mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104091 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PREVOST ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés les 26 juillet 2021, 30 mai 2023, 30 août 2023 et 25 septembre 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit le 19 octobre 2023 à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, le syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides, représenté par Me Corne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum la société NICOLO, la société TPF Ingénierie et la société SNA-PROSPERI à lui verser la somme totale de 534 557,30 euros avec intérêts au taux légal à compter du 26 juillet 2021 et capitalisation des intérêts à compter du 26 juillet 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date ;
2°) de mettre in solidum à la charge des sociétés NICOLO, TFP Ingénierie et SNA-PROSPERI la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal :
- la responsabilité des sociétés NICOLO et TPF Ingénierie est engagée sur le fondement de la garantie décennale :
- les désordres constatés résultent de défauts de conception, d'exécution, de suivi et de surveillance des travaux commis par le maître d'œuvre et l'entrepreneur ;
- ces désordres n'étaient pas apparents à la date de réception des travaux ; ils sont apparus le 10 décembre 2013 ;
- la société TPF engage subsidiairement sa responsabilité contractuelle pour les défauts de conception du poste de relevage et pour avoir manqué à son devoir de conseil lors des opérations de réception des travaux se rapportant au poste de refoulement de La Roque :
- la réception des travaux réalisés par la société NICOLO n'est pas de nature à faire obstacle à la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre ;
- elle est responsable au regard des fautes de conception qu'elle a commises ;
- à titre subsidiaire :
- la société SNA-PROSPERI sera condamnée sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle en sa qualité de sous-traitant de la société NICOLO, dès lors qu'elle a manifestement commis des violations aux règles de l'art ;
- le juge administratif est compétent pour connaître des conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement dès lors que le syndicat requérant n'est pas lié à la société SNA-PROSPERI par un contrat de droit privé ;
- la circonstance que les cuves ont été posées par la société NICOLO n'est pas de nature à remettre en cause sa responsabilité au regard des nombreux désordres affectant le poste de refoulement dont les travaux étaient à sa charge dans le cadre du contrat de sous-traitance ;
- ces désordres ont généré des préjudices dont elle a droit à réparation ;
- aucune cause exonératoire de responsabilité n'est de nature à remettre en cause son droit à réparation intégrale ;
- il a subi des préjudices financiers résultant :
- du coût des travaux de réparation qu'il a dû supporter pour un montant de 361 060,75 euros hors taxes soit 433 272,90 euros toutes taxes comprises;
- de la baisse de sa prime épuratoire, conséquence des désordres en litige et des déversements, pour une somme de 41 881,40 euros ;
- du coût de l'expertise judiciaire, lequel n'entre pas dans les dépens mais constitue un préjudice financier indemnisable, qui s'élève à la somme de 37 603 euros ;
- il a subi un préjudice moral en raison de l'atteinte portée à son image, lequel est évalué à la somme de 10 000 euros ;
- il a subi un préjudice tenant à la mobilisation de ses services pour la gestion de ce litige, au titre du surplus de travail occasionné par les désordres sur plusieurs années, lequel est évalué à la somme de 10 000 euros ;
- il a droit aux intérêts au taux légal à compter du 26 juillet 2021 sur l'indemnité réparatrice qui lui sera allouée ainsi qu'à la capitalisation des intérêts à partir du 26 juillet 2022 et à chaque échéance annuelle.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 mars 2023 et 11 décembre 2023, la société NICOLO, représentée par Me Deur, conclut :
1°) à titre principal, au rejet des conclusions de la requête dirigées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'elle soit mise hors de cause ;
3°) en toute hypothèse :
- à ce que le préjudice indemnisable au profit du syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides soit limité à la somme de 115 295,50 euros hors taxes ;
- au rejet du surplus des conclusions du syndicat requérant ;
- à ce qu'elle soit relevée et garantie par les sociétés SNA-PROSPERI et TPF Ingénierie de l'intégralité des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;
- à ce que soit mise à la charge de tout succombant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les conclusions de la requête dirigées à son encontre sur le fondement de la responsabilité décennale sont irrecevables dès lors que les désordres invoqués résultent de vices apparents qui n'ont pas fait l'objet de réserves à la réception ;
- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où l'action engagée au titre de la garantie décennale était jugée recevable, sa mise hors de cause devra être prononcée en ce que les travaux qu'elle a réalisés ne sont pas à l'origine des désordres invoqués :
- elle n'est pas responsable des défauts de conception du poste de relevage ;
