mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104178 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme POUGET |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête, enregistrée le 2 août 2021 sous le n° 2104178, Mme D E, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 12 février 2021 contre la décision du 22 décembre 2020 portant notification d'un indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 449,90 euros pour la période de février 2018 à mai 2018, d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 20 528,40 euros pour la période de septembre 2017 à septembre 2020, d'un indu de prime de naissance d'un montant de 6830,92 euros, d'un indu de prime d'activité majoré d'un montant de 26,30 euros et de trois indus de prime exceptionnelle de fin d'année référencé ING rang 1 de 228,67 euros, ING rang 2 de 152,45 euros et ING rang 3 de 228,67 euros pour les années 2017, 2018 et 2019 ;
2°) d'annuler l'avis de somme à payer émis le 1er juin 2021 d'un montant de 1 200 euros relative à une amende administrative et ensemble l'amende administrative de 1200 euros ;
3°) de prononcer la décharge de l'obligation de remboursement du solde des indus ;
4°) d'enjoindre au département et à l'Etat de reverser les sommes déjà retenues dans le cadre de la procédure de recouvrement ;
5°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes et de l'Etat la somme de 1 224 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours amiable aurait dû faire l'objet d'une saisine préalable ;
- la décision attaquée ne comporte pas la signature de son auteur ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l'avis de sommes à payer ne comporte pas la signature de son auteur ;
- l'administration ne démontre pas la matérialité des indus ;
- il n'est pas démontré que l'agent contrôleur a été habilité par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes ;
- elle n'a pas quitté le territoire français depuis le mois de septembre 2017.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête de Mme E et, à titre subsidiaire, d'une part, à sa mise hors de cause concernant les demandes relatives aux indus de RSA et à l'amende administrative, et d'autre part, à l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions concernant l'indu d'allocation de soutien familial.
Elle soutient que :
-elle doit être mise hors de cause pour les litiges concernant les indus de RSA et à l'amende administrative ;
- les conclusions concernant l'indu d'allocation de soutien familial ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme E et à sa mise hors de cause concernant les demandes relatives aux indus de prime d'activité majorée et des primes exceptionnelles de fin d'année.
Il soutient que :
- la prime d'activité et les primes exceptionnelles de fin d'année sont attribuées pour le compte de l'Etat, dès lors, il doit être mis hors de cause pour les litiges concernant les indus de prime d'activité majorée et les indus des primes exceptionnelles de fin d'année ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. - Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2021 sous le n° 2104659, Mme D E, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 12 février 2021 contre la décision du 22 décembre 2020 portant notification d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 20 528,40 euros pour la période de septembre 2017 à septembre 2020 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de remboursement du solde des indus ;
3°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes et à l'Etat de reverser les sommes déjà retenues dans le cadre de la procédure de recouvrement ;
4°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 1 224 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours amiable aurait dû faire l'objet d'une saisine préalable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l'administration ne démontre pas la matérialité des indus ;
- il n'est pas démontré que l'agent contrôleur a été nominé par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes ;
- elle n'a pas quitté le territoire français depuis le mois de septembre 2017.
Le 19 octobre 2023, un mémoire complémentaire a été présenté pour Mme E mais n'a pas été communiqué.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête de Mme E et à sa mise hors de cause concernant les demandes relatives aux indus de prime d'activité majorée et des primes exceptionnelles de fin d'année.
Il soutient que :
- la prime d'activité et les primes exceptionnelles de fin d'année sont attribuées pour le compte de l'Etat, dès lors, il doit être mis hors de cause pour les litiges concernant les indus de prime d'activité majorée et les indus des primes exceptionnelles de fin d'année ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III. - Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2021 sous le n° 2105811, Mme D E, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 10229, bordereau n°1047, émis le 18 septembre 2021 par le département des Alpes-Maritimes et mettant à sa charge une somme de 20 528,40 euros relative à un indu de revenu de solidarité active :
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de remboursement du solde des indus ;
3°) d'enjoindre au département et à l'Etat de reverser les sommes déjà retenues dans le cadre de la procédure de recouvrement ;
4°) de mettre à la charge du département la somme de 1 224 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été émise alors que la somme mise en recouvrement n'était pas exigible ;
- la décision attaquée n'est pas signée ;
- la décision attaquée ne comporte pas l'exposé des bases de liquidations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au non-lieu à statuer sur la requête de Mme E.
