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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104580

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104580

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104580
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBROSSON MERCERET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er septembre 2021 et 23 janvier 2023, M. A et Mme B C, représentés par Me Brosson, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la charge de la preuve incombe à l'administration ;

- s'agissant des sommes ayant été regardées comme des revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les factures émises par la société Turan Zafer étaient bien déductibles du bénéfice de la société Déco Façades dont M. C est le gérant et l'unique associé ;

- s'agissant des sommes ayant été regardées comme des revenus distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, la comptabilité de la société Déco Façades n'a pas été rejetée et est donc présumée régulière, probante et sincère de sorte que " les apports comptabilisés " au crédit du compte courant d'associé de M. C ne peuvent être regardés comme du " passif fictif " ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas suffisamment motivée par le service.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 novembre 2021 et 15 février 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

Par un mémoire du 2 juin 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a présenté ses observations sur ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bergantz, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique du 14 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société Déco Façades, qui exerce une activité de travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant les exercices clos au 31 décembre 2015, au 31 décembre 2016 et au 31 décembre 2017. Par une proposition de rectification du 13 décembre 2018, l'administration fiscale a considéré que M. C, gérant et unique associé de la société Déco Façades, a été bénéficiaire de revenus distribués par cette société et lui a notifié, en conséquence, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux au titre de l'année 2015, ainsi que les pénalités correspondantes. M. et Mme C demandent la décharge, en droits et pénalités, de ces cotisations supplémentaires.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. et Mme C n'ont pas présenté d'observations dans le délai légal à la proposition de rectification du 13 décembre 2018, notifiée le 19 décembre 2018. Par suite, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires qui leur ont été réclamées leur incombe.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ".

En ce qui concerne les revenus réputés distribués en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts :

5. Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ". Les sommes réintégrées par l'administration dans le résultat imposable d'une société ayant fait l'objet d'un redressement ne peuvent être regardées comme des revenus distribués au sens de ces dispositions que dans la mesure où elles ont été effectivement appréhendées par leur bénéficiaire. Toutefois, le contribuable maître d'une affaire est réputé avoir appréhendé les distributions réalisées par la société qu'il contrôle à la date de clôture de l'exercice au cours duquel l'existence de ces distributions a été constatée.

6. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue du contrôle de la société Déco Façades, le service a remis en cause la déduction par cette société de quatre factures émises par la société Turan Zafer libellées " achats études et prestations services ", pour un montant total de 50 090 euros. Cette somme a été imposée entre les mains de M. et Mme C en tant que revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

7. L'administration fiscale fait valoir que si M. et Mme C soutiennent que ces factures ont été émises dans le cadre d'un contrat de sous-traitance liant la société Déco Façades à la société Turan Zafer, ils ne produisent aucun contrat, ni devis, ni bon de commande ou tout autre document signé qui permettrait d'établir l'accord de volonté entre les deux entreprises pour la réalisation des travaux sous-traités. Le service fait en outre valoir que la société Turan Zafer a déclaré avoir cessé son activité le 30 novembre 2014, soit préalablement à la date d'émission desdites factures, et qu'il résulte des éléments qu'il a recueillis dans le cadre de l'exercice de son droit de communication auprès de la Société Générale qu'aucun paiement par chèque n'a été effectué au bénéfice de la société Turan Zafer par la société Déco Façades. M. et Mme C, qui se bornent à soutenir qu'ils ignoraient que la société Turan Zafer avait cessé son activité à la date à laquelle les factures litigieuses ont été émises, n'apportent aucun élément de nature à justifier la réalité des charges comptabilisées. Dès lors, et alors qu'il est constant que M. C était le seul maître de l'affaire, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence et du montant des distributions ainsi que de leur appréhension par M. et Mme C.

En ce qui concerne les revenus réputés distribués en application du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts :

8. Il incombe au contribuable de justifier des apports en compte courant d'associé par la production d'éléments suffisamment précis portant soit sur le versement sur le compte bancaire de la société réalisé par l'associé soit sur la prise en charge par l'associé, notamment à partir d'un compte bancaire personnel, d'une dépense incombant à la société ou de l'apport d'un bien.

9. En l'espèce, l'administration, en l'absence de justification, a imposé entre les mains de M. et Mme C, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la somme totale de 10 562,54 euros résultant de crédits inscrits au compte courant d'associé dans la comptabilité de la société Déco Façades au 31 décembre 2015.

10. M. et Mme C soutiennent que la comptabilité de la société Déco Façades n'a pas été rejetée de telle sorte que les sommes inscrites au compte courant d'associé sont parfaitement justifiées. Toutefois, si les requérants produisent des relevés bancaires, les lignes qu'ils mettent en évidence ne permettent aucunement d'en déduire un lien quelconque avec les crédits litigieux. En outre, s'ils versent aux débats plusieurs factures, leur règlement n'est établi pour aucune d'entre elles. Ces sommes ont donc été inscrites au compte courant d'associé de M. C, sans contrepartie réelle. Il s'ensuit qu'elles doivent être regardées comme ayant été appréhendées par les requérants et qu'elles présentaient, en conséquence, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, à réintégrer dans le montant de leur revenu imposable au titre de l'année 2015.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

12. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 13 décembre 2018, qu'en relevant l'importance des montant rappelés résultant de la réintégration aux résultats de charges non justifiées et de sommes portées au crédit du compte courant d'associé sans contrepartie, ainsi que la circonstance que M. C, en sa qualité de gérant et d'associé unique, a manqué à ses obligations en ne vérifiant pas l'existence juridique de la société à laquelle il a sous-traité une partie conséquente de son activité, le service a suffisamment et spécialement motivé la pénalité de 40 % pour manquement délibéré, infligée sur le fondement du a) de l'article 1729 du code général des impôts.

13. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C et au directeur département des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BERGANTZ

Le président,

Signé

O. EMMANUELLILa greffière,

Signé

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier.

No 2104580

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