- les défauts d'exécution relèvent exclusivement de la responsabilité de la société SNA-PROSPERI ; les ouvrages qu'elle a réalisés ne sont pas directement à l'origine des désordres constatés ;
- les préconisations de la société GRUNDFOS n'ont pas été portées à sa connaissance ;
- aucune observation n'a été faite par le maître d'œuvre lors de la réalisation de ces travaux ;
- s'agissant des préjudices :
- de nombreux postes de travaux retenus par le syndicat requérant et par l'expert n'ont pas de lien direct et certain avec les désordres ; les postes 71A, 71B, 71C, 71 E et 71H devront être écartés en raison soit de leur caractère apparent à la réception, soit comme résultant d'une intervention par la société SUEZ EAU France dans le cadre de l'entretien de l'installation, soit comme résultant de dégradations liées à la crue exceptionnelle d'octobre 2015 ;
- le montant des travaux en lien avec les désordres retenus par l'expert s'élève ainsi à la somme de 151 295,50 euros hors taxes ;
- la demande du syndicat relatif aux frais de prestation de maîtrise d'œuvre, de surveillance et d'études d'un dossier " loi sur l'eau " n'est pas justifiée ;
- la demande du syndicat portant sur l'indemnisation de la baisse de prime épuratoire n'est pas en lien direct avec les désordres ayant affecté le poste de relèvement de La Roque ;
- le préjudice moral et le préjudice lié à la mobilisation des services pour la gestion du dossier devront être écartés.
Par trois mémoires enregistrés les 20 juillet 2022, 31 août 2023 et 25 octobre 2023, la société TPF Ingénierie, venant aux droits de la société TFP Infrastructure, venant elle-même aux droits de la société SETEF, représentée par Me Prevost, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de l'ensemble des conclusions de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions du syndicat dirigées à son encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire :
- à ce que sa part de responsabilité soit limitée à 10 % ;
- à ce qu'elle soit relevée et garantie par les sociétés NICOLO et SNA-PROSPERI à hauteur de 90 % ;
4°) en tout état de cause :
- à ce que le préjudice indemnisable au profit du syndicat requérant soit limité à la seule somme de 208 577,12 euros hors taxes ;
- au rejet de toutes autres demandes du syndicat requérant et de toutes conclusions notamment d'appel en garantie formées à son encontre ;
- à ce qu'elle soit mise hors de cause ;
- à ce que les sociétés NICOLO et SNA-PROSPERI soient condamnées à la relever et la garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre ;
- à ce que soit mise à la charge de tout succombant la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les demandes fondées sur la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre pour une faute de conception sont irrecevables compte tenu de la réception sans réserve des travaux ;
- le syndicat n'est pas fondé à demander l'engagement de la responsabilité décennale des constructeurs en raison de l'absence de caractère décennal des désordres invoqués :
- les désordres affectant le poste de relevage de La Roque étaient apparents à la réception de l'ouvrage ;
- les désordres décrits par l'exploitant avant la réception sont les prémices des désordres objet du litige ;
- elle n'a commis aucun manquement à son obligation de conseil lors de la réception :
- seuls les défauts d'exécution de l'entreprise chargée des travaux et de son sous-traitant sont à l'origine des désordres relevés par l'expert judiciaire ;
- ni le syndicat ni l'expert n'évoquent de manquements de la maîtrise d'œuvre à son obligation de conseil lors de la rédaction du procès-verbal de réception ;
- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal retiendrait le caractère décennal des désordres, la responsabilité de la société TPF Ingénierie ne pourrait être engagée à ce titre en ce qu'elle est totalement étrangère aux désordres invoqués ; la cause des désordres se situe exclusivement dans des défauts d'exécution de l'entreprise chargée des travaux et de son sous-traitant ;
- à titre infiniment subsidiaire, en cas de condamnation, sa part de responsabilité ne pourra dépasser 10 % ; en cas de manquement retenu à son encontre à sa mission de direction des travaux, celui-ci ne peut être que regardé comme résiduel ;
- le maître d'ouvrage a également commis une faute en acceptant la réception sans réserve alors qu'il était informé des risques de dysfonctionnements de l'installation ;
- s'agissant du préjudice :
- la demande du requérant au titre des travaux réparatoires, qui dépasse le montant des travaux retenu par l'expert, porte sur des travaux qui ne sont pas strictement nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination ; les affirmations du requérant ne sont pas de nature à remettre en cause l'analyse de l'expert ;
- s'agissant des prestations de maîtrise d'œuvre, surveillance des travaux et études d'un dossier " loi sur l'eau ", il n'est pas justifié que ces frais étaient indispensables à la réparation des désordres ;
- le préjudice tiré du temps passé par les services du syndicat à la gestion du dossier et le préjudice moral ne sont pas démontrés ;
- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés NICOLO et SNA-PROSPERI en cas de condamnation prononcée à son encontre à raison des fautes d'exécution commises par ces derniers qui constituent la cause exclusive des désordres.
