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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104693

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104693

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104693
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantC/M/S BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 septembre 2021 et 22 juillet 2024, la société anonyme monégasque pour l'exploitation du tournoi de tennis, représentée par Me Foissac demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés acquittées au titre des exercices clos en 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 dont elle s'est acquittée pour un montant total de 1 627 453.83 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa réclamation préalable est recevable en application du c de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales ;

- elle a commis une erreur comptable dans l'affectation des charges d'exploitation entre son établissement situé en France et celui situé à Monaco rectifiable dans le calcul du résultat fiscal affecté à son établissement stable français ;

- il s'agit d'une erreur comptable et non d'une décision de gestion qui lui est opposable ;

- la méthode de rattachement des charges aux deux exploitations situées au siège monégasque et à son établissement stable en France doit être de 100% pour les charges directement rattachables à l'un ou l'autre des établissements et pour les charges mixtes, au prorata du chiffre d'affaires réalisé par les établissements français et monégasque ;

- cette méthode, qui a été validée formellement par le chef de brigade dans son courrier du 18 juin 2015, est opposable à l'administration fiscale en application des dispositions du 1° de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales ;

- cette méthode de détermination des bénéfices de l'établissement stable est conforme au modèle de convention fiscale OCDE et est rappelée par la doctrine administrative référencée BOI-INT-DG-20-20-10 du 12 septembre 2012 ;

- cette nouvelle ventilation des charges est fondée, le libellé des charges justifiant de leur affectation à l'exploitation française ;

- cette nouvelle ventilation des charges conduit à un déficit cumulé d'un montant de 20 492 062 euros à la clôture de l'exercice 2014 qu'il convient d'imputer sur les résultats des exercices 2016 à 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, rapporteure,

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,

- et les observations de Me Foissac représentant la société monégasque pour l'exploitation du tournoi de tennis.

Une note en délibéré présentée pour le compte de la société monégasque pour l'exploitation du tournoi de tennis a été enregistrée le 1er octobre 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La société monégasque pour l'exploitation du tournoi de tennis (SMETT), qui a son siège à Monaco, organise en France par le biais d'un établissement stable situé sur le territoire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin, le tournoi de tennis de Monte Carlo sur des installations données en location par la société monégasque des Bains de Mer et du cercle des étrangers dont elle est associée. La SMETT demande au tribunal la restitution des cotisations d'impôt sur les sociétés acquittées spontanément au titre des exercices clos en 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable () ". Les cotisations primitives d'impôt sur les sociétés en litige dont s'est acquittée la SMETT ayant été établies conformément à ses déclarations, il lui incombe d'apporter la preuve du caractère exagéré de ces impositions.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". D'autre part, aux termes du premier alinéa du I de l'article 209 du même code : " Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45,() et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France, de ceux mentionnés aux a, e, e bis et e ter du I de l'article 164 B ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsqu'une société dont le siège est en France exerce dans un établissement situé hors de France une activité industrielle ou commerciale distincte, elle ne peut pas tenir compte, pour la détermination du bénéfice imposable en France à l'impôt sur les sociétés, des charges qui se rapportent à son activité exercée dans l'établissement situé hors de France. Pour ventiler la fraction des frais généraux du siège de la société qui se rapporte à cette dernière activité, la société peut, à défaut de circonstances particulières propres à justifier un autre mode de calcul, se référer au rapport existant entre le chiffre d'affaires de cet établissement et le chiffre d'affaires total de la société.

4. Il résulte de l'instruction que la SMETT, qui a son siège social à Monaco et dispose d'un établissement stable en France, tient une comptabilité unique pour l'ensemble de son activité. Pour la détermination de son résultat imposable en France, elle a déduit des résultats des exercices clos de 2011 à 2014 les charges calculées au prorata du chiffre d'affaires réalisé en France par rapport au chiffre d'affaires total. Elle sollicite la correction de l'erreur qu'elle soutient avoir commise dans l'affectation de ses charges entre établissements français et monégasque et fait valoir que, pour calculer le résultat fiscal de l'établissement stable français, il convenait d'affecter à cet établissement les charges se rapportant directement à l'exploitation de l'activité en France et pour les charges mixtes, de les affecter à proportion du montant du chiffre d'affaires réalisé par les deux établissements.

5. Pour justifier de l'erreur comptable alléguée, la société produit des multiples tableaux et factures ainsi que des fichiers retraçant les écritures comptables des exercices clos de 2010 à 2013. Si, pour chaque exercice il est produit un tableau global et un tableau par centre de coûts, ces documents bruts qui ne sont assortis d'aucune analyse ou de tout autre élément exposant notamment les modalités précises d'affectation des charges entre les deux établissements ne permettent pas de retracer les opérations relevant de chaque établissement et les charges communes supportées par eux pour les exercices clos de 2011 à 2014. De la même façon, la production de factures, en l'absence de toute explication détaillée et au regard de leurs mentions imprécises, ne permettent pas de déterminer les charges exposées exclusivement dans le cadre de l'activité l'établissement français ou monégasque et celles à mêmes d'être regardées comme supportées dans l'intérêt des deux établissements. Dans ces conditions, les documents produits par la société requérante sont insuffisamment probants pour justifier de la détermination du résultat fiscal imposable en France dont la société requérante se prévaut.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente (). ". Le 1° de l'article L. 80 B du même livre étend la garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A au cas où " l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ". Il résulte de ces dispositions que les contribuables ne sont en droit d'invoquer les interprétations ou appréciations de l'administration sur le fondement du premier alinéa de l'article L. 80 A et sur celui de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, que lorsque l'administration procède à un rehaussement d'impositions antérieures.

7. D'une part, la SMETT, qui n'a fait l'objet d'aucun rehaussement, n'est pas fondée à se prévaloir de la doctrine référencée BOI-INT-DG-20-20-10 du 12 septembre 2012 qu'elle invoque pour l'établissement des cotisations primitives en litige sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. D'autre part, elle n'est pas plus fondée à se prévaloir d'une prise de position formelle de l'administration résultant du courrier du chef de brigade du 18 juin 2015 sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales dès lors que renvoyant au premier alinéa de l'article L. 80 A du même livre, ce courrier concerne les rehaussements d'impositions antérieures et non, comme au cas d'espèce une imposition primitive.

9. Par conséquent la SMETT n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort qu'elle s'est acquittée des cotisations d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos de 2011 à 2014 et que le déficit reportable à la clôture de l'exercice 2014 était de 20 492 062 euros. Par voie de conséquence elle n'est pas fondée à demander l'imputation de ce déficit sur les résultats des exercices clos en 2016, 2017, 2018, 2019 et 2020 et à soutenir qu'elle est, en raison de cette imputation, fondée à solliciter la restitution des cotisations d'impôt sur les sociétés dont elle s'est spontanément acquittée au titre de ces exercices.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, que les conclusions à fin de restitution présentée par la SMETT doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société anonyme monégasque pour l'exploitation du tournoi de tennis est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme monégasque pour l'exploitation du tournoi de tennis et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Chevalier

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

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