société Sud Alpes-Elec le 8 janvier 2015 et de diverses factures au nom de cette société mais dont l'adresse du siège social et le numéro de siret diffèrent ne sont pas de nature, au regard notamment de ces incohérences, à justifier le montant des frais de sous-traitance remis en cause par l'administration fiscale.

S'agissant de la rémunération du personnel au titre des exercices 2016 et 2017 :

20. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. ". Pour être admis en déduction de l'impôt sur les sociétés, ces frais doivent être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, correspondre à une charge effective, être appuyés de justifications suffisantes et être compris dans les charges de l'exercice au cours duquel ils ont été engagés.

21. Il résulte de l'instruction que le service a remis en cause les charges déduites au titre de la rémunération du personnel pour un montant de 128 000 euros au titre de l'année 2016 et de 130 950 euros au titre de l'année 2017 au motif que les bénéficiaires des sommes versées n'étaient pas identifiés et qu'aucun contrat de travail ni fiche de paie établi par la société ne correspondaient à ces sommes. La seule production par la société requérante de bordereaux récapitulatifs des cotisations de l'URSAFF indiquant, concernant l'année 2016, un montant total de salaires versés de 246 477 euros sur le mois de janvier uniquement et, concernant l'année 2017, un montant de 224 416 euros sur l'année entière ne permettent pas, s'agissant de montants globaux et en l'absence de tout contrat de travail et fiche de paie, d'établir que les sommes en litige correspondent aux rémunérations versées aux salariés de la société requérante. La production de la déclaration unifiée des cotisations sociales au titre de l'année 2018 ne permet pas plus de justifier ces sommes.

S'agissant des provisions pour prime de gérance et charges sociales sur prime de gérance versées en 2015 et 2016 :

22. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () ; / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ".

23. Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent par un lien direct aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise. En outre, en ce qui concerne les provisions pour charges, elles ne peuvent être déduites au titre d'un exercice que si se trouvent comptabilisés, au titre du même exercice, les produits afférents à ces charges. La déductibilité de ces charges ou frais est en toute hypothèse subordonnée à la condition d'être appuyée sur des justifications suffisantes.

24. Outre le fait qu'il n'est pas contesté que la société requérante n'a pas inscrit en comptabilité avant l'expiration du délai de déclaration pour les exercices clos en 2015 et 2016, les primes attribuées à son gérant, augmentées des charges sociales y afférentes au titre de ces exercices, cette dernière ne produit aucun justificatif quant à leur versement. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a pu refuser d'admettre en déduction du résultat de la société ces provisions.

S'agissant de l'avoir au profit de la société Pistolesi :

25. La société requérante ne produisant aucun document justifiant l'existence d'un avoir au profit de la société Pistolesi d'un montant de 15 542 euros comptabilisé dans ses charges au titre de l'exercice 2017 alors que la charge de la preuve lui incombe, c'est à bon droit que l'administration a procédé à la réintégration de cette somme dans ses résultats.

26. Il résulte de tout ce qui précède que la société n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017.

En ce qui concerne le bénéficiaire des revenus distribués :

27. La société Elec Pro Concept soutient que l'administration a, à tort, considéré que M. C A B était le bénéficiaire des revenus considérés comme distribués sur le fondement du 1° et 2° du I de l'article 109 et de l'article 111 C du code général des impôts au motif qu'il est le maître de l'affaire. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur le bien fondé des redressements en litige de la société Electro Pro Concept.

Sur les conclusions à fin de sursis de paiement :

28. Les conclusions relatives au sursis de paiement ont perdu leur objet dès lors que le présent jugement statue sur le fond de l'affaire. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.

Sur le bien-fondé de l'amende infligée sur le fondement des dispositions du 2° du IV de l'article 1736 du code général des impôts :

29. Si la société soutient que l'amende qui lui a été infligée sur le fondement du 2° du IV de l'article 1736 du code général des impôts n'est pas fondée, elle n'assortit ce moyen d'aucune des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé de sorte qu'il ne peut qu'être écarté.

30. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Elec Pro Concept doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions demandant le sursis de paiement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société à responsabilité limitée Elec Pro Concept est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Elec Pro Concept et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Chevalier, première conseillère,

Mme Kolf, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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