jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104345 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | OLIVER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 12 août 2021, 22 septembre 2021 et 10 février 2023, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Casa Bari, représentée par son président et unique associé, M. B A, représentée par Me Oliver, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2016, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 et au titre de la période du 1er janvier au 31 mai 2017.
Elle soutient que :
- la procédure d'opposition à contrôle fiscal n'est pas applicable ; elle ne s'est pas opposée au contrôle et justifie de raisons indépendantes de sa volonté ; le cabinet comptable, Elia France, qui avait la charge de la gestion de la comptabilité, est fautif ;
- la procédure de taxation d'office est irrégulière du fait de l'absence de notification de la proposition de rectification, conformément à l'article L. 76 du livre des procédures fiscales ;
- la proposition de rectification n'est pas motivée ;
- l'administration fait état d'un échantillon de sociétés dont on ne connait pas le chiffre d'affaires, qui n'est pas représentatif et ne peut servir de base pour procéder à la taxation d'office ;
- les impositions mises à sa charge sont exagérées ;
- elle doit bénéficier de l'application d'un principe d'indulgence pour les erreurs commises de bonne foi pendant les quatre premières années de fonctionnement ;
- l'intégralité des majorations et intérêts de retard doit être supprimée conformément aux préconisations du ministère de l'économie et des finances.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Oliver, représentant la société Casa Bari et son président et unique associé, M. A.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Casa Bari, dont le président et unique associé est M. A, exerce une activité de travaux de finition (tapisserie, sellerie, travaux de rénovation, carrelage et menuiserie). Au terme d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur l'ensemble des opérations et déclarations susceptibles d'être examinées au titre de la période allant du 22 décembre 2015 au 31 décembre 2016 et sur les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée concernant la période du 1er janvier au 31 mai 2017, l'administration fiscale a constaté une opposition à contrôle fiscal et a assujetti, dans le cadre de la procédure de taxation d'office, la SASU Casa Bari à une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés, assortie des intérêts de retard et d'une majoration au titre de l'exercice 2016. Elle a également mis à la charge de la SASU des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 01 janvier 2017 au 31 mai 2017. La société requérante demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers () ".
3. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la proposition de rectification, en date du 18 septembre 2017, que l'administration fiscale a tenté, en vain, de faire parvenir à M. A un avis de vérification en date du 11 juillet 2017, deux courriers de mise en garde les 16 août et 24 août 2017, ainsi qu'un procès-verbal le 5 septembre 2017. Il est constant que ces courriers et avis ont tous été adressés à la dernière adresse professionnelle connue des services, à Nice, ainsi qu'à l'adresse personnelle du président et unique associé de la société, à Juan-les-Pins. Les plis simples n'ont pas été retournés. Les plis adressés en recommandé ont été retournés avec la mention " avisé non réclamé ". L'avis de vérification, présenté le 11 juillet 2017, a été retourné au service avec la mention " pli avisé non réclamé ". M. A fait valoir qu'il n'exerçait plus son activité à cette adresse, mais n'apporte aucun élément de nature à l'établir ni à justifier qu'il en aurait informé l'administration. En se bornant à se prévaloir du comportement fautif du cabinet Elia France, qui avait la charge de la gestion de la comptabilité et du suivi administratif elle ne conteste pas utilement l'opposition à contrôle fiscal qui a été constatée par l'administration. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a constaté l'opposition à contrôle fiscal et a procédé à l'évaluation d'office des bases d'imposition.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 76 du même livre dans sa rédaction alors en vigueur : "Les bases ou les éléments servant au calcul des impositions d'office sont portés à la connaissance du contribuable, trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions, au moyen d'une notification qui précise les modalités de leur détermination. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables dans les cas prévus au deuxième alinéa de l'article L. 67." D'autre part, aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 67 livre des procédures fiscales : " Il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure si le contribuable change fréquemment de lieu de séjour ou séjourne dans des locaux d'emprunt ou des locaux meublés, ou a transféré son domicile fiscal à l'étranger sans déposer sa déclaration de revenus, ou si un contrôle fiscal n'a pu avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers ".