Par un mémoire enregistré le 27 juin 2023, la société SNA-PROSPERI, représentée par Me Hamdi, conclut :
1°) à titre principal, à l'incompétence du tribunal administratif pour statuer sur les demandes du syndicat requérant en tant qu'elles sont dirigées contre la SNA-PROSPERI ;
2°) à titre subsidiaire :
- au rejet des conclusions formées à son encontre par le syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides ;
- à ce que les sociétés NICOLO et TPF Ingénierie soient condamnées in solidum à la relever et la garantir de toutes condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre, en principal, intérêts, frais et accessoires ;
3°) à titre infiniment subsidiaire :
- au rejet des demandes formées par le syndicat requérant au titre des pièces 71A, 71B, 71C, 71E, 71H et 71I ;
- au rejet des demandes formées par le syndicat requérant au titre du temps passé par ses services à la gestion du dossier en expertise et en amont et au titre du préjudice moral et tracasseries prétendument subis ;
- au rejet de la demande du syndicat requérant au titre des frais d'expertise ;
- à ce que, en cas de condamnation, le coût des travaux de reprise nécessaires et justifiés soit limité à la somme de 208 577,12 euros hors taxes ;
- au rejet du surplus des conclusions du syndicat requérant ;
4°) à ce que soit mis à la charge du syndicat requérant et ou de tout succombant les entiers dépens de l'instance ;
5°) à ce que soit mise à la charge du syndicat requérant et ou de tout succombant la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, le tribunal administratif est incompétent pour connaître des conclusions de la requête dirigées à son encontre en raison de sa qualité de sous-traitant de la société NICOLO ; elle n'est pas liée contractuellement avec le maître d'ouvrage ;
- à titre subsidiaire, les conclusions du syndicat intercommunal requérant ne pourront qu'être rejetées en raison du caractère apparent et non réservé des désordres et de l'absence de toute faute imputable à la société SNA-PROSPERI ;
- à titre infiniment subsidiaire, si le tribunal devait faire droit en tout ou partie des demandes du syndicat, les sociétés NICOLO et TPF Ingénierie seront condamnées in solidum à la relever et la garantir de toutes condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;
- s'agissant des préjudices, la réclamation n'est justifiée ni dans son principe ni dans son montant :
- outre les postes 71D et 71F écartés par l'expert judiciaire, les réclamations du syndicat formulées au titre des postes 71A, 71B, 71C, 71E et 71H concernent des travaux qui sont les conséquences d'un défaut d'exécution lors de l'intervention de la société SUEZ EAU France et qui ne peuvent donc incomber aux locateurs d'ouvrage ;
- le poste 71D concerne des travaux qui ne relevaient pas du marché d'origine ;
- les demandes au titre du temps passé par le service à la gestion du dossier, du préjudice moral et des frais d'expertise seront rejetées.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions présentées par la société NICOLO contre la société SNA-PROSPERI dans la mesure où ces parties sont unies par un contrat de droit privé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 avril 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Busto, représentant la société TPF Ingénierie, et de Me Parent, substituant Me Hamdi, représentant la société SNA-PROSPERI.
