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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104188

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104188

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104188
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET
Avocat requérantSANTONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2021, M. C B, représenté par Me Santoni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 923,02 euros pour la période de janvier à juin 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 24 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 3 février 2021.

Il soutient que :

- la décision du 3 février 2021 attaquée n'est pas motivée ;

- cette décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où, d'une part, il réside de manière suffisamment stable et effective sur le territoire français et où, d'autre part, les versements dont il a bénéficié correspondent seulement à des prêts familiaux ;

- la décision du 24 mai 2021 a été signée par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que :

- la requête de M. B est irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouget, présidente ;

- et les observations de Mme A, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a déposé une demande de revenu de solidarité active le 17 septembre 2019, indiquant être célibataire et résider à Cannes (06400). À la suite d'une opération de contrôle diligentée par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes le 24 octobre 2020, M. B s'est vu notifier, le 3 février 2021, un indu de revenu de solidarité active dit " socle " d'un montant de 2 923,02 euros pour la période couvrant les mois de janvier à juin 2020. Par un courrier du 26 mars 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 3 février 2021 précitée, lequel a été rejeté par une décision du 24 mai 2021 du conseil départemental des Alpes-Maritimes. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions des 3 février et 24 mai 2021.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 3 février 2021 portant notification d'un indu de revenu de solidarité active dit " socle " d'un montant de 2 923,02 euros :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours administratif se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 février 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a notifié à M. B un indu de revenu de solidarité active, à laquelle s'est nécessairement substituée la décision du 24 mai 2021 du président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes rejetant le recours préalable obligatoire de M. B sont irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 24 mai 2021 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". L'article L. 211-5 de ce code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

7. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise les articles L. 262-3 et L. 262-5 du code de l'action sociale et des familles dont il est fait application et précise, notamment, que M. B a fait l'objet d'un contrôle diligenté par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, que l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge est justifié par ses absences du territoire français et qu'il n'a pas déclaré l'intégralité de ses ressources au titre des années en cause. Dans ces conditions, cette décision est suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code de justice administrative.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été signée pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes par Mme D E, attachée territoriale, cheffe du service du pilotage et du contrôle des parcours d'insertion. Par arrêté du 2 juin 2020, publié le 15 juin 2020 au bulletin des actes administratifs n° 15 du département des Alpes-Maritimes, Mme E a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction générale adjointe pour le développement des solidarités humaines, dont notamment la décision litigieuse d'aide financière ponctuelle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Et aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

10. M. B soutient que la décision attaquée procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors, d'une part, que la durée de son séjour en Thaïlande a été prolongée en raison de motifs indépendants de sa volonté, ce dont il a informé l'administration et, que, d'autre part, les versements retenus par l'administration, à l'origine de l'indu en cause, correspondent seulement à prêts familiaux destinés à l'acquisition de matériels pour le lancement de son activité professionnelle. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête du 27 janvier 2021 faisant suite à l'opération de contrôle diligentée le 23 octobre 2020 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes à laquelle le requérant n'était pas présent, que ce dernier est entré sur le territoire thaïlandais le 14 janvier 2020 et qu'il s'y est maintenu, a minima, jusqu'à la date dudit contrôle. Ce rapport du 27 janvier 2021, lequel fait état de ce que la grand-mère de l'intéressé a indiqué au contrôleur que M. B n'était toujours pas revenu en France, révèle dès lors que ce dernier a été absent du territoire pour une durée supérieure à celle de quatre-vingt-dix jours prévue par les dispositions précitées de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, si l'intéressé indique qu'il a été empêché de regagner le territoire français avant l'expiration de ce délai de quatre-vingt-dix jours et qu'il en a informé l'administration, il ne verse, dans le cadre de la présente instance, aucun document permettant de corroborer ses allégations. En outre, il résulte de l'instruction que les services de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes ont identifié, après avoir étudié l'état des comptes bancaires de M. B, lesquels ont été obtenus par droit de communication, la perception par l'intéressé d'une somme de 2 000 euros au titre du mois de décembre 2019, et de sommes de 2 000 euros, 1 500 euros et 3 000 euros au titre des mois de janvier, juillet et septembre 2020. Le requérant qui, qui se borne à soutenir que ces sommes correspondent à des prêts familiaux, ne produit aucun document de nature à l'établir. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation de M. B que le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes a confirmé, par sa décision du 24 mai 2021, l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge du requérant.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à dispositions au greffe le 9 mai 2023.

La présidente,La greffière,

signé signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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