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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2105432

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2105432

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2105432
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARLU VIDAL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé la requête de l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", l'Association médicale indépendante de formation (AMIFORM), l'Association médicale indépendante de formation Provence-Alpes-Côte d'Azur (AMIFORM PACA) et M. A B, enregistrée le 27 février 2020 au tribunal administratif de Melun sous le numéro 2001842.

Par cette requête et un mémoire du 26 avril 2021, enregistrés sous le n°2105432 devant le tribunal de céans, l'association " FORMALLIANCE ", l'AMIFORM et l'AMIFORM PACA, prises en la personne de leur président en exercice M. A B, et M. A B, représentés par l'AARPI Vidal Avocats, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) à leur verser la somme totale de 190 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices subis en raison de diverses fautes imputables à l'ANDPC ;

2°) de mettre à la charge de l'ANDPC la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'ANDPC a commis diverses fautes, à voir des déclarations diffamatoires à leur égard dans la presse, un traitement inégalitaire de leurs actions de DPC, portant atteinte à la libre concurrence, et la multiplication des contrôles a priori, systématiques et non impartiaux, de leurs actions de DPC ;

- ils sont dès lors fondés à demander la réparation des préjudices en cause, à hauteur de la somme totale de 190 000 euros (préjudice moral, préjudice de réputation et d'atteinte à l'image, et préjudice matériel).

Par mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2020, l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC), prise en la personne de sa directrice générale, conclut au rejet de la requête, dès lors qu'aucune faute ne peut être retenue à son encontre et qu'aucun lien de causalité entre les préjudices allégués et une faute retenue à son encontre n'est établi.

L'Agence soutient que :

- la multiplication des recours abusifs par les requérants démontre tant leur mauvaise foi qu'une volonté de nuire à l'agence ;

- il y a lieu de supprimer les propos outrageants de la requête envers l'agence (article L. 741-2 du code de justice administrative) ;

- aucune des fautes alléguées par les requérants ne peut être retenue comme imputable à l'agence, dont la responsabilité ne peut dès lors pas être engagée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Broissand, pour les requérants, et de M. C, pour l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir formé une demande préalable qui n'a pas été agrée, l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", l'Association médicale indépendante de formation (AMIFORM), l'Association médicale indépendante de formation Provence-Alpes-Côte d'Azur (AMIFORM PACA) et M. A B demandent au tribunal de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) à leur verser la somme totale de 190 000 euros en réparation des préjudices subis en raison de diverses fautes imputables à l'ANDPC.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le régime juridique des contrôles effectués par l'ANDPC des organismes proposant des actions de DPC :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique : " Le développement professionnel continu a pour objectifs le maintien et l'actualisation des connaissances et des compétences ainsi que l'amélioration des pratiques. Il constitue une obligation pour les professionnels de santé. Chaque professionnel de santé doit justifier, sur une période de trois ans, de son engagement dans une démarche de développement professionnel continu () ". Aux termes de l'article L. 4021-2 du même code : " Un arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale () définit les orientations pluriannuelles prioritaires de développement professionnel continu () ". Aux termes de l'article L. 4021-6 de ce code : " L'Agence nationale du développement professionnel continu assure le pilotage et contribue à la gestion financière du dispositif de développement professionnel continu pour l'ensemble des professionnels de santé, quels que soient leurs statuts ou leurs conditions d'exercice. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les missions et les instances de l'Agence nationale du développement professionnel continu ". Et aux termes de l'article L. 4021-7 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités selon lesquelles : / 1° Les organismes ou les structures peuvent présenter des actions ou des programmes s'inscrivant dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 ; / 2° Les actions ou programmes mentionnés au 1° du présent article font l'objet d'une évaluation avant d'être mis à la disposition des professionnels de santé ; / 3° L'Agence nationale du développement professionnel continu contribue à la gestion financière des programmes et actions s'inscrivant dans le cadre des orientations pluriannuelles prioritaires définies à l'article L. 4021-2 ; / 3° bis L'Agence nationale du développement professionnel continu établit et met en œuvre le plan de contrôle du dispositif ; / 4° Des sanctions à caractère financier ou administratif peuvent être prises en cas de manquements constatés dans la mise en œuvre des actions et des programmes ".

3. D'autre part, il résulte de l'article R. 4021-7 du code de la santé publique, dans sa rédaction alors applicable, issue du décret du 8 juillet 2016 pris pour l'application des dispositions citées au point précédent, que l'ANDPC a notamment pour mission d' " assurer le pilotage du dispositif de développement professionnel continu des professionnels de santé () ", ce qui inclut, en particulier, tant l'évaluation des organismes et structures qui souhaitent présenter des actions de DPC que l'évaluation de la mise en œuvre des méthodes de développement professionnel continu, en veillant à leur qualité scientifique et pédagogique.