Considérant ce qui suit :
1. Afin de procéder à l'extension du réseau de transfert des eaux usées en vue du raccordement des communes du Rouret, de Valbonne, de Roquefort-les-Pins et de Villeneuve-Loubet à la station d'épuration des Bouillides, le syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides, maître d'ouvrage, a confié à la SAEM Sophia Antipolis Côte d'Azur la maîtrise d'ouvrage déléguée de l'opération, à la société SETEF, à laquelle la société TPF Ingénierie est venue aux droits, la maîtrise d'œuvre par un acte d'engagement notifié le 4 juillet 2006 pour un montant de 171 672 euros toutes taxes comprises, et à la société NICOLO le marché de travaux, par un acte d'engagement notifié le 15 novembre 2010, pour un montant de 1 124 768,63 euros toutes taxes comprises. La réception des travaux a été prononcée sans réserve le 6 mars 2013, avec effet au 12 décembre 2012. Dès la mise en service du poste de relevage de La Roque fin 2012, la société SUEZ EAU France, délégataire du syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides en vue d'en assurer la gestion, a constaté des dysfonctionnements et désordres concernant ce poste ayant entraîné l'arrêt de celui-ci et la réalisation de travaux. Par ailleurs et à sa demande, un expert judiciaire a été désigné par une ordonnance du 20 février 2017 du juge des référés du tribunal de grande instance de Grasse. Il a déposé son rapport le 28 juillet 2020. Le syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides demande la condamnation in solidum de la société TPF Ingénierie, venue aux droits de la société SETEF, de la société NICOLO et de la société SNA-PROSPERI, intervenue en qualité de sous-traitante de la société NICOLO, à lui verser la somme totale de 534 557,30 euros en réparation des préjudices consécutifs aux désordres affectant le poste de relevage de La Roque. Les constructeurs poursuivis présentent des appels en garantie.
Sur l'exception d'incompétence opposée par la société SNA-PROSPERI :
2. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé.
3. Le présent litige trouve son origine dans l'exécution d'un marché public, dans le cadre duquel la société SNA-PROSPERI est intervenue en qualité de sous-traitante de la société NICOLO, avec laquelle elle était liée par un contrat de droit privé. Ainsi, la société SNA-PROSPERI a participé à l'exécution des travaux en litige, tout en n'étant pas liée au maître de l'ouvrage par un contrat de droit privé. En outre, aucun contrat de droit privé ne lie la société SNA-PROSPERI au maître d'œuvre qui l'appelle en garantie dans le cadre du présent recours. Dès lors, l'exception d'incompétence de la juridiction administrative soulevée par la société SNA-PROSPERI au regard des conclusions formées à son encontre par le syndicat requérant ne peut être accueillie. En revanche, les conclusions d'appel en garantie dirigées à l'encontre de la SNA-PROSPERI par la société NICOLO doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. En cause d'appel, il peut être demandé à la partie de reprendre également les conclusions et moyens présentés en première instance qu'elle entend maintenir () ".
5. Invité à produire le mémoire récapitulatif dans les conditions fixées par l'article R. 611-8-1 précité, le syndicat requérant a déféré à cette demande. Les conclusions et moyens non repris dans son dernier mémoire récapitulatif sont donc réputés abandonnés.
Sur la garantie décennale des constructeurs :
6. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la garantie décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
En ce qui concerne la date du délai d'épreuve de la garantie décennale :
7. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal de réception de l'ouvrage a été établi et signé sans réserve par la personne responsable du marché le 6 mars 2013. Nonobstant la date d'effet de la réception qui a été fixée par les parties au 12 décembre 2012, c'est à la date de signature du procès-verbal de réception que doit être appréciée l'existence de malfaçons à l'origine de désordres.
