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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104802

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104802

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104802
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGUEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 septembre 2021 et 4 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Gueunier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2008, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les impositions étaient prescrites dès lors que l'administration ne pouvait se fonder sur le délai prévu à l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales et dès lors qu'il a reçu la proposition de rectification postérieurement au délai de reprise ;

- l'administration ne prouve pas qu'il a disposé de la somme ayant donné lieu aux rehaussements en litige ;

- les pénalités pour manœuvres frauduleuses ne sont pas fondées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal sud-est outre-mer, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Sorin, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de l'année 2008. Une proposition de rectification dans laquelle le service a intégré une somme d'un million d'euros dans la catégorie des bénéfices non commerciaux lui a été notifiée. A la suite de cette proposition, M. B a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2008 assorties des intérêts de retard et d'une pénalité de 80 %. M. B demande la décharge de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le droit de reprise :

2. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux impositions litigieuses : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Aux termes de l'article L. 188 C du même livre : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos l'instance et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Il résulte de ces dispositions que des informations ne peuvent être regardées comme ayant été révélées par une instance s'il est établi que l'administration fiscale disposait, avant de les recevoir, d'éléments suffisants lui permettant, par la mise en œuvre des procédures d'investigations dont elle dispose, d'établir ces insuffisances ou omissions d'imposition dans le délai normal de reprise prévu à l'article L. 169 du livre des procédures fiscales.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, suite à l'ouverture d'une procédure judiciaire concernant différentes infractions pénales qui auraient été commises lors de la vente de la villa " Hier " située à Antibes en 2008, l'administration a exercé son droit de communication et a été destinataire d'un soit-transmis par le juge d'instruction le 23 septembre 2015. D'autres exercices du droit de communication ont été exercés par l'administration fiscale auprès des juges d'instruction en 2015 et 2018. Le requérant soutient que l'administration a eu connaissance de ces faits auparavant. Toutefois, la circonstance que la société villa " Hier " et M. C, mis en cause dans cette affaire, aient fait l'objet de contrôles puis de rehaussements de la part de l'administration fiscale ne saurait établir qu'elle avait connaissance de la participation de M. B dès lors, notamment, que les fonds versés à titre d'apporteur d'affaires l'ont été sur le compte d'une société située dans un Etat étranger et non lié avec la France par une clause d'échanges d'informations. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme ayant eu connaissance des faits suite à la procédure pénale susvisée et elle pouvait donc appliquer le délai de reprise prévu par l'article L. 188 C précité du livre des procédures fiscales.

4. En second lieu, les articles 653 à 664-1 du code de procédure civile déterminent les formalités exigées de l'huissier, notamment, en vertu de l'article 655, lorsque la signification à personne s'avère impossible et qu'il délivre l'acte à domicile, pour la signification des actes de la procédure judiciaire régis par ce code et des actes extrajudiciaires pour lesquels les dispositions législatives ou réglementaires applicables prévoient leur signification par acte d'huissier.

5. Aux termes de l'article L. 189 du livre des procédures fiscales : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal () ". Dès lors que le livre des procédures fiscales ne détermine pas les modalités prescrites pour la notification d'une proposition de rectification, si rien n'interdit qu'elle intervienne par la voie d'une signification par acte d'huissier, en revanche, l'omission de respecter les prescriptions des articles susmentionnés du code de procédure civile ne saurait par elle-même faire échec à l'interruption de la prescription prévue par l'article L. 189 du livre des procédures fiscales. Il n'en va ainsi que si cette omission ne permet pas d'établir la date à laquelle est intervenue cette signification.

6. Il résulte de l'instruction que la notification par voie d'huissier a été faite le 20 décembre 2018 au 99 chemin de Rabiac Estagnol à Antibes, adresse à laquelle le requérant a indiqué habiter lors de ses auditions dans le cadre de la procédure pénale et qui est également la dernière adresse qu'il a indiquée à l'administration fiscale. Dans ces conditions, le requérant ne peut soutenir que la signification d'huissier n'a pas été faite à la bonne adresse. En outre, si plusieurs cases ont été cochées sur l'acte quant au mode de remise, cette circonstance n'a toutefois pas empêché le requérant de savoir qu'un acte lui était signifié et qu'une copie était disponible à l'étude de l'huissier. Dans ces conditions, l'assignation faite par l'huissier a bien eu pour effet d'interrompre la prescription et la circonstance que l'assignation n'ait pas respecté les formalités prévues aux articles 653 à 664-1 du code civil est inopérante.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant doit être regardé comme s'étant vu notifier la proposition de rectification le 21 décembre 2018, soit à une date à laquelle le délai de reprise n'était pas échu.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

8. L'article 12 du code général des impôts dispose que : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". En vertu de l'article 13-1 du même code, le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu. Aux termes de l'article 92 du même code : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ".

9. Il résulte de l'instruction que lors des différentes auditions dans le cadre de l'enquête pénale, M. B a reconnu avoir joué un rôle d'intermédiaire dans la vente de la maison villa " Hier " et qu'une commission d'un million d'euros devait être versée à ce titre. Il résulte également de l'instruction que cette somme a été versée le 26 mai 2008 sur un compte en banque d'une société offshore dénommée " Escandihado " que le requérant reconnaît avoir ouvert en Suisse. Le requérant soutient qu'il n'a pas disposé de cette somme dès lors qu'elle a été transférée vers une autre société offshore. Dès lors, ainsi qu'il a été mentionné précédemment, que le requérant a ouvert la société Escandihado sur les comptes de laquelle a été versée la somme d'un million d'euros reçue en contrepartie du rôle d'intermédiaire qu'il a joué, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas disposé de la somme d'un million d'euros au titre de l'année 2008. Il s'ensuit que l'administration était fondée à imposer cette somme au titre des revenus perçus par M. B pour l'année 2008.

En ce qui concerne la majoration pour manœuvres frauduleuses :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objet de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.

11. Il résulte de l'instruction que la société Escandihado a été créée en Suisse afin que le paiement de la commission en litige soit effectué en dehors de la France. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du bien-fondé de la pénalité 80 % prévue par les dispositions précitées.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice du contrôle fiscal sud-est outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Sorin, première conseillère,

M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de Mme Foultier, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

G. SORIN

Le président,

O. EMMANUELLILa greffière,

M. FOULTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

210480

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