Il soutient qu'ayant retiré le titre exécutoire litigieux par un acte du 13 octobre 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requérante.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023 :
- le rapport de Mme Pouget, présidente ;
- et les observations de Mme A C, représentant le département des Alpes-Maritimes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par les présentes requêtes, enregistrées sous les n°s 2104178, 2104659 et 2005811, Mme E demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 12 février 2021 contre la décision du 22 décembre 2020 portant notification d'un indu d'allocation de soutien familial d'un montant de 449,90 euros, d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 20 528,40 euros, d'un indu de prime de naissance d'un montant de 6830,92 euros, d'un indu de prime d'activité majoré d'un montant de 26,30 euros et de trois indus de prime exceptionnelle de fin d'année référencé ING rang 1 de 228,67 euros, ING rang 2 de 152,45 euros et ING rang 3 de 228,67 euros, et d'autre part, l'avis de somme à payer émis le 1er juin 2021 d'un montant de 1 200 euros relatif à une amende administrative et ensemble l'amende administrative de 1200 euros.
Sur la jonction :
2. Les requêtes présentées par Mme E, enregistrées sous les nos 2104178, 2104659 et 2105811, qui concernent la situation d'un même allocataire, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions concernant la prime de naissance et l'allocation de soutien familial :
3. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Les prestations familiales comprennent : / 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; / 2°) les allocations familiales ; / 3°) le complément familial ; / 4°) L'allocation de logement régie par les dispositions du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ; / 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; / 6°) l'allocation de soutien familial ; / 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; / 8°) L'allocation forfaitaire versée en cas de décès d'un enfant ; / 9°) l'allocation journalière de présence parentale ". Enfin, aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; / 2° Au contentieux de l'admission à l'aide sociale défini à l'article L. 142-3 ".
4. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs aux prestations familiales sont au nombre des litiges relatifs à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale mentionnés à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, et relèvent ainsi du contentieux général de la sécurité sociale.
5. Les requêtes sous les n° 2104178 et n° 2104659 de Mme E sont notamment relatives à la prime de naissance et à l'allocation de soutien familial. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que les litiges relatifs au paiement ou au remboursement de prestations familiales ne relèvent pas de la compétence du juge administratif mais de celle du juge judiciaire. Dans ces conditions, les conclusions de la requérante relatives à ces prestations, en tant qu'elles concernent les indus de prime de naissance et d'allocation de soutien familial, relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Par suite, il y a lieu de rejeter ces conclusions, en tant qu'elles sont relatives à ces indus, comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître en application des dispositions du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer sur la requête n° 2105811 :
6. Il résulte de l'instruction, notamment du certificat administratif du 13 octobre 2023, que la décision attaquée émise le 18 septembre 2021 par le département des Alpes-Maritimes et mettant à la charge de la requérante une somme d'un montant de 20 528,40 euros relative à un indu de revenu de solidarité active a été retirée de l'ordonnancement juridique. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme E enregistrée sous le n° 2105811.
Sur la mise hors de cause de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes :
7. Il résulte de l'instruction que le présent litige qui concerne notamment un indu de revenu de solidarité active et une amende administrative relèvent de la compétence du département. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes est fondée à demander sa mise hors de cause dans ces mesures. Il y a lieu, en conséquence, d'y faire droit.
Sur la mise hors de cause du département des Alpes-Maritimes :
8. Il résulte de l'instruction que le présent litige qui concerne notamment un indu de prime d'activité majorée et des indus de primes exceptionnelles de fin d'année 2017, 2018 et 2019 relèvent de la compétence de l'Etat. Dans ces conditions, le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes est fondé à demander sa mise hors de cause dans ces mesures. Il y a lieu, en conséquence, d'y faire droit.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire du 12 février 2021 :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L.262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. " Et aux termes de l'article R.262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L.262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R.142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L.262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
10. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestation relative au revenu de solidarité active formée auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R.262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 5 mars 2020 entre le département des Alpes-Maritimes et la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, les recours administratifs en matière de contestation relative au bien-fondé de l'indu ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents chargés du contrôle de l'application des législations de sécurité sociale ont été définies, en dernier lieu, par un arrêté du 5 mai 2014 de la ministre des affaires sociales et de la santé.
12. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles auprès des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.