En ce qui concerne les désordres relatifs à la rupture d'une canalisation et à la fissuration ou la déformation du poste de refoulement :
8. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise judiciaire, que les premiers dysfonctionnements et désordres ont été constatés par le délégataire du syndicat requérant sur le poste de relevage de La Roque dès la mise en service de cette installation, soit fin 2012. Il résulte à cet égard de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire et du rapport établi par SUEZ EAU France en sa qualité de délégataire du service public en charge de l'exploitation du poste de relevage de La Roque, que le 29 décembre 2012, ce poste a fait l'objet d'un arrêt en raison de casses sur le refoulement des pompes, du sectionnement des boulons reliant la pompe à sa griffe, de l'absence de tenue des joints d'étanchéité entre la griffe et le pied d'assise et d'un phénomène de surverse des eaux usées dans le milieu naturel pendant quelques jours. Il résulte également de l'instruction que par courrier électronique du 15 janvier 2013, le délégataire avait informé le maître d'ouvrage de la survenue de ces incidents graves affectant le poste de relevage de La Roque et constatés dès fin 2012. Il résulte ainsi de l'instruction que des désordres affectant le poste de relevage de La Roque étaient apparents lors des opérations de réception et concernaient non pas des inachèvements ou des dysfonctionnements mais des vices apparents affectant la qualité et la nature même de ces ouvrages destinés à assurer la collecte et le traitement des eaux usées. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'en dépit de l'information ainsi donnée par son délégataire sur les désordres affectant le poste de relevage de La Roque, le syndicat requérant a réceptionné les travaux par procès-verbal de réception du 6 mars 2013 sans émettre de réserve et que si des travaux de remédiation ont été engagés, ils ne l'ont été qu'après la réception.
9. Si le syndicat requérant soutient que les désordres dont il demande réparation ne sont apparus qu'à partir du 10 décembre 2013 et n'étaient donc pas apparents à la date de réception, il résulte cependant de l'instruction que la rupture d'une canalisation et la fissuration ou la déformation du poste de refoulement sur le site de La Roque, proviennent de la même cause technique que celle identifiée notamment par l'expert concernant les désordres constatés fin 2012 et qui rendaient déjà impropre l'ouvrage à sa destination. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport établi par SUEZ EAU France sur les différents incidents survenus entre 2012 et 2016 sur le poste de relevage de La Roque que les désordres invoqués par le syndicat requérant dans ses dernières écritures procèdent des mêmes causes, à savoir des défauts affectant les éléments de maintien des pompes dans les cuves (joint d'étanchéité, joint de la griffe de pompe, fixation des pieds d'assise, ancrage de la cuve du fond de poste) et la canalisation de refoulement. Il résulte de l'instruction que la rupture des éléments de maintien des pompes dans les cuves et les fuites des canalisations avaient ainsi déjà provoqué, fin 2012, ainsi qu'il a été dit, des casses sur les refoulements des pompes, une surverse des eaux usées dans le milieu naturel et un arrêt de fonctionnement du poste de relevage. Par ailleurs, ni le rapport d'expertise judiciaire ni aucun autre élément produit au soutien de la requête n'ont révélé d'aggravation qui aurait modifié la nature même ou l'ampleur des désordres postérieurement au courrier par lequel le délégataire avait alerté le maître d'ouvrage des incidents survenus lors de l'exploitation du poste de La Roque et postérieurement, donc, aux opérations de réception. Dans ces conditions, l'étendue des désordres, lesquels ont continué d'affecter le poste de relevage de La Roque après la réception des travaux et dont le syndicat requérant demande réparation (fissuration ou déformation du poste de refoulement et rupture d'une canalisation), résultant d'un défaut de conception et d'exécution des travaux du poste de relevage, ainsi que leurs conséquences prévisibles, étaient ainsi connues lors des opérations de réception. Par suite, le syndicat requérant doit être regardé comme ayant eu connaissance de ces vices lors de la réception et ne pouvait ignorer leurs conséquences à terme. Il s'ensuit que le syndicat requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité des sociétés NICOLO et TPF Ingénierie sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs pour les désordres en cause.
En ce qui concerne le désordre relatif à l'inversion des sondes :
10. Il résulte de l'instruction que l'inversion des sondes faite lors de l'installation initiale et générant de fausses données a été découverte par le délégataire le 10 décembre 2013 et a donné lieu à une intervention de ses agents sur site pour y remédier. Un tel défaut d'installation, s'il a eu pour conséquences de transmettre des données incohérentes et faussées, n'affecte pas l'intégrité de l'ouvrage et n'est pas de nature à compromettre la solidité ou la destination du poste de relevage de La Roque. Dès lors, le syndicat requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité des sociétés NICOLO et TPF Ingénierie sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs pour ce désordre.
Sur la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre :
11. La réception de l'ouvrage mettant fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre en ce qui concerne les prestations indissociables de la réalisation de l'ouvrage, au nombre desquelles figurent, notamment, les missions de conception de cet ouvrage, le syndicat requérant ne peut davantage solliciter la condamnation du maître d'œuvre sur le fondement de la responsabilité contractuelle au titre de sa mission de conception.
