mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2104694 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL NEVEU, CHARLES ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 septembre 2021 et 14 septembre 2023, Mme C D épouse B, représentée par Me Bonacorsi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Saint-Laurent-du-Var a implicitement rejeté sa demande indemnitaire du 18 mai 2021 ;
2°) de condamner la commune de Saint-Laurent-du-Var à lui verser la somme de 30 000 euros, au titre de la réparation du préjudice économique et de la perte de chance professionnelle subis ;
3°) de condamner la commune de Saint-Laurent-du-Var à lui verser la somme de 15 000 euros au titre du retentissement sur son intégrité physique et morale ;
4°) de condamner la commune de Saint-Laurent-du-Var à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de la résistance abusive ;
5°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter du 18 mai 2021 ;
6°) d'ordonner la capitalisation des intérêts par année entière écoulée ;
7°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent-du-Var la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration a dégradé ses conditions de travail et a commis à son encontre plusieurs agissements constitutifs de harcèlement moral prohibés par l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- ces faits constitutifs de harcèlement moral lui ont causé un préjudice financier :
- elle a subi un préjudice économique outre la perte de chance de formaliser une titularisation ou à tout le moins un réengagement, évalué à la somme de 30 000 euros ;
- elle a subi un préjudice au titre du retentissement sur son intégrité physique et moral, évalué à la somme de 15 000 euros ;
- elle a subi un préjudice résultant de la résistance abusive du fait du comportement et des agissements de l'administration dans le traitement de son dossier, évalué à la somme de 5 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 avril 2023, la commune de Saint-Laurent-du-Var, représentée par Me Grech, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme D épouse B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle n'a pas commis d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;
- en l'absence de faits constitutifs de harcèlement moral commis, la responsabilité de la commune ne peut être engagée ;
- les préjudices allégués ne sont pas justifiés dans leur principe et dans leur montant.
Par ordonnance du 6 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.
Un mémoire produit pour la requérante le 2 mai 2024, soit après la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bonacorsi, représentant Mme D, et de Me Grech, représentant la commune de Saint-Laurent-du-Var.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D épouse B a été recrutée par contrat à durée déterminée par la commune de Saint-Laurent-du-Var en qualité d'adjoint technique contractuel à compter du 1er février 2019. Son engagement a été renouvelé à deux reprises. Au titre de son dernier engagement, elle a été affectée au service de la protection de l'environnement en qualité d'agent technique polyvalent du 17 juin 2020 au 16 juin 2021. Le 18 décembre 2020, Mme D a été victime d'un accident de service. S'estimant victime d'agissements de harcèlement moral et d'une dégradation de ses conditions de travail et de sa santé physique et mentale, Mme D a formé une demande préalable le 17 mai 2021 auprès du maire de la commune de Saint-Laurent-du-Var afin d'être indemnisée des préjudices qu'elle estime avoir subis. L'absence de réponse sur cette demande a fait naitre une décision implicite de rejet. Mme D demande au tribunal, d'une part, d'annuler cette décision implicite de rejet, d'autre part, de condamner la commune de Saint-Laurent-du-Var à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il résulte de ses écritures, que Mme D épouse B a entendu donner à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux dès lors qu'elle demande au tribunal , d'une part, d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Saint-Laurent-du-Var a rejeté sa demande préalable formée le 17 mai 2021 aux fins d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'agissements de harcèlement moral et de la dégradation de ses conditions de travail, et, d'autre part, de condamner la commune à l'indemniser de ces préjudices. Il en résulte que la décision du maire de Saint-Laurent-du-Var rejetant la demande indemnitaire préalable de Mme D épouse B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande. Au regard de cet objet, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision rejetant implicitement la demande préalable du 17 mai 2021 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements devant alors être intégralement réparé.
