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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2104870

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2104870

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2104870
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP LIZEE-PETIT-TARLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Tarlet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la métropole Nice Côte d'Azur a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à l'indemniser des préjudices subis résultant de l'accident dont elle a été victime le 7 octobre 2020 sur la voie publique pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

3°) d'ordonner une expertise avant dire droit afin de déterminer l'étendue de ses préjudices ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Nice pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- elle est fondée à demander la désignation d'un expert avant dire droit afin de déterminer l'étendue de son préjudice.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 janvier 2022, le 24 mars 2022 et le 25 mars 2022, la commune de Nice, représentée par Me Jacquemin, conclut :

1°) à ce qu'il soit fait droit à sa demande d'intervention forcée de la SAS Satelec ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête ;

3°) à titre subsidiaire, à ce que la société Satelec soit condamnée à la relever et la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Var indique qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, la société SATELEC, représentée par Me Deur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Nice une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société SATELEC fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 9 janvier 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juin 2024 :

- le rapport de Mme Chaumont, première conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tarlet, représentant Mme B, et de Me Bessis-Osty, représentant la commune de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B soutient que, alors qu'elle circulait à pied le 7 octobre 2020 dans la rue Saint François à Nice (06000), une borne automatique s'est relevée et l'a faite chuter. Prise en charge par les pompiers, elle a été conduite à l'hôpital où a été diagnostiqué un traumatisme crânien sans perte de connaissance avec trauma du massif facial. Par l'intermédiaire de son assureur, elle a saisi la commune de Nice d'une demande indemnitaire préalable. Par un courrier du 15 avril 2021, la commune de Nice a refusé de faire droit à sa demande, confirmé par une décision de rejet de son recours gracieux du 26 juillet 2021. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commune de Nice a rejeté sa demande indemnitaire préalable, de condamner la commune de Nice à l'indemniser des préjudices subis et d'ordonner une expertise avant dire droit afin de déterminer l'étendue des préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision rejetant implicitement la demande préalable indemnitaire présentée par la requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux indemnitaire à l'égard de l'objet de sa demande, qui tend à obtenir l'indemnisation des préjudices dont elle se prévaut, et a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, la requérante ne peut utilement demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. D'une part, pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage ou son concessionnaire, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers doivent démontrer devant le tribunal, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur eux, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage ou au concessionnaire de l'ouvrage, soit d'établir qu'ils ont normalement entretenu l'ouvrage, soit l'existence d'une force majeure, soit de démontrer la faute de la victime.

4. D'autre part, les bornes escamotables permettant l'accès et la sortie des véhicules des voies publiques constituent des accessoires de ces voies. Par suite, Mme B, qui circulait à pied au niveau de la rue Saint François à Nice, doit être regardée comme ayant la qualité d'usager de la voie sur laquelle est située la borne.

5. En l'espèce, Mme B soutient avoir chuté après avoir heurté une borne escamotable située rue Saint François à Nice et qui se serait relevée inopinément vers 11 heures 40. Pour établir la matérialité des faits, elle produit au dossier un témoignage faisant état d'une chute causée par une borne escamotable. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du compte rendu d'intervention du service départemental d'incendie et de secours que les services de secours ont été contactés à 11 heures 03 le même jour suite à la chute d'une personne sur la voie publique et que la personne blessée était partie avant l'arrivée des secours vers 11 heures 30. Dans ces conditions, eu égard au caractère contradictoire des éléments produits par la requérante, cette dernière ne peut être regardée comme établissant la matérialité des faits.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'expertise :

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il n'y a pas lieu de faire droit à la demande d'expertise présentée par Mme B.

Sur l'appel en garantie de la commune de Nice :

8. Aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre de la commune de Nice, les conclusions d'appel en garantie présentée par la commune de Nice doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Nice, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par Mme B et par la société Satelec.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par la commune de Nice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Nice et de la société Satelec présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la commune de Nice, à la société Satelec et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, président,

Mme Chaumont, première conseillère,

Mme Duroux, première conseillère,

Assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

A-C. Chaumont

La présidente,

signé

M. PougetLa greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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