13. Par suite, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, à la suite d'un contrôle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active, a pour objet soit de mettre fin au droit de l'allocataire soit d'ordonner la récupération d'un indu de prestation et que le requérant soulève un moyen tiré du défaut d'agrément ou d'assermentation de l'agent chargé du contrôle, le juge ne saurait se fonder sur les seules mentions du procès-verbal relatives à la qualité de son signataire pour écarter cette contestation. Dans un tel cas, l'administration étant seule en mesure d'établir l'agrément et l'assermentation des agents qu'elle désigne pour effectuer les contrôles, il appartient au juge, si cette qualité ne ressort pas des éléments produits en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
14. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'agent ayant procédé au contrôle de la situation de Mme E a prêté serment devant le tribunal d'instance de Nice le 23 novembre 2016, et a été agrée par une décision publiée au bulletin officiel du ministère des affaires sociales de la santé et des droits des femmes du 5 février 2019. Par suite, cet agent était habilité pour effectuer un contrôle au domicile de la requérante.
15. En troisième lieu, Mme E soutient que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire est entachée d'un vice de forme tiré de l'absence de signature de l'auteur de l'acte et d'une insuffisance de motivation. Or, Mme E n'établit pas avoir formé devant le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes une demande de communication des motifs et ne peut utilement se prévaloir des vices propres affectant la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1302 du code civil : " Tout paiement suppose une dette ; ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution () / ".
17. Si la requérante fait valoir que le demandeur à la répétition de l'indu doit justifier de la réalité et de la matérialité du montant de l'indu qu'il entend répéter, elle n'a pas contesté avoir perçu les sommes dont le remboursement lui était demandé dans sa réclamation du 12 février 2021 mais s'est bornée à critiquer les motifs pour lesquels il lui demandait ce remboursement. Par ailleurs, l'intéressée ne conteste pas les éléments produits par l'administration. Dans ces conditions, son moyen tiré de l'absence de matérialité du montant de l'indu de revenu de solidarité active ne peut être accueilli.
18. En cinquième lieu, aux termes de l'article L.262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L.262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles mentionnées à l'article 132- 1 est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (). ". L'article R.262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Et aux termes de l'article R.262-6 dudit code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ". Aux termes de l'article R. 262-11 : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° : Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ;() ". Il résulte de ces dispositions que les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " au sens du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière.
19. Pour solliciter l'annulation de la décision implicite portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 22 décembre 2020 précitée, Mme Mme E soutient qu'elle n'a pas quitté le territoire français depuis le mois de septembre 2017 et qu'elle justifie de sa présence en France depuis cette date. Toutefois, Mme E, qui se borne à produire des pièces éparses, ne justifie pas ces allégations. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions implicites portant confirmation d'un indu de prime d'activité et d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année :
20. Il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 2104754 du 28 février 2023, devenu définitif, le tribunal administratif de Nice a rejeté les conclusions de Mme E concernant le bien-fondé des indus de prime d'activité majorée et de primes exceptionnelles de fin d'année. Dans ces conditions, l'autorité de la chose jugée attachée au jugement précité fait obstacle à la répétition des demandes à fin d'annulation, pour cause d'identité juridique. Par suite, les moyens relatifs aux indus de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année doivent être écartés.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'avis de somme à payer d'un montant de 1 200 euros :
21. D'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de l'émission du titre exécutoire en litige : " () le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ".
22. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique () ". Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution de leurs dépenses ou de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. / () / La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L.252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 juin 2007 susvisé portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : " La signature électronique de l'ordonnateur est portée, selon les modalités prévues à l'article 4 du présent arrêté, soit sur chaque bordereau de mandats de dépenses et chaque bordereau de titres de recettes, soit sur le fichier contenant de tels bordereaux transmis au comptable public conformément au protocole d'échange standard dans sa version 2 ou dans une version ultérieure ".
23. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
24. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la créance du département des Alpes-Maritimes a été portée au parapheur sous le bordereau n° 534 et a été signée le 1er juin 2021, par voie électronique, pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, par Mme F B, bénéficiaire d'une délégation régulière de signature à cette fin. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme E enregistrées sous les nos 2104178 et 2104659 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme E enregistrée sous le n° 2104178, en tant qu'elles concernent les indus de prime de naissance et d'allocation de soutien familial, sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.
Article 2 : Il n'y a plus lieu à statuer sur la requête enregistrée sous le n° 2105811.
Article 3 : Le département des Alpes-Maritimes est mis hors de cause s'agissant des conclusions de la requête n° 2104178 relatives aux indus de prime d'activité majorée et indus de primes exceptionnelles de fin d'année.
Article 4 : La caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes est mise hors de cause s'agissant des conclusions de la requête n° 2104178 relatives à l'indu de revenu de solidarité active et à l'amende administrative.
Article 5 : La requête de Mme E enregistrée sous le n° 2104659 est rejetée.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2104178 est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie sera adressée au directeur général de la Caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
La présidente,La greffière,
signésigné
M. G
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
N°s 2104178, 2104659, 2105811
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026