4. Il résulte de ce qui a été mentionné aux deux points précédents que l'ANDPC ne peut légalement contribuer au financement d'actions de développement professionnel continu que si ces actions s'inscrivent dans le cadre des orientations définies de façon pluriannuelle par les ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. A ce titre, il relève dès lors de sa compétence de contrôler que les actions de développement professionnel continu déposées sur son site internet en vue d'être mises à la disposition des professionnels de santé s'inscrivent dans le cadre de ces orientations. Un tel contrôle, qui relève des missions de l'agence mentionnées à l'article R. 4021-7 précité du code de la santé publique, est ainsi distinct tant de celui, régi par les dispositions de l'article R. 4021-24 du même code, effectué lors de la demande d'enregistrement de l'organisme ou de la structure qui souhaite présenter des actions de DPC, que de ceux, régis par les dispositions de l'article R. 4021-25 du même code, qui portent sur la mise en œuvre des actions de DPC et qui peuvent, notamment au regard d'avis émis par des commissions scientifiques indépendantes, conduire au constat de manquements et au prononcé de sanctions, ainsi qu'au refus de prise en charge des frais pédagogiques exposés ou à leur remboursement.

En ce qui concerne la responsabilité de l'ANDPC :

5. Les requérants font valoir que la responsabilité de l'ANDPC devrait être engagée en raison de diverses fautes qu'ils lui imputent.

6. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la directrice générale de l'ANDPC aurait tenu des propos diffamatoires à leur égard dans la presse, il n'appartient en tout état de cause pas à la juridiction de céans de se prononcer sur ce point, lequel a trait à la commission éventuelle d'une infraction pénale.

7. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que l'ANDPC aurait traité de façon inégalitaire leurs actions de DPC par rapport à d'autres actions proposées par d'autres organismes. Si le principe d'égalité implique que toutes les personnes placées dans une situation identique soient traitées de la même manière, ce principe ne s'oppose pas à ce que l'autorité administrative règle de façon différente des situations différentes. Or, si les requérants allèguent que l'ANDPC aurait autorisé certains organismes à faire des actions de DPC portant sur des pratiques non conventionnelles, aurait validé des actions de DPC à l'étranger dans des lieux paradisiaques ou des actions mettant en avant le caractère touristique, aurait validé des actions de DPC comportant des reversements d'argent par les organismes de formation aux professionnels de santé, aurait validé des actions de DPC dont la durée de formation était appréciée différemment selon les organismes, aurait validé des actions de DPC non conformes aux objectifs pluriannuels, et enfin aurait validé des actions de DPC dont l'indépendance des organismes qui les proposaient n'était pas établie, lesdites allégations, à les supposer établies, ne sauraient en tout état de cause à elles seules caractériser une atteinte au principe d'égalité, alors que l'ANDPC fait en outre valoir en défense, sans être sérieusement contestée, que plus de 80% des actions de DPC proposées par les associations requérantes ont été publiées sur son site internet.

8. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que l'ANDPC aurait multiplié les contrôles a priori, systématiques et non impartiaux, de leurs actions de DPC, ils n'établissement toutefois pas que ces contrôles n'auraient pas été réalisés par l'agence dans le cadre de ses missions telles que celles-ci ont été rappelées aux points 2 à 4 du présent jugement. Il est en outre loisir aux requérants, comme ces derniers l'ont d'ailleurs fait à de nombreuses reprises, de se pourvoir en justice contre les décisions auquelles ont donné lieu les contrôles de l'ANDPC, telles que des décisions de retrait du site internet d'actions de DPC ou de refus de payer telle ou telle session d'une action. Enfin, l'ANDPC fait valoir en défense, là encore sans être sérieusement contestée, que ses contrôles des actions de DPC sont menés suivant la méthode dite de l'" échantillonnage aléatoire ", dont il n'est pas demontré qu'elle aurait pour objet ou pour effet d'opérer une discrimination entre les organismes proposant des actions de DPC et en particulier une discrimination au détriment des requérants.

9. Au regard de tout ce qui précède, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre de l'ANDPC. Par suite, il n'y a pas lieu d'engager sa responsabilité. Il s'en suit que les conclusions indemnitaires susmentionnées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur l'application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :

10. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

11. La faculté prévue par cette disposition constituant un pouvoir propre du juge, la demande, à la supposer formée, présentée par l'ANDPC et tendant à ce que les requérants soient condamnés à une amende pour recour abusif n'est, en tout état de cause, pas recevable.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", l'AMIFORM, l'AMIFORM PACA et M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'Agence nationale du développement professionnel continu présentées au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Association de formation professionnelle " FORMALLIANCE ", à l'Association médicale indépendante de formation, l'Association médicale indépendante de formation Provence-Alpes-Côte d'Azur, à M. A B et à la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Martin, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.

Le président

signé

F. Silvestre-Toussaint-FortesaL'assesseur le plus ancien,

signé

M. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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