12. Toutefois, la responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée, dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves. Ce devoir de conseil implique que le maître d'œuvre signale au maître d'ouvrage toute non-conformité de l'ouvrage aux stipulations contractuelles, aux règles de l'art et aux normes qui lui sont applicables, afin que celui-ci puisse éventuellement ne pas prononcer la réception et décider des travaux nécessaires à la mise en conformité de l'ouvrage.
13. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que l'expert a relevé que les causes des désordres résultaient, outre d'un défaut de conception, de multiples défauts d'exécution et de mise en œuvre s'agissant de la fixation des pompes immergées au sein du premier puisard, de la pose des cuves en polyester sur des calles en bois au lieu de reposer sur une dalle en béton armé tel que prescrit par la société POMPES GRUNDFOS, des sondes de mesures de débits générant des données erronées pour le fonctionnement du poste de refoulement et, enfin, des canalisations reliant les pompes. Il résulte de ce rapport d'expertise que l'expert a constaté que les préconisations de la société GRUNDFOS du point du vue du génie civil n'ont pas été respectées, que certains des travaux réalisés ne l'ont pas été dans les règles de l'art (terrassements, mise en œuvre du béton) et que le maître d'œuvre aurait dû assister aux travaux de terrassement et au coulage du béton pour constater leur non-conformité avec les travaux préconisés par la société GRUNDFOS. Si le maître d'œuvre, pour s'exonérer de sa responsabilité, fait valoir qu'il aurait proposé au maître d'ouvrage de prononcer la réception avec réserve de sorte que ce dernier était informé des risques de dysfonctionnements de l'installation, au motif que des travaux et prestations n'étaient pas encore réalisés, il ne verse toutefois au dossier aucun élément de nature à étayer cette allégation. En outre, ainsi que cela a été dit, l'expert a relevé un manquement du maître d'œuvre dans ses missions d'assistance et de conseil qui n'a pas constaté les non-conformités des travaux réalisés par l'entrepreneur au regard des préconisations de la société GRUNDFOS et il ne résulte pas de l'instruction, au vu des pièces transmises, que le maître d'œuvre aurait signalé au maître d'ouvrage, lors de la réception, ces malfaçons. Dans ces conditions, ces défauts d'exécution que la société SETEF, à laquelle la société TPF Ingénierie est venue aux droits, s'est abstenue de signaler au maître de l'ouvrage lors de la réception afin que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves sur ce point, est de nature à engager sa responsabilité contractuelle.
Sur la responsabilité quasi-délictuelle de la société SNA-PROSPERI :
14. Il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage. Il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs.
15. Le syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides recherche la responsabilité quasi-délictuelle de la société SNA-PROSPERI, avec laquelle elle n'a pas été liée par un contrat, en qualité de sous-traitant de la société NICOLO. Il résulte toutefois de ce qui a été exposé précédemment que le syndicat a décidé de prononcer la réception du marché sans réserve alors même qu'eu égard à l'ampleur des désordres affectant le poste de relevage de La Roque déjà constatés, il était en mesure de prévoir leur extension et leurs conséquences, et que, par suite, ces désordres devaient être regardés comme apparents à la date de réception des travaux. Dès lors que l'absence de mise en cause de la responsabilité de la société NICOLO résulte de son seul fait, le syndicat requérant ne peut faire valoir qu'il ne pourrait utilement rechercher la responsabilité de cette société. En conséquence, il n'est pas fondé à mettre en cause pour les mêmes désordres, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité de la société SNA-PROSPERI, avec laquelle il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui est intervenue sur le fondement d'un contrat conclu avec la société NICOLO, en tant que sous-traitante. Les conclusions présentées à ce titre par le syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides doivent donc être rejetées.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne le coût des travaux de réparation :
16. Ainsi qu'il a été dit, les désordres affectant le poste de relevage de La Roque étaient apparents à la date de réception. La réception définitive sans réserve a dès lors privé le maître de l'ouvrage de la possibilité d'obtenir une exécution des travaux conforme aux règles de l'art.
