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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104175

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104175

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104175
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juillet et 20 août 2021, Mme D E, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 6 juillet 2019 par laquelle le département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire en date du 2 mai 2019 en tant qu'elle confirme le bien fondé d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) " socle " d'un montant de 17 567,24 euros;

2°) d'annuler le titre exécutoire émis et rendu exécutoire le 16 janvier 2019 par le département des Alpes-Maritimes en vue du recouvrement de cet indu ;

3°) de prononcer la décharge de cet indu ;

4°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes, le cas échéant, de lui restituer les sommes déjà recouvrées au titre de cet indu ;

5°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

La requérante soutient que :

- sa requête est recevable

- la décision implicite de rejet attaquée est insuffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour le département des Alpes-Maritimes de n'avoir pas saisi la commission de recours amiable ;

- elle est infondée faute pour le département des Alpes-Maritimes de n'avoir pas établi l'existence des paiements indus ;

- le titre exécutoire n'est pas signé en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il n'est pas suffisamment motivé faute pour le département de n'avoir pas indiqué les bases de liquidation de cet indu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le département des Alpes-Maritimes, représenté par son président en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme E.

Il soutient que :

- avant même le remplacement du titre exécutoire du 16 janvier 2019 attaqué par le titre exécutoire du 18 octobre 2022, la requête de Mme E était irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- par jugement du 20 mai 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Nice a rejeté une précédente requête de Mme E tendant à contester le même indu ;

-les moyens de la requérante sont infondés.

Mme D E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- les observations de Mme A C, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme D E demande l'annulation de la décision implicite de rejet née le 6 juillet 2019 par laquelle le département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire en tant qu'elle confirme le bien fondé d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) " socle " d'un montant de 17 567,24 euros et du titre exécutoire émis le 16 janvier 2019 par le département des Alpes-Maritimes en vue du recouvrement de cet indu. Elle demande également au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer l'indu en litige et d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes, le cas échéant, de lui restituer les sommes déjà recouvrées au titre de cet indu.

Sur les conclusions relatives à l'annulation de la décision implicite en tant qu'elle confirme l'indu du RSA socle litigieux :

2. Il résulte de l'instruction que par un jugement n° 1801454, 1801455, 1801456 et 1803892 du 20 mai 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Nice a rejeté une précédente requête de Mme E ayant le même objet. L'autorité de la chose jugée attachée à ce jugement fait obstacle à la répétition de la présente demande d'annulation fondée sur la même cause juridique. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'annulation du titre exécutoire du 16 janvier 2019 :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet.

4. Mme E demande l'annulation du titre exécutoire du 16 janvier 2019 émis par le département des Alpes-Maritimes afin de recouvrer l'indu du RSA socle d'un montant de 17 567,42 euros. Toutefois, ledit titre ayant été retiré et remplacé par un titre exécutoire du 18 octobre 2022 ayant le même objet, les conclusions dirigées contre le titre exécutoire du 16 janvier 2019 doivent être regardées comme dirigées également contre le titre exécutoire du 18 octobre 2022. Il n'y a, en revanche, plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire émis le 16 janvier 2019 dont le retrait, qui n'a pas été contesté en lui-même, est devenu définitif.

5. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

6. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 5, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

7. En l'espèce, afin de procéder au recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 17 567,42 euros, la créance du département des Alpes-Maritimes a été portée au parapheur sous le bordereau n° 1720 et a été signé le 18 octobre 2022 à 12 heures 22 minutes, par voie électronique, pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, par Mme F B, titulaire d'une délégation de signature régulière à cette fin. Un avis de sommes à payer et un titre exécutoire ont été émis le même jour à l'encontre de Mme E pour le recouvrement de la somme précitée et signés par la même autorité administrative. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

9. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

10. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire litigieux mentionne qu'il correspond à un indu de solidarité active pour la période comprise entre le 1er juillet 2014 et le 30 juin 2017. Il résulte en outre de l'instruction que Mme E avait été préalablement rendue destinataire de la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes du 21 septembre 2017, à laquelle le titre exécutoire en cause fait implicitement mais nécessairement référence, lui notifiant un indu de revenu de solidarité active pour cette période ainsi que les éléments de calcul de cet indu et ses motifs. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le titre litigieux est insuffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le département des Alpes-Maritimes, que les conclusions de la requête de Mme E tendant à l'annulation du titre exécutoire contesté doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la décharge du paiement de la somme de 17 567,42 euros, celles à fin d'injonction et celles tendant à la condamnation du département des Alpes-Maritimes sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire du 16 janvier 2019.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Moutoussamy et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera transmise au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.

La présidente,La greffière,

SignéSigné

M. G

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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