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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104235

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104235

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104235
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat Mme Chevalier Aubert
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 4 août 2021, Mme B A, représentée D Me Desfarges demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite D laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes (CAFAM) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 14 janvier 2021 contre la décision du 7 décembre 2020 portant notification d'un trop perçu de prime d'activité ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de remboursement de la somme indue ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes au profit de Me Desfarges la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce D avance, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision contestée qui a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte pas les informations prévues D les articles L.311-3-1 et R.311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration

- elle méconnaît les articles L.845-2 et R.142-4 du code de la sécurité sociale dès lors que la commission de recours amiable de la CAFAM n'a pas été saisie pour avis ;

- elle méconnaît l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle viole les droits de la défense ;

- l'aide financière de sa mère ne constitue pas un revenu ;

- elle a le droit à l'erreur dès lors que c'est de bonne foi qu'elle a informé la CAFAM de sa situation personnelle et professionnelle.

D un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, la caisse d'allocation familiales des Alpes-Maritimes représentée D son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de déclarer ses conclusions comme étant fondées.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués D Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 1er juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier-Aubert, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R.222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une opération de contrôle diligentée au domicile de Mme A D les services de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes (CAFAM), le contrôleur assermenté a constaté, dans un rapport en date du 28 octobre 2020, après échanges contradictoires avec l'allocataire, que l'intéressée n'avait pas déclaré l'ensemble de ses ressources trimestrielles. La CAF des Alpes-Maritimes a régularisé sa situation familiale en conséquence et a informé l'intéressée D lettre recommandée avec accusé de réception le 7 décembre 2020, notifié le 11 décembre 2020, de l'existence d'un trop perçu de prime d'activité (IM3 001) pour la période de décembre 2018 à novembre 2020 d'un montant de 280,39 euros suite à une retenue sur prestation et deux indus de Revenu Solidarité Active (RSA). Mme A a contesté l'indu relatif à la prime d'activité D un recours administratif préalable obligatoire en date du 14 janvier 2021 adressé à la CAF des Alpes-Maritimes. D une décision implicite, le directeur de la CAF a rejeté son recours administratif. D la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite rejetant le recours administratif formé contre la décision du 7 décembre 2020 portant notification d'un indu de prime d'activité d'un montant de 280,39 euros et la décharge de la somme à payer.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée D le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise à la suite du rapport de contrôle du 28 octobre 2020 de l'agent assermenté de la CAF des Alpes-Maritimes. D suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées D les articles L.311-3-1 et R.311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise D l'un des organismes mentionnés à l'article L.843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme qui connaît des réclamations relevant de l'article L.142-1. / Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. / Le bénéficiaire de la prime d'activité est informé, D tout moyen, des modalités de réclamation et de recours décrites aux deux premiers alinéas du présent article ".

5. Mme A soutient qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L.845-2 du code de la sécurité sociale, la décision contestée a été prise sans que l'avis de la commission de recours amiable n'ait été sollicité ni obtenu. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission de recours amiable réceptionné D la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes le 18 janvier 2021 et que cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Le silence opposé à son recours ne peut être regardé comme une absence de saisine de la commission en cause. Le moyen invoqué sera donc écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise D une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

7. D courrier du 14 janvier 2021, reçu D la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes le 18 janvier 20121, Mme A a présenté un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 7 décembre 2020 D laquelle la caisse a notifié à la requérante un indu de prime d'activité d'un montant de 280,39 euros au titre de la période de décembre 2018 à novembre 2020. Le silence gardé pendant deux mois sur ce recours administratif préalable obligatoire, prévu D les dispositions citées au point 4 de l'article L.262- 7 du code de l'action sociale et des familles, a donc fait naître une décision implicite de rejet. Dès lors que cette décision revêt un caractère implicite, le moyen tiré de l'absence des mentions requises D les dispositions précitées de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant.

8. En quatrième lieu, si, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", l'article L. 121 2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises D les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". La décision litigieuse de récupération d'un indu de prime d'activité ne constitue pas une sanction. Dès lors, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, une telle décision n'est pas soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable. D suite, Mme A ne peut utilement soutenir que la décision du 2 avril 2021 n'a pas été précédée d'une telle procédure.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L.262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L.262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles mentionnées à l'article 132- 7 est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active dans des conditions fixées D un décret en Conseil d'Etat (). ". L'article R.262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Et aux terme de l'article R.262-6 dudit code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ".

11. Il résulte de l'instruction que Mme A a bénéficié, au titre des ressources 2018 à 2020, d'une aide financière de sa mère d'un montant de 883 euros D an et d'un montant global de 5 300 euros. Si la requérante soutient que cette aide lui a été versée afin de pouvoir subvenir à ses besoins et à ceux de son fils, et que cette omission non délibérée ne lui est pas imputable dès lors qu'elle ne savait pas qu'il fallait les déclarer, il résulte des dispositions précitées que toutes les ressources perçues sur la période concernée D chaque déclaration trimestrielle de revenus, de quelque nature qu'elles soient, doivent être déclarées. Compte tenu des différents dépôts de chèque sur son compte, en dépit que ces sommes soient versées ponctuellement D sa mère, Mme A ne saurait soutenir que cette omission procède d'une erreur de déclaration alors qu'il appartenait à la requérante de déclarer l'ensemble de ses ressources auprès de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. Dès lors, la CAF des Alpes-Maritimes a pu à bon droit, dans son rapport établi D son agent assermenté le 28 octobre 2020, constater que les virements bancaires de la mère de l'intéressée constituaient des aides financières et devaient être prises en compte dans la régularisation de sa situation. D suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que ces aides financières ne constituent pas des revenus. Ce moyen ne pourra qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire D l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ". Aux termes de l'article L. 123-2 du même code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / En cas de contestation, la preuve de la mauvaise foi et de la fraude incombe à l'administration ".

13. La décision D laquelle un trop-perçu de prestation est notifiée à l'allocataire, sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue toutefois pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Si Mme A se prévaut de son droit à l'erreur, il résulte cependant de l'instruction que la décision en litige de récupération d'indu de prime d'activité, fondée sur des omissions de déclaration de revenus perçus en 2015, ne constitue pas une sanction pécuniaire ou une privation de tout ou partie d'une prestation due. D suite, le moyen tiré du droit à l'erreur en application des dispositions précitées de l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré D l'organisme chargé de son service / () / La créance peut être remise ou réduite () en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

15. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié D l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Il résulte des dispositions précitées qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

16. Il résulte de l'instruction, qu'en omettant de déclarer l'ensemble de ses revenus auprès de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, depuis 2015, Mme A a procédé à une répétition de fausses déclarations. En vertu des dispositions précitées de l'article L.845-3 du code de la sécurité sociale, aucune remise de dette ne peut lui être accordée. En tout état de cause, Mme A n'établit pas, D les seules pièces qu'elle produit, de la précarité de la situation qu'elle évoque à l'appui de cette demande.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge de la requête de Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Dans les circonstances de l'espèce, et alors que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme que Mme A demande sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La magistrate désignée,

signé

V. C

La greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou D délégation la greffière.

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