17. Le préjudice résultant de l'absence de réserves comprend le coût des travaux de reprise des désordres affectant le poste de relevage de La Roque. Si le syndicat requérant sollicite à ce titre le versement de la somme de 433 272,90 euros toutes taxes comprises, l'expert a quant à lui estimé le coût des travaux réparatoires au montant de 250 292,54 euros toutes taxes comprises. Le montant des travaux évalué par l'expert judiciaire correspond aux travaux de remise en état des équipements autosurveillance (71A), aux travaux de remplacement canalisation de refoulement (71B), aux travaux de réparation des deux casses (71C), aux travaux de remise en état conformité de la conduite traversant le vallon (71E), aux travaux de dépose et repose équipements pompes fosses immergées et travaux génie civil de reprise fond de cuve immergée (71G), au coût de fabrication conduite provisoire et pose (71H) et au coût des études dimensionnement du PR et de la paroi, seuil de pied, réparation cuve polyester, dépose et reconstruction fosse carrée, travaux de finition et reprise pédale en enrochement et confortement du talus (71I). Pour obtenir ce chiffrage, l'expert a estimé, sur la base des factures produites par le maître d'ouvrage et des travaux entrepris par la société SUEZ EAU France en lien avec les désordres constatés et au regard des spécifications du marché de travaux, que le coût des travaux de remise en état des équipements autosurveillance (71A) s'élevait à la somme de 15 005 euros hors taxes, que le coût des travaux de remplacement canalisation de refoulement (71B) s'élevait à la somme de 13 550,87 euros hors taxes, que le coût des travaux de réparation des deux casses (71C) s'élevaient à la somme de 15 674 euros hors taxes, que le coût des travaux de remise en état conformité de la conduite traversant le vallon (71E) s'élevait à la somme de 3 318,75 euros hors taxes, que le coût des travaux de dépose et repose équipements pompes fosses immergées et travaux génie civil de reprise fond de cuve immergée (71G) s'élevait à la somme de 15 919,50 euros hors taxes, que le coût de fabrication conduite provisoire et pose (71H) s'élevait à la somme de 9 733 euros hors taxes et qu'enfin, le coût des études dimensionnement du poste de relevage et de la paroi, seuil de pied, réparation cuve polyester, dépose et reconstruction fosse carrée, travaux de finition et reprise pédale en enrochement et confortement du talus (71I) s'élevait à la somme de 135 376 euros hors taxes. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise et de son annexe 7 que les travaux énumérés par l'expert judiciaire présentent un caractère nécessaire pour rendre l'ouvrage propre à sa destination. En revanche les travaux " sécurisation de l'accès au poste de relevage - passage à gué " (71D) et les travaux " confortement du talus 50m² et confortement des blocs installés " (71F) correspondent à des prestations non prévues au marché initial de travaux, de sorte qu'ils ne peuvent être indemnisés au titre des travaux de reprise. Par ailleurs, si le syndicat requérant demande également au titre des travaux réparatoires la somme de 40 105,80 euros hors taxes correspondant aux frais d'études et de maîtrise d'œuvre, il ne justifie pas que ces frais auraient été rendus indispensables à la reprise des désordres.
18. Si les sociétés NICOLO et SNA- PROSPERI contestent le coût retenu par l'expert de certain des postes de dépenses au motif, soit que ces travaux ne relevaient pas du marché initial, soit sont la conséquence d'un défaut d'exécution lors de l'intervention de la société SUEZ, soit résultent de la crue exceptionnelle d'octobre 2015, d'une part, elles ne justifient pas de leurs allégations, d'autre part et surtout, la société TPF Ingénierie, seule concernée par la mise en jeu de la responsabilité contractuelle une fois la réception intervenue, ne conteste pas l'évaluation retenue par l'expert.
19. Dans ces conditions, dès lors que TPF Ingénierie ne conteste ni le principe ni le montant des frais de reprise estimés par l'expert judiciaire, il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'affaire en estimant que, en raison du manquement à son devoir de conseil lors des opérations de réception des travaux, le maître d'œuvre doit être regardé comme responsable à hauteur de 5 % des désordres liés à l'exécution du poste de relevage de La Roque. Il suit de là qu'il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par le syndicat requérant au titre des travaux de reprise, en l'évaluant à la somme de 12 515 euros toutes taxes comprises, imputable à la société TPF Ingénierie sur le fondement de sa responsabilité contractuelle pour manquement à sa mission de conseil lors des opérations de réception.