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque les bases de l'imposition d'un contribuable ont été évaluées d'office à la suite d'une opposition au contrôle fiscal, le législateur a entendu priver l'intéressé, qui s'est de lui-même placé en dehors des règles applicables à la procédure d'imposition, des garanties dont bénéficient les contribuables, qu'ils soient imposés selon la procédure contradictoire ou selon une procédure d'imposition d'office, et notamment de celle tenant à l'obligation qui pèse sur le service d'informer l'intéressé des bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office. La société Casa Bari, qui s'est placée en situation d'opposition à contrôle fiscal telle que décrite au point 3, ne peut utilement soutenir que la proposition de rectification du 18 septembre 2017 ne lui aurait pas été notifiée. Le moyen est par suite inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () Les dispositions du présent article ne sont pas applicables dans les cas prévus au deuxième alinéa de l'article L. 67 ". Il résulte de l'ensemble des dispositions combinées des articles L. 67 et L. 76 du livre des procédures fiscales que l'administration n'est pas tenue, en cas d'opposition à contrôle, de notifier au contribuable les bases de calcul des impositions d'office. Par suite, à supposer même que la proposition de rectification adressée à la société requérante le 18 décembre 2017ait été insuffisamment motivée, ce qui n'est au demeurant pas le cas, cette irrégularité ne serait pas de nature à vicier la procédure d'imposition.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
7. Aux termes des articles L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition " et R. 193-1 du même code : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
8. Il appartient au contribuable qui entend contester devant le juge de l'impôt le bien-fondé de l'imposition d'apporter la preuve du caractère exagéré de ces dernières. De même, il appartient également au contribuable de prouver l'exagération d'une reconstitution de son chiffre d'affaires, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer soit que cette méthode est radicalement viciée ou excessivement sommaire, soit qu'elle aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, apporter tous les éléments de preuve comptables ou extra-comptables.
9. Pour reconstituer le chiffre d'affaires taxable de la société requérante, l'administration fiscale s'est fondée sur une méthode par comparaison issue de données chiffrées provenant d'autres entreprises relevant de la même activité et se situant dans la même zone géographique. Pour assurer le caractère contradictoire de la procédure, sans méconnaître le secret professionnel protégé par l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale a désigné nommément ces entreprises. La société requérante, qui n'a fourni aucun document comptable malgré les demandes répétées de l'administration, conteste cette méthode au motif qu'aucun des chiffres d'affaires des sociétés de l'échantillon n'a été communiqué. Elle relève également qu'au moins deux des sociétés de l'échantillon ont une ancienneté bien supérieure à la sienne et emploient un nombre de salariés conséquent. Elle retient une seule des sociétés, la CRE Action 06, constituée en 2012 et dont les résultats corroborent, selon elle, les informations données par M. A concernant les difficultés rencontrées dans ce secteur d'activité. La société requérante ne propose pas de méthode alternative et, ne démontre pas que la méthode de reconstitution suivie par l'administration fiscale serait excessivement sommaire ou radicalement viciée, pas plus qu'elle ne propose une méthode alternative. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Pour établir le caractère exagéré de l'imposition, la société requérante se contente de fournir des liasses fiscales portant sur les exercices 2016 et 2017, établies postérieurement au contrôle, sans produire aucun autre document ou pièce comptable. Elle soutient sans démontrer que le chiffre d'affaires reconstitué par l'administration est exagéré. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Casa Bari doivent être rejetées.
Sur les pénalités :
12. La société requérante sollicite l'application d'un principe d'indulgence s'appliquant aux erreurs commises de bonne foi pendant les quatre premières années de fonctionnement. Toutefois, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ce principe qu'elle invoque. Ce moyen n'étant assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, il doit être écarté.
13. La SASU Casa Bari sollicite également que l'intégralité des majorations et intérêts de retard soit supprimée et invoque des préconisations du ministère de l'économie et des finances. Ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Casa Bari est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Casa Bari et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Virginie Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Kolf, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026