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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2103995

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2103995

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2103995
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET CABANES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mai 2021 et le 20 juin 2023, le centre d'ostéopathie Atman, représenté par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 1 215 840 euros, assortie des intérêts moratoires, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité fautive des décisions du 8 et du 20 juillet 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'illégalité des décisions du 8 et du 20 juillet 2020 sont établies par l'ordonnance du Conseil d'Etat du 28 août 2015 et par la décision d'agrément provisoire du 22 septembre 2015 puis temporaire du 3 mars 2016 prises par le ministre chargé de la santé ;

- il est fondé à demander réparation de ses préjudices à hauteur de la somme totale de 1 215 840 euros et qui se décomposent comme suit :

339 360 euros au titre des annulations d'inscriptions pour l'année 2015/2016 ;

856 480 euros au titre des annulations d'inscriptions pour l'ensemble des années de scolarités ;

20 000 euros au titre du préjudice d'image et de réputation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, le ministre de la santé et de la prévention, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la prescription quadriennale est acquise,

- les moyens soulevés par le centre d'ostéopathie Atman ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, première conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Michelin, représentant le centre d'ostéopathie Atman.

Une note en délibéré pour le centre d'ostéopathie Atman a été enregistrée le 19 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 8 juillet 2015, le directeur général de l'offre de soins du ministère chargé de la santé a refusé de renouveler l'agrément du centre d'ostéopathie Atman qui a formé un recours gracieux, lequel a été rejeté par une décision du 20 juillet 2015. Puis par une ordonnance du 28 août 2015, le Conseil d'Etat a suspendu la décision du 8 juillet 2015 et a enjoint au ministre de procéder au réexamen du dossier. Par décision du 22 septembre 2015, un agrément provisoire a été délivré au centre d'ostéopathie Atman, puis par une décision du 3 mars 2016, un agrément pour une durée de cinq ans lui a été délivré, à compter du 1er septembre 2016. Estimant que les décisions du 8 juillet 2015 et du 20 juillet 2015 sont entachées d'illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat, le centre d'ostéopathie Atman a présenté, par courrier du 18 janvier 2021, une demande préalable indemnitaire auprès du ministre chargé de la santé qui l'a implicitement rejetée. Par la présente requête, le centre d'ostéopathie Atman demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 1 215 840 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée.

5. Il résulte de l'instruction que par une décision du 8 juillet 2015, le directeur général de l'offre de soins du ministère chargé de la santé a refusé de renouveler l'agrément du centre d'ostéopathie Atman qui a formé un recours gracieux, lequel a été rejeté par une décision du 20 juillet 2015. Puis par une ordonnance du 28 août 2015, le Conseil d'Etat a suspendu les décisions du 8 et du 20 juillet 2015 en raison d'un doute sérieux quant à la légalité desdites décisions. Toutefois, eu égard le caractère provisoire de cette décision qui n'a pas autorité de chose jugée au principal, le centre d'ostéopathie Atman ne peut utilement se fonder sur cette ordonnance de référé pour établir que les décisions litigieuses sont entachées d'illégalité.

6. Par ailleurs, le centre d'ostéopathie Atman ne peut davantage se prévaloir de la circonstance que le ministre a délivré un nouvel agrément pour une durée de 5 ans à compter du 1er septembre 2016 pour soutenir que les décisions litigieuses sont entachées d'illégalité.

7. Enfin, à supposer que le centre entende soulever les moyens tirés de ce que la méconnaissance de l'article 15 du décret n° 2014-1043 est infondée, que l'activité clinique de l'établissement se serait pas de nature à justifier un refus d'agrément et que le caractère incomplet du dossier ne serait pas justifié, ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

8. Dès lors, en l'absence d'illégalité fautive des décisions du 8 et du 20 septembre 2015, le centre d'ostéopathie Atman n'est pas fondé à demander la réparation des préjudices que lui auraient causé ces décisions.

9. Il résulte de ce qui précèdent que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du centre d'ostéopathie Atman est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au centre d'ostéopathie Atman et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Chaumont, première conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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