En ce qui concerne le montant de la baisse de la prime épuratoire :
20. Si le syndicat requérant sollicite l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi, tiré de la perte de la baisse de sa prime épuratoire résultant des désordres survenus et des déversements qui ont ainsi été générés, toutefois et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que la perte dont il se prévaut au titre des années 2016 et 2017, alors même que des travaux de reprise avaient déjà été réalisés à ces périodes, serait en lien avec les vices affectant le poste de relevage de La Roque et dont le maître d'œuvre avait connaissance lors de la réception. En tout état de cause, il n'apporte aucune justification de nature à établir que l'exploitation de l'équipement était susceptible de générer une prime épuratoire supérieure à celle perçue ni ne verse au dossier d'éléments permettant de chiffrer le quantum de la prime perdue.
En ce qui concerne le coût de l'expertise judiciaire :
21. Il résulte de l'instruction que le syndicat requérant, et son assureur, ont avancé les frais de l'expertise ordonnée par la juridiction judiciaire, dont les conclusions sont utiles à la résolution du présent litige. Le syndicat est, par suite, fondé à demander la condamnation de la société TPF Ingénierie à lui rembourser une partie de cette somme à hauteur de sa part de responsabilité déterminée au point 19, soit la somme de 1 880 euros.
En ce qui concerne le préjudice moral :
22. Le syndicat requérant, qui se borne à soutenir que les multiples désordres subis par le poste de relevage et leurs conséquences lui ont porté atteinte et notamment à son image, ne justifie pas de la réalité d'un tel préjudice. Il n'est par suite pas fondé à en demander réparation.
En ce qui concerne le préjudice tenant à la mobilisation des services du syndicat à la gestion du litige :
23. Si le syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides demande le versement d'une somme de 10 000 euros correspondant au surplus de travail que les désordres ont occasionné pour ses services sur plusieurs années, il n'apporte toutefois aucun justificatif permettant d'établir la réalité des dépenses supplémentaires qu'il soutient avoir dû exposer alors que toutes ces charges de travail, bien qu'aggravées par la gestion des désordres résultant de l'opération de construction, font partie intégrante des missions relevant des attributions des agents du syndicat et ne sauraient être constitutives d'un préjudice pour le syndicat. Par suite, cette demande ne peut qu'être rejetée.
24. Il résulte de tout ce qui précède que la société TPF Ingénierie, venant aux droits de SETEF, doit être condamnée à verser au syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides la somme globale de 14 395 euros toutes taxes comprises.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
25. Le syndicat requérant a droit aux intérêts sur la somme de 14 395 euros TTC à compter du 26 juillet 2021, date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal.
26. La capitalisation des intérêts a été demandée le 30 mai 2023. A cette date, il était due au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande.
Sur les appels en garantie :
En ce qui concerne les conclusions en garanties présentées par la société TPF Ingénierie :
27. Eu égard au motif de la condamnation prononcée à son encontre, tiré de son manquement au devoir de conseil du maître d'ouvrage, la société TPF Ingénierie n'est pas fondée à demander à être garantie par les sociétés NICOLO et SNA-PROPSERI des condamnations prononcées à son encontre.
En ce qui concerne les conclusions en garanties présentées par les sociétés NICOLO et SNA-PROSPERI :
28. Aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre de la société NICOLO et de la société SNA-PROSPERI, les conclusions à fin d'appel en garantie qu'elles présentent sont dépourvues d'objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
29. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société TPF Ingénierie la somme de 1 500 euros à verser au syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu en revanche dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de la société NICOLO et celles de la société SNA-PROSPERI présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions d'appel en garantie présentées par la société NICOLO à l'encontre de son sous-traitant sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : La société TPF Ingénierie versera au syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides la somme de 14 395 euros toutes taxes comprises, avec intérêt au taux légal à compter du 26 juillet 2021 et capitalisation de ces intérêts à la date du 26 juillet 2022.
Article 3 : La société TPF Ingénierie versera la somme de 1 500 euros au syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat intercommunal pour l'extension et la gestion de la station d'épuration des Bouillides, à la société NICOLO, à la société TPF-Ingénierie et à la société SNA-PROSPERI.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Pouget, présidente,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
La présidente,
signé
M. Pouget La greffière,
signé
S. Génovèse
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026