5. Pour faire présumer l'existence du harcèlement moral qu'elle invoque, Mme D épouse B soutient que ses conditions de travail se sont dégradées dans un climat de travail anxiogène, délétère et malsain, qu'elle a été contrainte de réaliser des missions qui ne relèvent pas de celles qui lui sont dévolues (fouille de sacs d'ordures ménagères pour trouver des indices susceptibles de qualifier une infraction de dépôt d'ordures sur la voie publique, sans équipements de protection individuels nécessaires et suffisants hormis une paire de gants), qu'elle a eu à subir des propos vexatoires et humiliants de la part de sa hiérarchie pour lesquels elle a d'ailleurs porté plainte, et que ses conditions d'exercice professionnel ont porté une atteinte grave à sa santé conduisant à une décompensation anxieuse sur son lieu de travail aboutissant à un accident de service le 18 décembre 2020. La requérante produit plusieurs échanges de messages téléphoniques avec deux collègues dans lesquels elle fait état de ses difficultés au travail et de ses problèmes relationnels avec M. A, directeur général des services techniques, de son accident de service, de son dépôt de plainte auprès de services de police contre M. A, ainsi que des attestations sur l'honneur d'anciens collègues exprimant un climat de travail tendu au sein des services techniques de la ville dont une, si elle atteste de propos parfois agressifs de M. A, ne démontre pas que ce dernier aurait adopté un comportement inapproprié ni tenu des propos dégradants ou menaçants à l'égard de la requérante. Elle soutient également que M. A lui a demandé de réaliser des missions dégradantes telles que la fouille de sacs d'ordures ménagères afin de verbaliser les contrevenants pour dépôt d'ordures sur la voie publique. Il résulte cependant de l'instruction que le repérage sur site des dépôts sauvages et leur signalisation et verbalisation fait partie intégrante des fonctions d'agent technique polyvalent qu'elle occupe. De même, si elle soutient ne pas avoir bénéficié des équipements de sécurité adéquats à la fouille des sacs, elle ne précise pas quels équipements ne lui ont pas été remis ni qu'un refus lui ait été opposé sur une telle demande alors qu'il résulte de l'instruction, ainsi qu'elle l'indique elle-même dans ses écritures, que des gants lui ont été remis. En outre, si la requérante indique avoir été victime d'une décompensation anxieuse sur son lieu de travail ayant conduit à l'accident de service du 18 décembre 2020, elle n'établit pas que l'ambiance et les conditions de travail au sein de son service aient été à l'origine d'une dégradation de son état de santé.
6. Si la requérante soutient également que la commune de Saint-Laurent-du-Var n'a pris aucune mesure de protection à son égard, elle ne justifie pas avoir demandé à bénéficier de la protection fonctionnelle ni toute autre mesure préventive. De même, si elle indique que l'administration a fait preuve d'un manque de considération et d'une mauvaise volonté à son égard en transmettant avec retard la déclaration d'accident à l'assurance maladie, alors même que la requérante a mis plus de deux mois pour procéder à la déclaration de son accident, et en tardant à lui communiquer les éléments de son dossier personnel, il ne résulte pas de l'instruction que ces retards de quelques mois pris dans la communication et la transmission de ces documents lui aient été préjudiciables et soient à l'origine d'une dégradation de son état de santé.
7. Enfin, Mme D épouse B soutient que l'absence de renouvellement de son contrat à compter du 16 juin 2021 ne s'explique que par la circonstance qu'elle a dénoncé les faits de harcèlement moral et entendu exercer un recours pour y mettre fin. En défense, la commune fait valoir que le non-renouvellement à son terme du contrat de l'intéressée est justifié par l'intérêt du service, cette dernière étant placée en arrêt maladie jusqu'au 31 août 2021. Il résulte de l'instruction que la requérante avait été recrutée sur le poste d'agent technique polyvalent au sein de la direction générale des services de la commune dans le cadre d'un remplacement et qu'à l'échéance de son contrat, elle était en arrêt de travail. Dans ces circonstances, le refus de renouveler le contrat à durée déterminée de la requérante, qui occupait un emploi au sein d'un service opérationnel, est justifié par l'intérêt du service, sans que ledit refus de renouvellement puisse être imputé à un quelconque environnement de harcèlement moral ou à une quelconque intention de sanctionner la requérante pour la dénonciation de faits de harcèlement moral dont elle s'estime victime. Au demeurant un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat arrivé à son terme.
8. Il résulte de ce qui précède que les faits et éléments avancés par Mme D épouse B, et quelles qu'aient été, par ailleurs, la qualité des services rendus par elle et les erreurs managériales éventuellement commises par sa hiérarchie, s'ils traduisent une souffrance au travail de l'intéressée, ne permettent en revanche pas, pris individuellement ou dans leur ensemble, de faire présumer qu'elle aurait été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la commune de Saint-Laurent-du-Var aurait eu un comportement fautif de nature à engager sa responsabilité à son égard. Ses conclusions indemnitaires aux fins de réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à hauteur de 50 000 euros doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Laurent-du-Var, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D épouse B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D épouse B la somme demandée par la commune de Saint-Laurent-du-Var au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Laurent-du-Var présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B et à la commune de Saint-Laurent-du-Var.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026